Bas les masques

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Oui, ses prières avaient enfin été entendues.

Des rencards foireux aux blagues contenues, des mecs aux préliminaires dignes d’une autopsie dans NCIS, tous ces grands moments de solitude trouvaient enfin, enfin ! un heureux dénouement.

C’est à la faveur d’un anniversaire costumé qu’elle l’avait rencontré.

Son total-look Reine des Neiges l’avait tout de suite charmée…ou était-ce plutôt sa manière de lui proposer une tartine de houmous, un bout d’olive noire coincé entre les dents ?

Très vite, ils s’étaient mis à injurier chacun des personnages de Dora l’exploratrice, comme ça, d’instinct. Ils avaient critiqué la mode des carreaux, les hipsters dans leurs triplex à Montreuil ou Pantin, les écrivains qui, se sachant belles.beaux gosses, étaient toujours en photo sur leurs livres…et à quel point ils ne lisaient que ceux-là, du coup.

  • Leurs références musicales ? Why Mud et Jordan Rakei en boucle sur leurs platines ;
  • Lost vu et revu en streaming jusqu’à en perdre le sommeil (puisqu’on vous dit que la fin est beaucoup claire qu’il n’y paraît!) ;
  • Passion commune pour les courgettes sautées et le poulet rôti-mayo, en sortant d’une soirée très raisonnablement arrosée ;
  • Finir mutuellement leurs phrases, avant même de les avoir commencées, check.

A la fin de la soirée, ils s’esclaffaient sans raison, et la connivence, palpable, les isolaient peu à peu du reste des convives. Ou alors ces derniers s’excluaient-ils eux-mêmes, comme tous ceux qui assistent, impuissants, à la naissance d’une idylle ?

Une heure du matin. La fête bat son plein, mais il est temps pour eux de partir, question de principe.

Devant la bouche de métro, leurs œillades se font plus insistantes, le flux de paroles ralentit…Elle ose lui souffler « tu as quelqu’un, en ce moment ? », «Je te dirais que c’est très, très, compliqué, et toi ? » « La même ».

Il lui propose alors un « dernier verre…de thé vert » qu’elle accepte en un éclat de rire bien trop nerveux pour être innocent.

« Au fait, il serait temps de les retirer, non ? » Parce qu’avec l’euphorie, ils avaient complètement oublié de retirer leurs masques, lui de Deadpool (oui, avec un costume de Reine des Neiges), et elle de chat (déguisement de Neytiri déguisée en serveuse déguisée en félin).

« Ok, en même temps à trois. Un…»

C’est quoi son prénom, déjà ?

« Deux… »

Ah oui, Romain !

« Et trois ! »

Romain…Comme son mec.

Comment se libérer de ce mec qui vous colle à la peau ?

5 problèmes, autant de (presque) bonnes solutions.

  1. Il se rappelle à votre bon souvenir une fois tous les six mois :

Les faits : alors que vous êtes en phase harmonie totale avec votre moi profond (le yoga et le vin rouge, ça aide), vous recevez, en plein brunch dominical, un message sur votre répondeur, « Salut beauté, j’ai vu une plante verte, et ça m’a fait penser à toi. OP pour un café en bas de chez moi ? ».

Le problème : sous le choc, vous vous mettez à confondre le prénom de votre tout nouveau mec (odeur de croquettes) avec celui de votre chiot (odeur de café, euh, hein ?!), et vous interrogez : est-ce que laisser en plan votre cocker, ça le fait ?

La solution : investissez dans un un cochon d’Inde génétiquement modifié, programmé pour vous déchiqueter le doigt dès que la simple envie d’aller Le rejoindre vous effleure l’esprit. Prévoyez un vaccin antirabique, on ne sait jamais.

Sinon, il existe une offre spéciale sonneries de téléphone : Michel Sardou avec « les blacks sont plus musclés » ou Catherine Deneuve et son dernier titre « Baiser volé à six dans le RER D », quelque chose de dissuasif, quoi.

 

  1. Il s’adresse à vous de manière ambigüe :

Les faits : Lui : « je pense que j’ai beaucoup à donner à une femme », « tu es la plus grande erreur de ma vie », « ton corps me donne des frissons », voire « au pire, je t’épouse ».

Le problème : vous vous jetez à son cou, balbutiant entre deux sanglots que vous aussi, vous trempez vos draps en rêvant de lui. Il vous repousse sèchement : « mais, qu’est ce qui te prend ? Je te parle de Lou, ma copine qui vit à Bruxelles, voyons. On va fêter nos deux ans là-bas, d’ailleurs. Tu ne pourrais pas me prêter ta caisse, pour y aller ? ».

La solution : ses propos relèvent au mieux de l’insulte, au pire du connard intersidéral. Mais le doute subsiste, hein. Apprenez plutôt le japonais : quitte à intégrer une langue complexe, autant qu’elle vous soit utile.

 

  1. Ses commentaires sont flous :

Les faits : vous, un micro débardeur, un festival, entourée de vos meilleures amies, un poney aux mèches blondes en arrière-plan. Soudain, une alerte : Rémi a liké votre photo et a posté un commentaire : « Great view ! ».

Le problème : Ce like, c’est pour le festival ? Pour votre débardeur, acheté une taille en dessous à dessein ? Pour Hélène, à votre droite, fille cachée d’Elvis Presley, John Trudeau, Kate Moss et Naomi Campbell – oui, c’est possible, non, je ne vous dirai pas comment – (pourquoi est-ce votre amie, déjà ?). Ou alors, c’est pour le poney… Et s’il a ajouté Hélène en amie d’ailleurs, c’est uniquement pour se rapprocher de vous, c’est certain…

La solution : déjà, un commentaire en anglais d’un mec qui vient de Perpignan, c’est louche, et tellement hors-sujet. Ensuite, la fonction « bloquer » n’est pas uniquement faite pour tenir à distance raisonnable les militants pro-Jack L’éventreur, pro-vie, pro-Front National, pro-Dracula, et les hommes sans humour.

 

  1. Il ne répond pas à vos messages

Les faits : prenant une grande inspiration, après des heures d’hésitation au boulot, les yeux rivés sur votre mobile (vous pouvez vous asseoir sur votre promotion, hein), vous vous décidez à le relancer, après des jours (ok, 24h) de silence, par un texto léger-mais-pas-trop-et-en-même-temps-sexy-mais-qui-n’en-dévoile-pas-trop-qui-fait-femme-cool-et-indépendante-et-romantique-mais-sans-pression : « coucou 😃 ».

Le problème : il ne répond pas, et vous entrez dans la 60ème heure. Est-ce que se repasser l’intégrale de Scrubs peut être comptabilisé en heures de sommeil ? Peut-on mourir d’attendre en vain ? Vous maudissez ce smiley jaunâtre qui est certainement la cause du réchauffement climatique et de l’échec de votre sublime texto. Attendez, un bip ! Ah non, juste une alerte braquage dans votre bijouterie. Vous vous rendormez, écœurée de tout.

La solution : ne l’attendez plus. Patinez, pratiquez la corde à sauter et les dîners entre amis de manière intensive. Ne le stalkez plus sur les réseaux sociaux (oui, Instagram en est un. Oui, le faire stalker par une pote, c’est pire). Pourquoi ne pas relancer pour un café ce mec que vous trouvez choupi-mais-sans-plus ? Alors, en effet, il prononce Michael Jackson mikaellejacquessonne, et aime tellement l’ail qu’il semble en utiliser les gousses en guise de dentifrice et d’eau de toilette mais lui, au moins, répond aux messages à la vitesse du son (tout porte à croire qu’il vit dans votre téléphone). Ah oui, et prévenez les flics.

 

  1. Il débarque toujours à l’improviste :

Les faits : enfin, ce soir, Charles vous a conviée à un dîner avec ses parents dans le meilleur resto de la ville. Vos escarpins vous font vaciller, votre tenue menace de vous asphyxier à chaque sourire, mais vous vous sentez plus prête que jamais. On sonne : c’est Lui, une demi-bouteille de mousseux (vous détestez ça), une boîte de mini-makis (pour une personne) et un sachet de nougats au sésame (vous êtes diabétique) dans les mains. Il vous laboure de son regard de braise : « tu aurais des baguettes ? ».

Le problème : noyée dans ses yeux lavande, vous êtes prête à passer la soirée en robe du soir, en le regardant manger, jusqu’à ce qu’il file s’endormir chez sa copine (elle finit de bosser dans 10 minutes), tandis que vous lui confiez votre secrète blessure d’enfance (un incident entre une cage mal fermée, un tigre et un clown, en 6ème).

La solution : ne lui autorisez que le périmètre de votre paillasson. Chaussez des ballerines, vous irez plus vite. Dans le taxi, n’oubliez pas de composer le 01.42.41.16.43 : c’est le numéro d’un service de traitement des nuisibles. Ultra efficace.

#MecFragile

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 #LooseRoyale :

Il ne cherche à être ni séduisant, ni désirable. Dégaine mi has-been, mi-hipster (synonyme?), il aurait pu inventer les claquettes-chaussettes sans même s’en apercevoir. Il ne sait pas plaire, et cette ignorance-là est d’une efficacité redoutable. Sur vous, en tout cas.

#RencontreEnTarifChômeur :

Vous le croisez, enfoncé dans son siège, lors d’une séance de ciné matinale (5 euros) désertée de tous sauf d’un couple de retraités ensommeillés (gratuit pour les détenteurs de la Carte senior). Il vous a repérée, mais préfère se plonger dans l’admiration de son emballage vide de Twix (échantillon gratuit), moins risqué. Il finira par vous offrir un expresso Selecta (40 cents). Le sachet de madeleines (1,50 euros), ce sera pour le 3ème rencard, hein.

#SosMédecin :

Lors de votre premier date, il a rougi si fort que vous avez craint qu’il fasse un infarctus. Puis il a trébuché, tête la première, devant une de ces terrasses de café aux mille regards impitoyables (« lui ? Non, non, je ne le connais pas »).

Mais le plus gênant, c’est lorsqu’il s’excuse en butant contre la table basse, noie trois fois son Iphone dans la cuvette des wc, s’entaille la main avec une boîte de maïs à ouverture facile (?!), se fait mordre par un chat errant qu’il voulait secourir, saigne du nez quand il rit trop fort, noie trois fois son Samsung dans son bo-bun.

#AntiChuckNorris :

Votre premier «  je t’aime » ? Le souvenir de sa crise de larmes vous cause des insomnies (et de grands fous rires). Ses préliminaires émus de 45 minutes ? Vous enragez (« mais vas-y franchement, quoi ! »). Un verre de rosé dilué avec des glaçons ? C’est à peine s’il tient sur ses jambes. Vous avez honte de le battre systématiquement au bras de fer.

Pour lui, un écart alimentaire consiste à se resservir deux fois du quinoa. Ses jeans baggys font office de caleçons sur vous. Ses bras ? Ils sont si fluets qu’il peine à vous porter jusqu’au lit, vous et votre taille 38. Euh, ok, 40. Euh, ok, 42. Euh, ok…

#Sniper :

Ses remarques ou ses (rares) compliments tombent toujours à côté de leur cible et ressemblent à des exécutions sommaires (« je ne sors qu’avec des filles rondes », « je ne te ressers pas, j’imagine que tu es au régime »). Vous aimeriez lui rendre la pareille, mais au regard de sa constitution, vous préférez attendre de suivre d’abord votre stage de premiers secours.

#SourireEmailDiamant :

Tellement de raisons de prendre la fuite. Et puis, il vous sourit. Pas seulement avec ses lèvres ou ses yeux, mais avec ses joues, son front, ses cheveux, son buste #40°CàL’ombre.

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Quand il vous regarde, c’est comme s’il rêvait de vous avant de répondre, comme s’il avait sondé votre cœur sur le vif, sans aucun code à composer (que vous-même aviez oublié, entre deux mecs sans humour et un parfait rencard avec un parfait con) #CoupDeFoudreSansContact.

Vous fondez toute entière, dissoute en un seul battement de ses cils. Pauvre de vous. Un mec fragile ? Un mec, quoi.

 

Le Son by Les Gens Pressés #2

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Enfin !

Tout chaud, bien barré, fièrement indé, follement éclectique comme un frigo post réveillon de Noël, la playlist est de retour pour un deuxième round !

Le rendez-vous sera désormais mensuel et vos recommandations sont bruyamment attendues.

La thématique de ces 16 titres sélectionnés tendrement, comme un cubi chez Lidl une fin de mois : l’amour sexy/collant/fiévreux/distant/sur la fin/ébloui/gênant/apaisé.

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A vos casques…

 

 

Se taire (ou pas)

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Quand on s’est retrouvé, je me suis mordu la langue tout en pensant à un canard qu’on gave avant qu’il n’ait pu révéler les Grands Mystères de l’Humanité (tous les canards en sont les gardiens, en avez-vous seulement conscience ?). Me taire, à tout prix.

Elle m’a souri, m’a raconté ses misères professionnelles. A peine je l’écoutais, mauvaise amie que je suis, mais j’avais mieux à faire : devais-je ou pas évoquer son nouveau mec, alias Le Mal Incarné, alias le mec que j’ai surpris la bouche malencontreusement pressée sur le (*bip*) d’un être féminin non identifié à Petit Bain (on a tous le droit de se perdre), alias Celui Qui Ne Rappelle Jamais, alias celui qui a cru que l’empathie c’était le nom d’une marque de bière.

Elle me parle, elle a des cernes sous ses jolis yeux gris, mais je lui dit qu’elle est radieuse, et elle me sourit, et, miracle, elle irradie. « Tu as réussi à me faire décocher mon premier sourire de la journée » dit-elle. « C’est pas moi, c’est ton troisième verre de rosé plutôt, ivrogne ». Et la soirée s’annonce douce, mais je mijote à petit feu avec ce secret qui me dévore de l’intérieur depuis soixante-dix sept heures.

On se connaît bien. Pas par cœur (excepté si on considère que s’appeler à trois heures du matin pour savoir, terrifiée, si embrasser trois mecs au cours de la même soirée peut être considéré comme un rapport à risques intègre largement la zone du « par cœur ») mais suffisamment pour reconnaître les signes d’un malaise qui se dresse entre nous, façon montagne rose fuchsia surmontée d’une pancarte lumineuse et fluorescente « faut qu’on se parle ».

Elle croque un cornichon. « Alors ? ». Livide, tel est mon nom.

« Quoi ?

– Quoi, quoi ? A toi de me le dire, tu es pâle comme une meuf qui aurait vu Boy Georges sans make-up ».

On rigole, et ça me fait oublier tout le reste. Ok, vu la qualité de la blague, le rosé y est vraiment pour quelque chose. L’amitié, c’est le rempart ultime. Elle, c’est l’alpha de mon omega. Je ne peux pas lui faire ça. Et je scelle ce serment intime en aspirant une tranche de rosette enroulée dans une autre de comté. Et une autre de rosette, je l’avoue.

« Alors ?

– Sérieusement, j’ai rien à te dire.

– Oui, et c’est ça qui m’étonne. Bon, si tu ne te décides pas, moi en revanche, je pense que j’ai deviné ce que tu caches.

– Ah oui ? Vas-y, balance ?

– Je vais être tata !

– ???

– Allez, arrête : ton tour de taille qui a doublé, au bas mot, ta tête à l’envers, tes fringues à l’arrache…Je continue ? Je brûle ou quoi ?

– Chérie, non, tu es plutôt glacée. Et au fait, ton mec te trompe. On reprend une planche, ou bien ? ».

…on avait dit pas le physique, quoi.

[De retour du théâtre] Roméo & Juliette – Théâtre du Ménilmontant, Paris 20ème

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Quand la tragédie la plus célèbre au monde et l’une des compagnies les plus prometteuses du moment, Les Chiens Andalous, se réunissent, que peut-il arriver de mieux, finalement, un mercredi soir, après une journée à courir après le temps, son mec (Matthias Schoenaerts, pour ne pas le citer – comment cela, je rêve ? Et c’est interdit peut-être?), et des urgences au bureau, à en perdre haleine ?

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Les Chiens Andalous, c’est une meute de onze artistes aux horizons confondus (Marion Conejero, Karl Philippe, Thomas Silberstein, Paul Reulet, Danièle Yondo, Zerkalâ, Pauline Marbot, Luca Gucciardi, David Réménièras, Alexandre Gonin et Jean-Charles Garcia) avec un objectif commun : éclater cette épaisse cloison de verre entre le public, le texte et la scène.

Adieu, trois coups : ici, le silence s’installe de lui-même plutôt qu’il ne s’impose ; la pièce s’ouvre par une silhouette spectrale, dont l’aura envoûtante présage du drame à venir.

Ce « Roméo et Juliette » là surprend par son audace : les acteurs sillonnent la salle, tel un territoire enfin reconquis. Ils poursuivent sur scène une conversation débutée parmi nous. Ils nous lancent des regards inquisiteurs, s’éloignent par l’issue de secours, se bousculent au milieu des habiles décors de Pierre Mathiaut : nous voici à Vérone !

Quant à la création lumière, plus qu’un éclairage, Vincent Mongourdin offre un écrin idéal aux amours contrariés de R&J. Ici, des corps parcourus d’un flash frénétique, leur chorégraphie hypnotique berçant la rencontre des amants maudits. Là, une sérénade qui, à la faveur de la nuit, tout en ombres chinoises,  imprègne des toiles tendues dont on aimerait tant qu’elles les enveloppe, les sauve de leur funeste destin.

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La musique, elle, parvient à synthétiser toute la palette des émotions qui fusent. Aux commandes, Zerkalâ, dont la bande-son inédite, furieusement décalée, achève de briser les frontières académiques. Parce qu’il en faut, du talent, pour remixer tout en douceur « Du Hast » de Rammstein pour une pièce si jeune, à peine 400 ans…

Et si nous allions nous aussi à la reconquête de l’espace théâtral, y prendre place comme si nous ne l’avions jamais quitté ? C’est que, devant cette plongée inédite au cœur du drame qui a façonné notre rapport au sentiment amoureux, il devient urgent de s’installer dans ces fauteuils moelleux, se rendre à la rencontre de cette troupe géniale, de cette mise en scène quasi cinématographique de Marion Conejero et applaudir chacun de ces acteurs incandescents qui nous offrent, chaque mercredi, leur talent, leur transe et leur tendresse.

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Parce que ce dévouement au service d’un spectacle total, à l’émouvante sincérité mérite d’être admiré, et précieusement conservé en mémoire, avec cette certitude, une fois les lumières rallumées et le chemin vers le métro entamé, qu’on « y était ». A vous, les Chiens !

 

Roméo et Juliette de William Shakespeare, mis en scène par Marion Conejero, Théatre de Ménilmontant (Paris 20ème)

Artistes :  Thomas Silberstein (Roméo), Marion Conejero (Juliette), Luca Gucciardi (Mercutio), Pauline Marbot (Lady Capulet), Daniele Yondo (La Nourrice), Paul Reulet (Frère Laurent), David Remenieras (Pâris), Jean-Charles Garcia (Capulet), Karl Philippe (Tybalt), Alexandre Gonin (Benvolio) et Mateo Lavina.

 

Le Front de Libération des Filles Mal Casées

Chez les Gens Pressés, les théories les plus constructives et élaborées, cela circule en permanence.

Aussi, en cette nouvelle année, il est temps de se parler franchement, droit dans les yeux, les coudes bien enfoncés sur la table.

C’EST QUOI CETTE HISTOIRE DE FRONT?

Le FLFMC, on l’attendait sans même le savoir (et le vouloir).

C’est pour cette jeune femme qui fait une prise de krav maga à un type dans sa cuisine (c’était en fait son mec avec un bouquet, surprise d’anniversaire). Ce sont pour ces filles qui poussent un cri de stupeur en apercevant un intrus sous leur douche (leur mec).

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HEIN?

Mais oui, admettons-le : on en a tous croisé, de ces couples mal assortis. Elle, héroïne de sa robe vintage et de son compte Instagram 100% filtre Nashville, et lui, sorti d’un clip de Nekfeu…ou de Leroy Merlin, soit des profils irréconciliables.

MAIS QU’EST CE QU’ILS FONT ENSEMBLE?

Ils jouent aux dés, ma bonne dame, et puis ils vont au resto, à des concerts…tout ce qu’on peut finalement pratiquer aux côtés d’une perruche particulièrement bien dressée.

Selon des statistiques récentes, les 25-35 ans en couple estiment que la sexualité ne les passionne pas…entre un câlin et la résurrection de Jon Snow, le choix est donc vite fait.

ET L’AMOUR BORDEL?

Le problème, c’est qu’ils se sont rencontrés chez Noémie, leur meilleure amie respective qui désespérait de ruiner leurs vies les réunir, parce que des célibs en soirée, c’est bien connu, ne sont pas dignes de confiance : trop de sexyness (parce que supposés toujours prêts pour the rencontre), trop d’innocence cruelle (“bien sûr que si, l’âme soeur existe. C’est juste que tu n’as pas eu de chance”), trop de temps pour devenir un femme parfaite (expos, tricot, vlog)…trop de tentation de faire croire à un monde meilleur aux malheureux à deux.

Alors, une tartine de tarama, un verre de bière brassée à Montreuil et trois crackers au quinoa plus tard, nos trentenaires se sont connectés…oubliant que le cœur, lui, on le géolocalise dans la poitrine, oui oui, non pas dans des photos de profil tellement clichés que ça en devient criminel.

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MAIS NOOON…

Bah, si. Et se mettre en couple par paresse / ennui / habitude, c’est le mal du siècle. Hier encore, l’amie-de-l’amie-en-couple-depuis-le-collège m’affirmait “je n’ai aucun problème avec le fait de ne rien partager avec mon mec. Pas les mêmes goûts, pas les mêmes potes, pas d’affinités particulières”

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DU COUP, TA SOLUTION MIRACLE?

On arrête la mascarade et on accepte qu’on s’est planté. On se libère de la moitié affalée sur le canapé, encastrée entre Netflix et la Wii. Lui aussi vous remerciera…lorsqu’il aura recouvré l’usage de ses sentiments : aller à la rencontre d’une personne qui te fait perdre tes moyens et te sentir mille fois plus vivante que devant un Shake Shack juteux.

 NAN MAIS QUAND MÊME…

Il n’y a pas de mais. Trop de célibataires, et trop de mal encouplés. La solution est simple, il faut permettre LA rencontre à ceux qui devaient se rencontrer, mais qui ont été interceptés en cours d’élévation pour un alter-ego par défaut.

De toute façon, les couples concernés seront uniquement ceux pour qui le seul avantage d’être ensemble…c’est de ne plus être célibataire ou “d’avoir quelqu’un à la maison”.

MAIS TU ES QUI POUR JUGER LES AUTRES, HEIN?

Je suis la descendante légitime de Chuck Norris, Magneto, Highlander et le Grinch. J’ai donc objectivement tous les droits.

ET  ÇA VA ME COÛTER COMBIEN TON SYSTEME?

150 litres de larmes de rage (quand l’autre aura trouvé SA personne-très-spéciale avant toi / trop rapidement). Sans compter le nombre incalculable de pattes d’oie qui vont s’installer durablement sur ton visage tant tu vas sourire, sourire, sourire à la vie aux côtés du mec-qu’il-te-fallait-mais-tu-n’imaginais-même-pas-qu’il-existe-en-vrai. Ah, elle est fumeuse ma théorie?

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ÇA VIENT D’OÙ CETTE HISTOIRE DE CELIB RAGEUSE?

Déjà, ce n’est pas du tout le cas, mon IPad et moi, on vit une relation fusionnelle.

Juste un ras-le-bol de ces “c’est compliqué” sur FB ou encore de ces “célibataires” virtuels qu’on croise pourtant toujours avec la même fille depuis 2 ans en soirée. Ou encore celui là  qui te complimente / t’invite mille fois / surlike ta page…et te répond le jour où tu oses poser ta main sur une des frites de son kebab (aucun message subliminal ici), “ah non mais je suis avec ma copine depuis 4 ans hein, c’est juste qu’elle vit à Pékin pour 6 mois. Qu’est ce qu’elle me manque, d’ailleurs“. Tiens, tu sais quoi, je crois que je peux t’aider à la rejoindre rien qu’avec une tarte monumentale dans ta gueule, on essaie pour voir?

WOUAH… AU FINAL, TU M’AS CONVAINCUE…C’EST FAISABLE?

J’y crois. Le CNRS moins. Les couples encore moins. Les vendeurs de rose Métro République me détestent (“à quel mec qui se sent coupable va t’on les vendre, nos fleurs surgelées, si tout le monde sourit à la vie, hein?”).

L’appli est en cours de création. Reste à trouver un nom: j’ai déjà refusé “Troc 2 Toi” (trop collocation), “Casse Toi Pour Moi” (trop vrai), et “Toi, Toi Loin d’Mon Toit”. On attend vos suggestions.

J’ai testé pour vous: ne pas avoir d’humour pendant un rencard

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La sagesse populaire n’a jamais raison…excepté concernant l’humour féminin.

Oui, les hommes ont peur des filles qui font des blagues.

Déjà, en 3ème B, je revois Thomas courir à travers la cantine lorsque je lui fais comprendre que “sa braguette ouverte, c’est pour aérer ses neurones ou quoi”? J’ai ri, il n’a pas compris, j’ai essayé de lui expliquer, il a filé, la bouche encore pleine de purée. C’est qu’en général, mes vannes jaillissent comme un Alien hors de Sigourney Weaver: incontrôlables.

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Un jour, j’apprendrai de mes erreurs… Adieu Raymond Devos, Amy Schumer, Conan O’Brien…Et c’est avec ce vœu sincère que j’ai croisé le chemin d’Adam.

Adam est beau.

La sueur d’Adam sent naturellement le musc et la vanille.

Quand Adam sourit, le monde s’illumine et les gens descendent de leurs voitures pour danser sur la chaussée, tandis que des écureuils roux offrent des billets de vingt euros aux enfants. Sérieusement.

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On se retrouve donc dans un restaurant à l’éclairage tamisé-ce-soir-c’est-le-grand-soir-chérie, et j’ai osé ma (toute) petite robe rouge. Il fait juste assez chaud pour boire des spritz, et nos joues rosissent à mesure que la soirée avance.

C’est là que tout a failli basculer.

Il me dit qu’il s’interroge sur ses choix professionnels, et si…désolée, j’ai perdu à ce moment précis le fil de la conversation, entre mon troisième cocktail et ses yeux gris. Un médecin aux yeux gris? Je craque.

Je lui lance “qu’est ce qui pourrait te rendre ta bonne humeur?

– Hum…Des vacances, et des sous…et des ondes positives.

– Les ondes positives, ça je sais faire, pour le reste, j’ai entendu que Madame Bettencourt était un cœur à prendre, intéressé?

– …”

Son silence estomaqué me ramène à la douloureuse réalité: mais qu’est ce que les mecs ont avec les filles (qui espèrent être) drôles? Ils pensent qu’il s’agit là d’une affection contagieuse qui, en se répandant partout, démontrerait qu’on peut largement rire sans eux, et à leurs dépens?

Je baisse les yeux, gênée par son regard blasé plein d’incompréhension. Je pose alors mon verre déjà vide (l’alcool me rend encore plus drôle qu’à l’accoutumée) et essaie de m’appliquer.

Il me parle de sa pré-commande Iphone (nan, pas possible?!) et de son collègue qui a porté un caleçon vert pour la St Patrick (le fou!!). Il rit, et je ris aussitôt, mais trop fort pour que ce soit crédible.

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Il me narre son dernier rhume qui l’a cloué au lit, pendant une semaine, l’empêchant de finir sa partie de World Of Warcraft (monde cruel) : je parviens presque à avoir les larmes aux yeux, en songeant, pour m’y aider, à la fin de “The NotebookN’oublie jamais“.

Lorsqu’il aborde la thématique de son hamster Filou qui a préféré rejoindre l’état sauvage (le jardin municipal en face de son immeuble), je crains le faux-pas irréversible : “quoi, il a préféré se faire bouffer par un chat plutôt que de supporter ton haleine au réveil?” Mais ouf, il n’a pas entendu, tout occupé qu’il était à commander les desserts.

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A la fin de la soirée, j’ai l’estomac noué, j’ai chaud-froid, et des blagues qui tournent dans ma tête aussi grosses que l’USS Enterprise. Adam a l’air tout satisfait, et je prie le Ciel de le garder suffisamment longtemps à mes côtés pour crâner un peu devant mes proches et mes amis, histoire qu’ils comprennent que non, je ne sors pas qu’avec des mecs imaginaires (puisque je vous dis que Brad est un ami!).

On se retrouve devant l’arrêt de bus et, me dardant de son regard brûlant, il m’offre un baiser à faire pâlir toutes les ligues de censure d’Europe réunies. Mes efforts sont donc récompensés, au placard ma soirée série-Ben & Jerry’s Cookie Dough.

Lui: “On rentre ensemble? Tu en dis quoi?

Moi: “Eh bien, j’en dis que ton ego et toi formez déjà un très joli couple, et que je n’ai aucun goût pour la polygamie”.

Juré, demain, j’arrête l’humour…mais une promesse faite à son pot de glace, ça compte, ou pas ?

Clap de fin?

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Il fait si chaud, que tu n’arrêtes pas de fixer la fenêtre, espérant qu’un courant d’air glacé la fasse voler en éclat et inonde toute la salle d’une onde rafraîchissante. Il t’a convoquée comme pour un entretien d’embauche, et tu te sens telle une candidate, nerveuse, un brin trop bien habillée pour un simple café informel.

Vous êtes arrivés en même temps, et cette soudaine synchronisation des montres a le don de t’angoisser d’autant plus que cela ne s’était jamais produit. La bise qu’il fiche sur ta joue accroît ta détresse.

Il prononce des mots interdits, qui contredisent l’harmonie dans laquelle tu t’insérais jusqu’alors. Tu songes à tous ces instants étirés, à ces petits-déjeuners que vous ne prendrez plus ici, sur le pouce, à ces fous rires silencieux, dans la torpeur d’une soirée interminable. A cette anecdote, que tu voulais lui narrer, mais qu’il n’aura plus envie d’entendre. Ces amis communs qui choisiront, et s’évaporeront.

Est-ce l’étiquette de ta robe qui, en te labourant l’omoplate, te protège de l’impact de ses mots? Tu ne supportes pas ces bouts de tissus rêches qui, en se focalisant sur un interstice de peau, à présent t’empêchent d’être vraiment actrice de ta rupture.

Tu le regardes.

L’air calme, mais tapant frénétiquement le zinc du doigt. Est-ce qu’il a chaud, lui aussi? Il semble que le temps passé ensemble se soit réduit à cette minute précise. Tu aimerais enlacer ses doigts entre les tiens, l’entraîner vers la sortie, loin de toute cette sentimentalité capricieuse qui empêche les cœurs pressés de s’unir à l’envi.

Lorsqu’il se lève, tu comprends soudain que c’est vraiment fini, parce qu’il s’excuse, il remercie aussi, beaucoup trop, pour des instants qui ne méritent aucune congratulation, sinon la gratitude de les avoir traversés ensemble. Jamais il ne t’a paru si sincère et, sur un malentendu, un donut, un cataclysme météorologique et un sourire, tu pourrais presque lui donner une seconde chance, le bel idiot.

Il te serre contre sa poitrine, et tu t’écrases contre le bitume comme un cornet de glace vanille-citron. Sur l’arête de son nez, une goutte de sel, de musc, de regrets. Vous vous toisez, à nouveaux des inconnus.

Tandis que tu t’éloignes, tu ne peux t’empêcher d’entendre le chahut des feuilles mortes sous tes pieds, les rires lointains, et toute cette lumière, qui souffle, déjà, sur les nuages…

… c’est à ce moment précis que tu te réveilles…

 

 

 

 

Appeler son ex

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Je l’ai bipé.

J’ai entendu “allô?”, et j’ai aussitôt raccroché, fichu réflexe de l’époque de notre rupture.

J’ai rappelé, mais ça a coupé, j’arrivai à la station de RER Auber, normal. Et puis ça a sonné. J’ai cru que c’était mon grand-père, le seul de mes proches qui ne sait téléphoner qu’en mode privé, mais qui gère son compte Insta comme un dieu, du haut de ses quatre-vingt six ans-je-vous-emmerde-tous-royalement, alors j’ai répondu, “hello hello”, toute joyeuse.

Oui?

Mais c’était bien mon ex, avec son timbre de voix d’ex, de mec mûr qui a su gérer la séparation en parfait adulte responsable, avec des baskets flambant neuves et un abonnement all inclusive  à la salle de sport la plus stylée du quartier. Et je me suis détestée d’avoir composé son numéro, qui même supprimé de mon répertoire, semblait gravé dans mon cortex.

Ce n’est que moi!

Euh, tu voulais me parler, ou bien, c’est une erreur?

Non, non, je voulais juste te souhaiter une bonne année.

Tu as conscience que c’était il y a six mois, le jour de l’An?

Ah…oui..

Et puis, j’ai…on m’attend là, en fait.

Toi, sortir un lundi soir?

Tu vois, c’est pour cela que ça ne fonctionne pas entre nous, tu es ultra-intrusive!

J’ai juste eu envie de prendre de tes nouvelles, c’est un crime maintenant, dans ton monde?

Tu vas me dire que je te manque, soudainement?

Bon, ok, je voulais t’annoncer une nouvelle, une bonne d’ailleurs.

Laquelle? Tu as eu ton permis?

Euh…non…(aïe! Vite, trouver un prétexte bidon pas trop bidon) j’ai adopté un…chat! Et il s’appelle Oliver!

C’est le prénom de mon petit-frère, tu as déjà oublié?

Ah oui? (et merde) Non mais moi, je me suis inspirée de Oliver, le chien-loup

Tu veux dire, Croc-Blanc?

Oui, voilà, c’est ça! D’ailleurs, ce n’était pas le surnom qu’on avait donné à cette fichue Caroline-je-ne-sais-pas-fermer-ma-gueule? Bref, on pourrait aller fêter ça, non?

Pff…cent quatre-vingt-deux jours…

Quoi?

Six mois, ça fait cent quatre-vingt-deux jours. Tout le temps qu’il m’a fallu pour apprendre à vivre sans toi…

Euh…

J’ai attendu cet appel jusqu’à en péter un câble, profitant d’aller à la piscine pour chialer sous l’eau comme un gosse.

Je, je…

Et puis je me suis rappelé de tes reproches, et je me suis mis au qi-qong, moi! Moi qui étais pro-gueuleton et full contact, je me suis mis à méditer, à ne jurer que par les steaks de soja, et le Bionade! Je lis Mishima et j’ai résilié mon abonnement à l’Equipe!

Attends… Tu m’as donc écouté, et tu as changé! Je n’avais pas raison, au final?

Oui, en quelque sorte, je te dois ce que je…attends, ne quitte pas…Caro, Caro, oui, je descends, chérie, c’est juste…c’est personne!

Du coup, j’ai raccroché.

Hier, j’ai appelé mon ex.