[Le film] “La tortue rouge”, de Michael Dudok de Wit

Le pitch : un naufragé prisonnier d’une île au confort sommaire. NULLE ÂME QUI VIVE. eT POURTANT…

L’homme ne parle pas, ou, du moins, éructe des exclamations universelles communes à tous ceux piégés dans une situation similaire.

Rapidement, la chappe du silence, au départ terrifiante, puis, ponctuée du ressac des vagues et du chant des oiseaux, se revêt d’une singulière familiarité.

Alors qu’il essaye, une énième fois, de fuir, une tortue rouge renverse sa frêle embarcation : c’est le début de l’aventure pour le naufragé, avec, en filigrane de sa captivité, l’essence même de notre condition.

En retirant tout le vacarme du monde, les luttes infinies d’ego et l’amertume de ne pas avoir choisi d’être, que reste t’il sinon notre individualité pétrie d’angoisses existentielles ? Captifs d’un espace immense, nous nous inventons des frontières, dans un souci de circonscrire l’infinité des possibles à un périmètre moins étourdissant.

La tortue rouge ramène le spectateur à une humilité primitive, efface le chaos pour ne laisser émerger que la trivialité sublime de ce qui nous meut : la quête d’amour véritable, le seul pansement tolérable à déposer, en douceur, sur nos blessures d’âme.

La nature, par sa tendre fatalité, se révèle une partenaire incontournable, composante intrinsèque de notre organisme, compagne indulgente de nos anxiétés plurielles.

Un épisode fort du film : alors qu’il se sait parfaitement piégé, le héros, coincé à flanc de ravin, sans aucune possibilité de regagner la surface en grimpant, parvient à s’en libérer, comme si, à l’aune de son sort inéluctable, il restait déterminé à s’autoriser l’espoir.

Cette certitude d’avoir le choix face à une infinité de possibles, le pari d’y croire, malgré tout, tel un pied de nez colossal au temps qui fuit, transmettre et consentir au changement, ce conte initiatique déroule l’écheveau de la vie d’un homme, ici sur une île, mais transposable dans une mégalopole ou un chalet dans les Cévennes.

La tortue rouge, de Michael Dudok de Wit (2016)

Crédit image@Wild Bunch Distribution

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