“L’Odyssée” de Fred Pallem & Le Sacre du Tympan

Pour renouer avec le free-jazz…

 

Écouter L’Odyssée, nouvel album de Fred Pallem & Le Sacre du Tympan, c’est assister à la noce inespérée entre un big band endimanché et des expérimentations pop-funk fulgurantes (à l’instar d’Haemophilus Aphrophilus, grand-messe transcendantale).

Bassiste, compositeur émérite, Fred Pallem a réussi le pari fou de réunir près de 17 musiciens (cette année, l’orchestre fête ses 20 ans) pour mener l’objectif commun le plus utile qui soit : diffuser un groove irrésistible, luxuriant, dont l’intérêt majeur est de rétablir la connexion entre le son, l’auditeur et ses tripes.

Au cœur d’une transe 70’s (L’Enfant dans la jungle urbaine), on retourne aux origines (Le village du sorcier), on s’imprègne de mélodies inspirantes, à l’élégance surannée (Death and life of a suburban guy) et on laisse résonner en soi des pulsations universelles.

Avec ce nouvel opus, sorti le 5 octobre dernier chez Train Fantôme, il est question de couleurs, de températures et d’ambiances : chaque titre se détache comme autant de touches supplémentaires ajoutées à une toile débutée en hommage aux grands (magnifique L’Odyssée).

Immanquablement, on semble retrouver la mélancolie grandiloquente d’un Morricone, l’esprit précurseur de l’afro-beat des 80’s, le génie d’Ornette Coleman, voire l’audace de Genesis…autant de références dont l’œuvre s’émancipe pour mieux leur rendre hommage. On ne s’en remet toujours pas. Et, bientôt, vous non plus.

L’Odyssée, Fred Pallem & Le Sacre du Tympan (Train Fantôme)

En concert le 9 novembre 2018 à LES GÉMEAUXScène nationale de Sceaux + release party le 24 janvier 2019 à la Gaîté Lyrique.

 

Crédit image@Fred Pallem & Le Sacre du Tympan

Les Gens Pressés sont sur Radio Néo !

Les Gens Pressés ont poussé les portes de la radio associative Radio Néo depuis le mois de septembre, dans le cadre de l’émission Chaos, présentée par Thomas Corlin (Seb Lascoux aux manettes).

Au menu, des chroniques inédites et le son qui les a inspirées, dans la droite ligne de celles présentes sur le blog (et que je vous invite à (re) lire, sait-on jamais 😉) : du quotidien tranchant, de la ville qui bouscule, des questions existentielles cruciales (l’univers impitoyable de la cabine d’essayage, le port de la robe dans les transports en commun…).

Désormais, mes interventions sont disponibles en podcast : vous pourrez m’y écouter, littéralement partout, sur tout support et en toutes circonstances  : tablettes, mobiles, voiture, trottinette, soirée, fin de soirée, gueule de bois, walk of (no) shame, after party malgré la gueule de bois et le walk of (no) shame…

Enfin, je ne peux que vous inviter à écouter l’intégralité de l’émission, thèmes et invités restent passionnants, avec ce supplément acidulé qui fait tout le sel de Radio Néo.

Je vous updaterai régulièrement mes prochaines chroniques. D’ici là, bonne écoute ; hâte d’avoir vos retours !

Ci-dessous, la liste des podcasts :

Chronique du 24 septembre 2018  : Dans les cabines d’essayage

Chronique du 1er octobre 2018 : La tache

Chronique du 15 octobre 2018 : Cher Homme Parfait

Chronique du 19 octobre 2018 : Le jour de la robe

Haut les cœurs !

 

Crédit image@radionéo & Will Francis on Unplash

 

Un peu moins aujourd’hui qu’hier

AUJOURD’HUI

Je n’avais pas les codes. Pour te comprendre.

Je n’avais pas les clefs. Pour te défendre auprès des miens.

Je n’avais pas l’envie. D’attendre, de t’attendre, de te voir hésiter, faire un bout du chemin sans y croire, si lentement.

Je n’avais pas la force. Te savoir. Et elle. Toi, du haut de ton piédestal démesuré. Bâti de mes propres mains.

Je n’avais pas l’attention. Déficit chronique, digne conséquence de ton regard. Ces yeux-là, mon Dieu.

Je n’avais pas la patience. Comme si chacun de mes mots – épurés, hésitants, condensés –  provoquaient effroi et malaise.

Je n’avais pas la bonne distance. Venir vers toi, c’était comme une de ces épopées solitaires. On s’y perd autant qu’on réapprend à éprouver son endurance. Que je n’ai pas.

Je n’avais pas la bonne intention. Celle que je te présentais n’était pas celle, profonde, brûlante, palpitante que j’avais envie de t’offrir. Que tu n’avais pas envie de recevoir.

Je n’avais pas les moyens. Tu es terrible. Lointain. Cet inestimable, je n’aurais pas su le fructifier sans me contraindre.

Je n’avais pas les gestes. Face à mon mimétisme muet de ta propre immobilité, j’ai retenu des élans qui auraient pu, qui sait, briser bien des écueils. Que tu as soigneusement placé entre nous. Sur le fil.

Je n’avais pas envie de voir. Toi. Immensité de ton sourire et de ta perplexité. J’aurais aimé nous voir affranchis de ces oripeaux, après tout, notre nudité ne pourrait-elle pas libérer tout ce que les mots tardent à illustrer ? Qu’on se révèle, oui, se le permettre. Ensemble.

HIER

« Je pense à toi »

Il y a songé durant tout son séjour. Ce qui devait être un rendez-vous professionnel immanquable s’est muté en une colère inexplicable. A chaque échange, contrat relu et corrigé, plongeon, verre de trop, je pense à toi apparaissait sans prévenir, toujours plus assourdissant. Une piqûre impossible à soulager.

De quel droit, penser à moi ? Moi, je ne pense qu’à ce séjour, au menu du déjeuner, à mes projets… Alors pourquoi réduirait-elle toute sa concentration sur…moi ?

Avant qu’il ne parte en déplacement, cette fille lui avait envoyé un mail, trois lignes, tout au plus, sous forme de clin d’œil maladroit…Rien de notable, jusqu’à ces quatre mots. Minuscules, étroits, comprimés.

Alors qu’il se blottit dans un fauteuil, sur la terrasse inondée de soleil de son hôtel, il prend à peine le temps de remarquer combien les fleurs poussent vite, dans ce coin de paradis, au milieu d’un presque désert.

Il avale un verre de jus de mangue frais comme s’il s’agissait d’eau tiède. Son élue lui envoie des messages inquiets, auxquels il répond par un « ok » et quelques smileys hors de propos.

Et puis, à partir de quel instant, dans un rapport on ne peut plus formel, peut-on décider de penser à quelqu’un ? N’existe-t-il pas des règles, des obligations à remplir, avant toute chose ? Ne doit-on pas d’abord passer par le sas des sentiments partagés, avant de se risquer à une telle vulnérabilité ?

Il doute qu’elle réalise la portée d’un tel message. Une odeur d’encens et de vanille s’élève autour de lui. Comme elle. Il gagne, agacé, sa chambre, où un bain moussant l’attend déjà. Il s’y plonge sans délice, relisant ses précédents mails. Non, aucun sous-entendu, aucune promesse ! Ce qu’il souhaite, avant tout, c’est qu’on le laisse ressentir en paix, à son rythme, et au gré de toutes ses angoisses les plus sèches.

Je pense à toi…Mais on ne s’affiche pas comme cela, auprès d’une personne qu’on connaît à peine ! D’ailleurs, c’est qui cette fille ? Une amatrice, une collectionneuse ?

A la réflexion, on ne peut pas répondre à un « je pense à toi » avec légèreté. Des mots graves, qu’on se doit de manier avec précaution, méfiance et doigté. Car après cela, tout est envisageable, de l’envoi de bouquets de roses anonymes, à des lettres parfumées le jour de la Saint Valentin, en passant par la banderole aérienne. Impossible, non, impossible de souffrir une telle insolence. Déraison ! Désinvolture !

Il s’enfonce sous la mousse parfumée. Lorsqu’il en émerge enfin, un peignoir moelleux posé près de lui l’accompagne jusqu’au balcon, où le soleil de l’après-midi entame sa lente descente. Il scrolle nerveusement le fil de ses textos. Bon, elle n’a pas réussi à trouver son numéro, c’est déjà ça.

Une vibration, il sursaute. Son élue, encore, qui aimerait bien lui parler de « quelque chose d’important ». Il retient son souffle alors que retentit la tonalité. Elle semble sourire au bout du fil : je voulais juste te dire merci pour les fleurs. Il lui raccroche au nez, et, par réflexe, jette son mobile dans la piscine, quatre mètres plus bas. En sueur, il tente de se concentrer, quoi, elle aurait donc réussi à trouver son adresse, oh mon Dieu, non, non…oubliant qu’il les avait commandées lui-même, avant de partir.

L’hécatombe

 

via GIPHY

L’hécatombe avait commencé de façon inattendue, avant même que Lou n’ait eu le temps de le réaliser.

C’était Clélia qui avait porté le premier coup. Un mercredi soir, elle avait préféré regarder un polar avec son nouveau mec plutôt que de rejoindre la bande des cinq inséparables copines. Puis, cela avait été Emeline, et son dîner-couple du vendredi. Des cinq, il ne restait que trois pauvres âmes, mais Lou, Karine et Mariama tenaient bon. A trois, on peut toujours boire, draguer et débriefer les plans foireux, non ?

Peu à peu, et malgré leurs liens avec le patron, elles avaient été déplacées plusieurs fois, dans leur bistro préféré, parce qu’une table de six pour trois filles, cela faisait désordre. Elles acceptaient toujours sans broncher, tellement attachées qu’elles étaient à ce lieu chargé de souvenirs où elles se retrouvaient souvent le dimanche, vers quatre heures du matin, à passer des vinyles sur la vieille platine de l’arrière-magasin tout en s’enfilant verres de porto et tartines de mousse de canard.

Un samedi matin, pour le brunch, Mariama n’était pas venue. D’après son texto laconique, sa persévérance sur Tinder avait fini par payer, et le grand roux aux dents du bonheur lui avait proposé un week-end surprise à Bruxelles. Elle a une chance de cocu, non ? avait persiflé Lou, mais au lieu de ricaner comme à l’accoutumée devant ses critiques mesquines, Karine avait plongé le nez dans son assiette d’œufs pochés/chou kale sauté. Deux verres de mimosa plus tard, elle lui avouait avoir dû laisser tomber ton petit-déj with benefits avec son mec pour venir la rejoindre, pour ne pas la planter, en fait. Ça, Lou ne l’avait pas vu venir. Ainsi son partenaire de kizomba avait fini par rassembler ses forces, et la conquérir. Se sentant inexplicablement coupable, elle l’avait renvoyé chez elle : elle n’avait jamais vu Karine irradier autant qu’en la quittant, sautillant presque dans la rue. Bon, après tout, il restait le téléphone.

Rentrée chez elle, la voici s’installant confortablement dans son canapé, pour un call avec Clélia (durée moyenne habituelle : trois heures), histoire de lui narrer la teneur des évènements. De suite, elle retrouvait avec soulagement son amie, mordante et pleine d’esprit. Quinze minutes après, celle-ci doit pourtant raccrocher. Déjà ? s’insurge Lou. Oui, désolée ma belle, je dois me préparer, on sort voir une pièce avec Chou. Chou ? C’était aussi ridicule que gustativement répugnant.

Passé vingt-et-une heure, elle décidait de faire comme dans les films, et de dîner seule, à leur table habituelle. Elle s’y voyait déjà, femme fatale pensive derrière la baie vitrée du troquet, les yeux rivés sur la ville plongée dans la nuit, claquements de talons sur pavés mouillés, lumières incandescentes.

Arrivée Chez Maurice, la salle est comble, et une serveuse exécrable lui hurle tout est réservé, mais j’ai un coin qui se libère dans quarante minutes. Le coin en question est une table sortie des Enfers, poisseuse, boiteuse, entre la porte des wc (dont le loquet est cassé depuis 1999) et l’escalier. Lou tente sa chance et en envoie aussitôt une photo à la bande dispo pour un osso-buco ? Une dame aux allures de Mathusalem est pour le moment bien calée à la place convoitée : soufflant sur son potage, elle marmonne, en un monologue inaudible. Elle décide d’abandonner la partie.

Sur le point de rentrer, Lou note que Westward the women passe au cinéma du coin. Elle s’enfonce dans la salle, non sans un énorme sachet de Maltesers à la main. Alors qu’elle coupe le son de son mobile, un message apparaît « A : 21h45 // De : Emeline // Oh ma pauvre, la table des exclus ! Pourquoi tu ne sors pas avec des copines, plutôt ? » Elle décide d’éteindre son portable pour le week-end.

Bas les masques

via GIPHY

 

Oui, ses prières avaient enfin été entendues.

Des rencards foireux aux blagues contenues, des mecs aux préliminaires dignes d’une autopsie dans NCIS, tous ces grands moments de solitude trouvaient enfin, enfin ! un heureux dénouement.

C’est à la faveur d’un anniversaire costumé qu’elle l’avait rencontré.

Son total-look Reine des Neiges l’avait tout de suite charmée…ou était-ce plutôt sa manière de lui proposer une tartine de houmous, un bout d’olive noire coincé entre les dents ?

Très vite, ils s’étaient mis à injurier chacun des personnages de Dora l’exploratrice, comme ça, d’instinct. Ils avaient critiqué la mode des carreaux, les hipsters dans leurs triplex à Montreuil ou Pantin, les écrivains qui, se sachant belles.beaux gosses, étaient toujours en photo sur leurs livres…et à quel point ils ne lisaient que ceux-là, du coup.

  • Leurs références musicales ? Why Mud et Jordan Rakei en boucle sur leurs platines ;
  • Lost vu et revu en streaming jusqu’à en perdre le sommeil (puisqu’on vous dit que la fin est beaucoup claire qu’il n’y paraît!) ;
  • Passion commune pour les courgettes sautées et le poulet rôti-mayo, en sortant d’une soirée très raisonnablement arrosée ;
  • Finir mutuellement leurs phrases, avant même de les avoir commencées, check.

A la fin de la soirée, ils s’esclaffaient sans raison, et la connivence, palpable, les isolaient peu à peu du reste des convives. Ou alors ces derniers s’excluaient-ils eux-mêmes, comme tous ceux qui assistent, impuissants, à la naissance d’une idylle ?

Une heure du matin. La fête bat son plein, mais il est temps pour eux de partir, question de principe.

Devant la bouche de métro, leurs œillades se font plus insistantes, le flux de paroles ralentit…Elle ose lui souffler « tu as quelqu’un, en ce moment ? », «Je te dirais que c’est très, très, compliqué, et toi ? » « La même ».

Il lui propose alors un « dernier verre…de thé vert » qu’elle accepte en un éclat de rire bien trop nerveux pour être innocent.

« Au fait, il serait temps de les retirer, non ? » Parce qu’avec l’euphorie, ils avaient complètement oublié de retirer leurs masques, lui de Deadpool (oui, avec un costume de Reine des Neiges), et elle de chat (déguisement de Neytiri déguisée en serveuse déguisée en félin).

« Ok, en même temps à trois. Un…»

C’est quoi son prénom, déjà ?

« Deux… »

Ah oui, Romain !

« Et trois ! »

Romain…Comme son mec.

Comment se libérer de ce mec qui vous colle à la peau ?

5 problèmes, autant de (presque) bonnes solutions.

  1. Il se rappelle à votre bon souvenir une fois tous les six mois :

Les faits : alors que vous êtes en phase harmonie totale avec votre moi profond (le yoga et le vin rouge, ça aide), vous recevez, en plein brunch dominical, un message sur votre répondeur, « Salut beauté, j’ai vu une plante verte, et ça m’a fait penser à toi. OP pour un café en bas de chez moi ? ».

Le problème : sous le choc, vous vous mettez à confondre le prénom de votre tout nouveau mec (odeur de croquettes) avec celui de votre chiot (odeur de café, euh, hein ?!), et vous interrogez : est-ce que laisser en plan votre cocker, ça le fait ?

La solution : investissez dans un un cochon d’Inde génétiquement modifié, programmé pour vous déchiqueter le doigt dès que la simple envie d’aller Le rejoindre vous effleure l’esprit. Prévoyez un vaccin antirabique, on ne sait jamais.

Sinon, il existe une offre spéciale sonneries de téléphone : Michel Sardou avec « les blacks sont plus musclés » ou Catherine Deneuve et son dernier titre « Baiser volé à six dans le RER D », quelque chose de dissuasif, quoi.

 

  1. Il s’adresse à vous de manière ambigüe :

Les faits : Lui : « je pense que j’ai beaucoup à donner à une femme », « tu es la plus grande erreur de ma vie », « ton corps me donne des frissons », voire « au pire, je t’épouse ».

Le problème : vous vous jetez à son cou, balbutiant entre deux sanglots que vous aussi, vous trempez vos draps en rêvant de lui. Il vous repousse sèchement : « mais, qu’est ce qui te prend ? Je te parle de Lou, ma copine qui vit à Bruxelles, voyons. On va fêter nos deux ans là-bas, d’ailleurs. Tu ne pourrais pas me prêter ta caisse, pour y aller ? ».

La solution : ses propos relèvent au mieux de l’insulte, au pire du connard intersidéral. Mais le doute subsiste, hein. Apprenez plutôt le japonais : quitte à intégrer une langue complexe, autant qu’elle vous soit utile.

 

  1. Ses commentaires sont flous :

Les faits : vous, un micro débardeur, un festival, entourée de vos meilleures amies, un poney aux mèches blondes en arrière-plan. Soudain, une alerte : Rémi a liké votre photo et a posté un commentaire : « Great view ! ».

Le problème : Ce like, c’est pour le festival ? Pour votre débardeur, acheté une taille en dessous à dessein ? Pour Hélène, à votre droite, fille cachée d’Elvis Presley, John Trudeau, Kate Moss et Naomi Campbell – oui, c’est possible, non, je ne vous dirai pas comment – (pourquoi est-ce votre amie, déjà ?). Ou alors, c’est pour le poney… Et s’il a ajouté Hélène en amie d’ailleurs, c’est uniquement pour se rapprocher de vous, c’est certain…

La solution : déjà, un commentaire en anglais d’un mec qui vient de Perpignan, c’est louche, et tellement hors-sujet. Ensuite, la fonction « bloquer » n’est pas uniquement faite pour tenir à distance raisonnable les militants pro-Jack L’éventreur, pro-vie, pro-Front National, pro-Dracula, et les hommes sans humour.

 

  1. Il ne répond pas à vos messages

Les faits : prenant une grande inspiration, après des heures d’hésitation au boulot, les yeux rivés sur votre mobile (vous pouvez vous asseoir sur votre promotion, hein), vous vous décidez à le relancer, après des jours (ok, 24h) de silence, par un texto léger-mais-pas-trop-et-en-même-temps-sexy-mais-qui-n’en-dévoile-pas-trop-qui-fait-femme-cool-et-indépendante-et-romantique-mais-sans-pression : « coucou 😃 ».

Le problème : il ne répond pas, et vous entrez dans la 60ème heure. Est-ce que se repasser l’intégrale de Scrubs peut être comptabilisé en heures de sommeil ? Peut-on mourir d’attendre en vain ? Vous maudissez ce smiley jaunâtre qui est certainement la cause du réchauffement climatique et de l’échec de votre sublime texto. Attendez, un bip ! Ah non, juste une alerte braquage dans votre bijouterie. Vous vous rendormez, écœurée de tout.

La solution : ne l’attendez plus. Patinez, pratiquez la corde à sauter et les dîners entre amis de manière intensive. Ne le stalkez plus sur les réseaux sociaux (oui, Instagram en est un. Oui, le faire stalker par une pote, c’est pire). Pourquoi ne pas relancer pour un café ce mec que vous trouvez choupi-mais-sans-plus ? Alors, en effet, il prononce Michael Jackson mikaellejacquessonne, et aime tellement l’ail qu’il semble en utiliser les gousses en guise de dentifrice et d’eau de toilette mais lui, au moins, répond aux messages à la vitesse du son (tout porte à croire qu’il vit dans votre téléphone). Ah oui, et prévenez les flics.

 

  1. Il débarque toujours à l’improviste :

Les faits : enfin, ce soir, Charles vous a conviée à un dîner avec ses parents dans le meilleur resto de la ville. Vos escarpins vous font vaciller, votre tenue menace de vous asphyxier à chaque sourire, mais vous vous sentez plus prête que jamais. On sonne : c’est Lui, une demi-bouteille de mousseux (vous détestez ça), une boîte de mini-makis (pour une personne) et un sachet de nougats au sésame (vous êtes diabétique) dans les mains. Il vous laboure de son regard de braise : « tu aurais des baguettes ? ».

Le problème : noyée dans ses yeux lavande, vous êtes prête à passer la soirée en robe du soir, en le regardant manger, jusqu’à ce qu’il file s’endormir chez sa copine (elle finit de bosser dans 10 minutes), tandis que vous lui confiez votre secrète blessure d’enfance (un incident entre une cage mal fermée, un tigre et un clown, en 6ème).

La solution : ne lui autorisez que le périmètre de votre paillasson. Chaussez des ballerines, vous irez plus vite. Dans le taxi, n’oubliez pas de composer le 01.42.41.16.43 : c’est le numéro d’un service de traitement des nuisibles. Ultra efficace.

[De retour du musée] MALI TWIST, Fondation Cartier, Paris 14ème

Le continent noir est à l’honneur à Paris cette saison avec une rétrospective consacrée au photographe malien Malick Sidibé (1935-2016), vingt-deux ans après l’exposition qu’avait présentée la Fondation en 1995, inédite à l’époque.

Résultat de recherche d'images pour "malick sidibé"

Né en art comme on entre en religion, celui que l’on surnomme l’œil de Bamako a su poser, sa vie durant, un regard aussi tendre que fervent sur ses contemporains. Sillonnant les bals poussières et les surprises-parties, armé de son appareil Brownie Flash, il se fait connaître en immortalisant les dieux et déesses des nuits chaudes bamakoises, entre frénésie yéyé et nouvelles indépendances.

Résultat de recherche d'images pour "malick sidibé"

« Le noir et blanc, c’est la vie »

Né en 1935 à Soloba, village du Sud-Mali, le jeune Malick, après un diplôme de joailler de l’École des arts et des artisans soudanais de Bamako, intègre en 1955 le studio Photo Service de Gérard Guillat-Guignard.

Très vite, l’année suivante, il commence à saisir des instantanés de cette époque charnière, deux avant la proclamation d’indépendance du pays. En 1962, il ouvre son propre studio, Studio Malick.

Résultat de recherche d'images pour "malick sidibé"

Résultat de recherche d'images pour "malick sidibé"

Il se spécialise dans la photographie documentaire, faisant de la jeunesse son sujet de prédilection : c’est cette atmosphère singulière, capturée avec une empathie propre à l’artiste, à laquelle l’exposition fait la part belle.

En témoigne Nuit de Noël (Happy Club), sélectionnée par le TIME comme l’une des « 100 photographies les plus influentes de l’histoire ».

Malick-Sidib--Nuit-de-No--001

« L’image ne trompe pas »

A partir de 1976, Sidibé fixe son objectif dans son studio, qui devient le passage obligé de la capitale malienne. Portraits de famille, fashion victims, personnages hauts en couleur en tout genre, accompagné (ou non) d’un mouton, d’une moto, en tenue d’apparat, toutes les fantaisies sont permises.

Résultat de recherche d'images pour "malick sidibé"

Entre fierté et exubérance, les portraits de l’artiste déroulent le fil d’une certaine époque de liesse absolue. La joie, l’insouciance, le visiteur prend part aux élans spontanés d’une génération incandescente.

Résultat de recherche d'images pour "malick sidibé"

Vibrant hommage à l’énergie créative d’un artiste aussi discret que prolifique, Mali Twist se veut également le témoin d’un art contemporain africain désormais incontournable. L’exposition, avec plus de 250 photographies, donne à voir l’éclosion inédite d’une veine de créatifs affranchis, malgré le tumulte de l’histoire, à l’image de Paa Joe.

Résultat de recherche d'images pour "malick sidibé"

Un rayonnement qui dépasse les frontières africaines, comme en témoigne Janet Jackson dans son clip Got ‘till It’s Gone (1997).

A partir de 2000, Sidibé accumule les récompenses, notamment, le Prix international de la photographie (Fondation Hasselblad, 2003), Lion d’Or d’honneur (52e Biennale d’art contemporain à Venise, 2007), Infinity Award for Lifetime Achievement (Centre de la Photographie de New York, 2008).

Le photographe confidentiel est désormais une étoile consacrée internationalement.

Résultat de recherche d'images pour "malick sidibé"

« Danser, c’est bon ! »

Dès notre arrivée, nous sommes embarqués dans un voyage sensoriel complet. Bercé par une bande-son particulièrement soignée, conçue par l’écrivain Manthia Diawara et André Magnin, galeriste et commissaire de l’exposition (aux côtés de Brigitte Ollier), un studio-photo est même soumis à la fantaisie de chacun, à l’aide d’accessoires délicieusement rétros.

Résultat de recherche d'images pour "malick sidibé"

Jusqu’en février 2018, différentes soirées seront proposées, parmi lesquelles une carte blanche à Ballaké Sissoko (les 5 et 6 février 2018) ainsi qu’un « bal populaire » avec l’Orchestre Taras (le 17 février 2018).

Une fête dans la fête que n’aurait pas boudé Malick Sidibé, pour qui « dans la vie, il faut s’amuser, après la mort, c’est fini ! »

Résultat de recherche d'images pour "malick sidibé"

 Malick Sidibé – Mali Twist, jusqu’au 25 février 2018 à la Fondation Cartier pour l’art contemporain (Paris XIVème).

 

 

Images @Andre Magnin and Hackelbury Fine Art

(Sur)vivre (à) sa première jupe de l’été

la_reine_margot_7788

Enfin un matin ensoleillé. Tu ouvres ta penderie: jeans, jeans, et jeans. Et puis soudain, tu le remarques, ce petit bout de tissu coloré. Tu le touches de l’index: c’est frais, léger, doux. Ça ne pèse pas plus lourd que ton porte-monnaie un jour de vente privée chez Maje, ce sera parfait. C’est beau d’être une fille.

Tu te regardes quarante-huit fois avant de sortir de chez toi. Tu te demandes si elle n’est pas un peu transparente, après tout, pas un peu trop courte, cette jupe. Mais il est l’heure, tu as déjà vingt minutes de retard, il faut partir, vite. Une fille, ça a ses priorités, aussi.

Dans la rue, tu te concentres sur tes pas, histoire de ne pas te tordre une cheville devant tous ces mecs bizarres gens en terrasse qui semblent te suivre du regard, un vague rictus aux lèvres. Pour te donner du courage, tu visualises la prise de krav-maga que tu as maté sur Youtube il y a un mois, entre deux bouchées de hummus et te récites les noms de femmes de tête célèbres: Carrie Bradshaw, Toni Morrison, Olympe de Gouges, Rebelle, Anaïs Nin, Cécile Duflot, Caitlyn Jenner…Une fille, ça en a dans le shortie sans coutures, full stop.

Sur ta route, tu croises des filles au style boyish, tellement à l’aise dans leur jean 7/8ème, leurs Zizis, leurs T-shirts surtaillés. Tu songes à ton pantalon fétiche que tu as laissé traîner sur une chaise, et qui aurait parfaitement matché avec ce petit haut, là, dans la vitrine. Premier coup de vent, ta jupe se soulève en gonflant légèrement, et tu crois que cet éclat de rire, là-bas, est à ton attention, alors tu presses le pas, la tête dans tes ballerines. Une fille, ça file droit.

amy schum gif.gif

Avant de t’asseoir dans la rame de métro, tu poses un magazine gratuit sur ton siège. Une fille, ça pense à tout. Et puis, quand tu te lèves, bah, le journal, il se lève aussi, mais contre le haut de tes cuisses. Malgré les yeux tout ronds de l’ado à la moustache naissante en face de toi, tu arraches négligemment le tout et le coince sous ton bras, avant de descendre d’un pas vif. Une fille, ça peut tout gérer.

Enfin, le bureau! Tu peux jeter déposer ton sac et ton journal sous ta table, allumer l’ordi, et te servir trois un café bien serré. Un peu songeuse, tu sirotes le doux breuvage en scrollant les différents blogs féministes auxquels tu voudrais prendre part, après tout. Une fille en jupe, c’est une Adjani en devenir.

Soudain, tu surprends Maxime, boulet de notoriété publique, en train de te lorgner le cuissot.

“Eh, oh, ça va, je ne te dérange pas?

– Désolé, pas eu le temps de lire les infos, ce matin” sourit-il, sarcastique, l’index pointant un gros titre comme imprimé sous ta fesse droite “Actu: le paquebot Harmony of the Seas a enfin pris le large”. Une fille, ça ne pleure jamais, jamais.

NIGHT KNIGHT / “GOD IS A MOTHERFUCKER”: FIRST ALBUM

Sooner than expected, Athens will have the duty to erect new deities statues. What the f*?, you’re asking? I’m talking about Night Knight, one of the most exciting rock release of the season.

1

Since the first listening of Nadia, the space is totally gathered by Manolis Giannikios’s virtuoso drums, symbiotic with Serafeim Giannakopoulos (vocals and guitar), Stelios Provis (vocals and bass) and Minas Liakos (guitar).

The band offers a soft and genuine rock, luminous. Each melody remains thoroughly chiselled, making a point of giving a particular place for each instrument. Listening to Set it on fire, you can’t feel anything but your heart beating harder and tears in your eyes, instantly. The fault is in those songs, which radiate friendship and an uncanny tenderness for good sounds.

Their first album, God is a Motherfucker, will be release this January 29 (Inner Ear Records). In advance, I’m shivering as it is so certain the audience will levitate when heard in live. Beware, upcoming masterpiece here!

Tracklist:

1.Born Again

2.Turned back blues

3.Us

4.Between my legs

5.Crystal rivers

6.The story of a fool

7.God is a motherfucker

8.Hang me out to dry

9.Turn back time

10.Nadia

11.Set it on fire

À poil.

beauvoir_nobs2008

A quoi ressemblerait une fille canon ? Elle serait sportive, souriante, parfumée, parfaitement lookée ?
A quoi ressemblerait un mec canon ? Il aurait la mèche contrôlée, la chemise à la papa aux manches retroussées juste sous les coudes ?

Chez les Gens Pressés, c’est chaque jour que l’on essaye de dresser un portrait-robot exhaustif de la moitié parfaite, celle qui nous ferait indiscutablement tourner le menton au premier regard. Il n’y aurait plus les adeptes de Vincent Gallo ou de Jamie Dornan, les groupies de Georgia-May Jager ou de Naomi Campbell, non, juste un archétype enfin dévoilé, qui mettrait tout le monde d’accord…

Mais qu’en serait-il de la personne QU’IL NOUS FAUDRAIT ? Comment se décider, et décider si la personne assise en face de vous, dévorant un muffin bio est bien la bonne? Pour votre serviteur, une interrogation en forme de mot d’ordre : tous à poil ?

Samedi dernier, je demandais à un copain de se positionner clairement sur le sexe au premier regard. Et selon lui : “on appartient à une génération qui ne parvient plus à prendre son temps ». Well, well, well…

gif into the wild

Pourtant, il semble que le fait d’être nus vite et bien (ou pas!) dévoile aussi un bel idéal, celui de s’ouvrir sans ambages, sans attendre, en faisant fi du danger d’être très vite déçu. Au cœur de nos cités urbaines débordées, la fulgurance de la relation charnelle apparaît comme le dernier bastion d’une intensité sincère, véritable, que l’on peut « toucher ».

Comme un contre-poison au sulfureux qui nous entoure et nous écrase (publicités, séries, romans…), nous obligeant, peu à peu, à une plus grande pudeur de nos sentiments, de nos espérances, nous cédons volontiers à la mise à nu (au premier degré) imposée, transcendant ainsi les instants les plus parfaits.

Et malgré les écueils vertigineux que cela implique, il ne semble y avoir aucun doute : c’est à nu que tout est dit, c’est à nu qu’on a la sensation de caresser les âmes, du bout des lèvres, à fleur de peau…cela est tout à la fois fou et absurdement risqué, mais c’est ce qui rend la quête d’autant plus désirable, non ?

Haut les cœurs !

Créditphoto@Photo Art Shay/Courtesy Stephen Daiter Gallery
Créditgif@cinyma.tumblr.com