“Pourquoi le bon mec ne se trouve jamais dans le bon wagon?”

poupée ken

…sachant que le seul wagon qui existe reste le nôtre, retraçons ensemble le postulat de départ.

Il y a de ces jours où l’on se sent particulièrement prête à séduire et à être séduite. Tout a été mis en œuvre: les ongles sont sertis de la bonne teinte, notre crinière, aussi souple que dans une réclame, glisse voluptueusement sur notre front. Notre émail dentaire devient un phare dans la brume matinale, les piétons dansent au son de “Let’s dance” sur notre passage, les voitures nous laissent traverser au feu vert et klaxonnent comme pour un mariage.
Oui, il y a de ces jours où notre potentiel à choper ne fait aucun doute. Et c’est malheureusement en de tels instants que l’élégie tourne à la parodie, une sorte de énième “Die Hard” où l’on note qu’après dix-huit cascades et douze truands éliminés, l’homme chauve à l’écran n’est pas Bruce Willis:

→ Scénario n° 1, “la malédiction de la rame d’en face” :

Les portes du compartiment s’ouvrent. Vous vous efforcez de choisir le strapontin le moins hygiéniquement douteux. Vous vous retenez d’un doigt à l’une des barres du métro, juste un doigt, hein, car, et cela est de notoriété publique, les microbes ne colonisent que les mains entièrement agrippées. Passons.
Vous tournez la tête vers la vitre et, what? Un brun, un blond cendré, un roux, un rasé vous contemplent, vous, la Désirable ! Et ce sourire qui répond au vôtre : enfin des hommes à jeun qui ne craignent pas les femmes sûres d’elles! Mais la lumière s’éloigne: vous plaquez votre visage contre la vitre, faisant fi de toutes les précautions sanitaires élémentaires, le nez et la bouche écrasés contre la glace pour mieux distinguer (?!) les silhouettes célestes déjà passées, l’oeil hagard…Vous faites peur à voir.

Pourquoi diantre a t’il fallu que vous choisissiez la direction de métro que n’empruntent que les vieux, les enfants et les harpies? Affrète t’on des rames spécialement pour les beaux garçons résidant dans le sens opposé? Existe t’il un numéro vert où l’on peut s’inscrire?
Lorsque l’incident devient la loi, on peut aisément convenir que cela tient de la malédiction. Quant à ce picotement dans votre gorge, c’est la certitude d’une journée fichue à venir…

→ Scénario n° 2, “le supplice des deux wagons d’avant”:

Toujours aussi belle et désirable. Vous atteignez enfin votre quai en bon état de séduire, malgré ces interminables couloirs nauséabonds, notamment grâce à un déodorant dont une goutte seule ferait fondre de l’acier. Comme des milliers de citadins, vous avez pris la savante habitude de vous placer au niveau de l’embouchure de votre sortie/changement. Corollaire immédiat : LE beau mec du jour vous passe littéralement sous le nez, deux wagons avant le vôtre, avec juste assez de cette attitude parfaitement sereine et décontractée pour laisser s’insinuer en vous l’atroce pressentiment qu’il aurait consenti de bonne grâce à un café en votre compagnie. Ce chien qui aboie en vous regardant fixement? Si, si, il se fiche de vous.

Alors? Jusqu’à quand, ces opportunités qu’on ne peut rattraper et qui filent entre les mailles du temps, qui coulent le long de nos bras ballants?
La routine est un fichu salaud et, de ce fait, suffisamment prévisible pour être dompté. Car, il est temps de se l’avouer, la peur de l’échec et de la désillusion est curieusement la plus forte de nos angoisses. Personnellement, je n’ai encore jamais vu quelqu’un se faire brutalement éconduire par un homme: “PARDON? ME PROPOSER UN CAFÉ? VOUS ÊTES CINGLÉE !!”
Houspiller les vendeurs ambulants de roses n’y changera rien, il va falloir tenter une expérience relevant de l’hystérie pure : détacher son nez d'”A Nous Paris” et faire retrouver l’usage de nos zygomatiques un peu rouillés, faute de flexions régulières. Comment cela, vous ne voyez rien?
Et ce pardessus kaki, à côté de l’abominable personnage sur votre droite, le nez dans son bouquin, ne serait-ce pas un potentiel Lui? Et ledit abominable personnage d’ailleurs qui, une fois sa frange relevée, s’avère être un spécimen tout à fait plaisant, bien que passablement renfrogné par un vilain rhume, qu’en fait-on ?
Bousculer le bon vieux quotidien ou survoler sa vie sans obligation d’achat, il va falloir choisir.

Haut les cœurs !

Crédit photo : Mattel

“Femme qui rit va t’elle (vraiment) au lit?”

marilyn

 

«…et c’est là que j’ai sorti mon nez rouge de ma poche de veste »

Eclat de rire de la Belle tant convoitée. Ses dents rayonnent telles les facettes polies du diamant que vous espérez qu’elle souhaitera peut-être que vous lui glissiez un jour au doigt, mais cela est déjà une autre histoire. Elle a la beauté singulière des femmes de goût, rayonne. De ses mouvements exhale l’Ambre de Serge Lutens. C’est celle qu’il vous faut, cela ne fait pas l’ombre d’un doute. Et puis, pierre précieuse ou pas, un coït dans les règles de l’art entre adultes consentants, ce serait déjà très satisfaisant.

Pour le moment, vous constatez que votre méthode d’approche longuement rôdée auprès de ses camarades du sexe faible fonctionne enfin. Oui, c’est bien sa main douce aux ongles vernis qui se déroule sur votre avant-bras, c’est bien dans son regard profond que se reflètent vos yeux, c’est le son de sa voix que votre cerveau télécharge automatiquement dans votre bibliothèque musicale du siècle, aux côtés de Neil Young et de Jack Of Heart.

Vous le sentez bien, depuis quelques semaines, elle semble vous attendre à la machine à café. Elle est délicatement vêtue (à votre attention?), soutient votre regard et n’est pas avare de clins d’oeil lorsqu’au détour d’un couloir ou d’une baie vitrée, vous vous croisez, malgré le tourbillon de la vie professionnelle ou sociale à la faveur desquels vous vous êtes rencontrés.

Alors, ferrée?

Pour répondre à cette question au plus vite, et vous éviter de vous retrouver devant un Conseil disciplinaire extraordinaire, voire au tribunal pour délit sexuel, ou, pire, d’être éconduit sur la place publique dans votre beau costume anglais et souliers Church’s acquis spécialement pour l’occasion, revenons à la génèse de la Femme moderne.

La lecture, l’écriture, la régulation de la fertilité, la musique, le droit de vote, autant de domaines et libertés où les femmes excellent et où l’homme n’a plus le privilège exclusif. Il est loin, le temps où Amantine Aurore Lucille Dupin signait ses œuvres George Sand afin d’éviter la vindicte de ses pairs écrivains. Plus d’époux dévoué afin de faire états de précieuses avancées scientifiques tel Monsieur Curie pour son illustre épouse. La femme est devenue savante, cela est certain. Quoi, vous l’aviez compris depuis des lustres ? Bien, bien…Dès lors, pourquoi tant d’hésitations devant votre Belle ?

Il semble que votre cogito ait saisi bien avant votre instinct de chasseur que la femme s’est ancré solidement dans son rôle d’animal politique. Et, comme tel, elle évolue dans différents cercles, cherchant parfois partenaires ou, plus trivialement, un entourage amical. Et que font les amis ? Ils échangent sur diverses thématiques, se trouvent des points communs, se lancent des piques innoffensives, se touchent le bras, l’épaule, pour appuyer un propos ou une confidence, plaisantent, rient à gorge déployée. Oui ! La femme aime rire, non pour flatter votre ego de mâle hésitant mais parce que le rire et la camaraderie font partie intégrante de sa nature, tout comme vous.

Cessez donc vos billevesées d’un autre âge, et, avant de vous fourvoyer honteusement en prenant votre Douce pour une sotte qui n’aurait pour unique body language révélateur qu’un simple élan naturel du corps face à un propos effectivement hilarant (oui, vous parvenez à être drôle, rassurez-vous ! Du moins, à défaut de séduire, héhé), relisez donc les lettres de Victor Hugo à Juliette Drouet (www.juliettedrouet.org). Dès lors, vous aurez le bagage nécessaire pour prolonger votre cour plus adroitement et, de là, rechercher d’autres signes plus probants de la possibilité d’une ile, avec elle pour unique partenaire de solitude.

Haut les cœurs!

Crédit photo : @pixers.fr