[Le film] “La tortue rouge”, de Michael Dudok de Wit

Le pitch : un naufragé prisonnier d’une île au confort sommaire. NULLE ÂME QUI VIVE. eT POURTANT…

L’homme ne parle pas, ou, du moins, éructe des exclamations universelles communes à tous ceux piégés dans une situation similaire.

Rapidement, la chappe du silence, au départ terrifiante, puis, ponctuée du ressac des vagues et du chant des oiseaux, se revêt d’une singulière familiarité.

Alors qu’il essaye, une énième fois, de fuir, une tortue rouge renverse sa frêle embarcation : c’est le début de l’aventure pour le naufragé, avec, en filigrane de sa captivité, l’essence même de notre condition.

En retirant tout le vacarme du monde, les luttes infinies d’ego et l’amertume de ne pas avoir choisi d’être, que reste t’il sinon notre individualité pétrie d’angoisses existentielles ? Captifs d’un espace immense, nous nous inventons des frontières, dans un souci de circonscrire l’infinité des possibles à un périmètre moins étourdissant.

La tortue rouge ramène le spectateur à une humilité primitive, efface le chaos pour ne laisser émerger que la trivialité sublime de ce qui nous meut : la quête d’amour véritable, le seul pansement tolérable à déposer, en douceur, sur nos blessures d’âme.

La nature, par sa tendre fatalité, se révèle une partenaire incontournable, composante intrinsèque de notre organisme, compagne indulgente de nos anxiétés plurielles.

Un épisode fort du film : alors qu’il se sait parfaitement piégé, le héros, coincé à flanc de ravin, sans aucune possibilité de regagner la surface en grimpant, parvient à s’en libérer, comme si, à l’aune de son sort inéluctable, il restait déterminé à s’autoriser l’espoir.

Cette certitude d’avoir le choix face à une infinité de possibles, le pari d’y croire, malgré tout, tel un pied de nez colossal au temps qui fuit, transmettre et consentir au changement, ce conte initiatique déroule l’écheveau de la vie d’un homme, ici sur une île, mais transposable dans une mégalopole ou un chalet dans les Cévennes.

La tortue rouge, de Michael Dudok de Wit (2016)

Crédit image@Wild Bunch Distribution

“L’Odyssée” de Fred Pallem & Le Sacre du Tympan

Pour renouer avec le free-jazz…

 

Écouter L’Odyssée, nouvel album de Fred Pallem & Le Sacre du Tympan, c’est assister à la noce inespérée entre un big band endimanché et des expérimentations pop-funk fulgurantes (à l’instar d’Haemophilus Aphrophilus, grand-messe transcendantale).

Bassiste, compositeur émérite, Fred Pallem a réussi le pari fou de réunir près de 17 musiciens (cette année, l’orchestre fête ses 20 ans) pour mener l’objectif commun le plus utile qui soit : diffuser un groove irrésistible, luxuriant, dont l’intérêt majeur est de rétablir la connexion entre le son, l’auditeur et ses tripes.

Au cœur d’une transe 70’s (L’Enfant dans la jungle urbaine), on retourne aux origines (Le village du sorcier), on s’imprègne de mélodies inspirantes, à l’élégance surannée (Death and life of a suburban guy) et on laisse résonner en soi des pulsations universelles.

Avec ce nouvel opus, sorti le 5 octobre dernier chez Train Fantôme, il est question de couleurs, de températures et d’ambiances : chaque titre se détache comme autant de touches supplémentaires ajoutées à une toile débutée en hommage aux grands (magnifique L’Odyssée).

Immanquablement, on semble retrouver la mélancolie grandiloquente d’un Morricone, l’esprit précurseur de l’afro-beat des 80’s, le génie d’Ornette Coleman, voire l’audace de Genesis…autant de références dont l’œuvre s’émancipe pour mieux leur rendre hommage. On ne s’en remet toujours pas. Et, bientôt, vous non plus.

L’Odyssée, Fred Pallem & Le Sacre du Tympan (Train Fantôme)

En concert le 9 novembre 2018 à LES GÉMEAUXScène nationale de Sceaux + release party le 24 janvier 2019 à la Gaîté Lyrique.

 

Crédit image@Fred Pallem & Le Sacre du Tympan

Les Gens Pressés sont sur Radio Néo !

Les Gens Pressés ont poussé les portes de la radio associative Radio Néo depuis le mois de septembre, dans le cadre de l’émission Chaos, présentée par Thomas Corlin (Seb Lascoux aux manettes).

Au menu, des chroniques inédites et le son qui les a inspirées, dans la droite ligne de celles présentes sur le blog (et que je vous invite à (re) lire, sait-on jamais 😉) : du quotidien tranchant, de la ville qui bouscule, des questions existentielles cruciales (l’univers impitoyable de la cabine d’essayage, le port de la robe dans les transports en commun…).

Désormais, mes interventions sont disponibles en podcast : vous pourrez m’y écouter, littéralement partout, sur tout support et en toutes circonstances  : tablettes, mobiles, voiture, trottinette, soirée, fin de soirée, gueule de bois, walk of (no) shame, after party malgré la gueule de bois et walk of shame, finalement, oui…

Je ne peux que vous inviter à écouter l’intégralité des émissions, thèmes et invités restent passionnants, avec ce supplément acidulé qui fait tout le sel de Radio Néo.

Régulièrement, je mettrai à jour mes nouvelles chroniques. Bonne écoute  !

Ci-dessous, la liste des podcasts :

Chronique du 24 septembre 2018  : Dans les cabines d’essayage

Chronique du 1er octobre 2018 : La tache

Chronique du 15 octobre 2018 : Cher Homme Parfait

Chronique du 19 octobre 2018 : Le jour de la robe

Chronique du 20 novembre 2018 : La déclaration (dès 48 mins)

Chronique du 26 novembre 2018 : Je ne sais pas danser (dès 43:13 mins)

Chronique du 29 novembre 2018 : Ma copine est cultivée, que faire ? (dès 51 mins)

Haut les cœurs !

 

Crédit image@radionéo & Will Francis on Unplash