“Souffrir pour être belle, je n’ai pas envie, c’est grave ?”

talons par Yulya Shadrinsky

Souffrir ne signifie bien entendu pas faire souffrir autrui, notamment en portant des bottes cavaliers sur un baggy usé. Bref.

Et d’abord, de quelle souffrance parle t-on ici? La cire brûlante, la pince qui arrache le poil ET la peau, le recourbeur qui ourle la pupille définitivement, le vernis dont les effluves feraient tourner de l’oeil une foule privée de l’odorat, les talons qui nous permettent de découvrir des moyens insoupçonnés de perdre l’usage de nos pieds?
Cet adage démentiel de vide aurait-il pour couronnement ultime la remarque d’un improbable quidam qui aurait, ô miracle ! noté le brio de notre nouvelle toilette, nouvelle coiffure? Ladite souffrance inclurait alors les compliments des hommes attirants tout comme ceux des lourds, poisseux, vagabonds frémissants et retraités bavards? De la gêne et de la douleur pourrait donc éclore la grâce d’être enfin perçue comme séduisante?

Ah, oui, le délice de s’infliger une soupe au chou sur quinze jours et constater que la faim est encore plus dévorante qu’auparavant, proclamer le bannissement de toute incartade sucrée afin de faire mordre la poussière à sa balance (je rappelle qu’il s’agit là d’une MACHINE, d’un appareil sans âme qui a pour rôle unique de PESER pas de déterminer votre place dans la société ni d’établir le menu des jours à venir, pas de vous octroyer le droit de porter une micro-jupe ou un slim, pas de vous permettre de draguer. On est d’accord?)…

La beauté, celle que l’on souhaiterait universelle, reconnaissable entre toutes, le canon ultime et unique qui ferait se courber les étoiles à notre passage? La beauté, l’apanage de celles et ceux qui auraient les moyens de l’entretenir, ce trésor que l’on se doit de trouver, dénicher, scruter, injecter, racler, illuminer, corriger, pincer, détendre, retendre, gommer, palper, rouler, sublimer ?

Beauté, jeunesse, le tout s’entremêle et se perd. La seconde serait la réflexion la plus aboutie de la première, la première justifierait la quête effrénée de la seconde.

Alors, on écoute d’une oreille faussement distraite les conseils beauté de la copine esthéticienne sur les injections de collagène et de botox (après tout, tout le monde sait la tête que j’ai lorsque je suis contrariée ou étonnée alors, est-ce bien nécessaire de conserver ces rides d’expression ?). On tourne autour d’un pot de crème antirides (au prix qui s’apparente à s’y méprendre à une date de la Révolution française) en se demandant si , au final, on a VRAIMENT besoin d’un deuxième rein. On admire, dans le secret de notre salle de bain, les photos (que l’on devine/espère/suppose retouchées) de ces filles/femmes des magazines : le temps coule sur ces pages de papier glacé comme une larme sur du marbre.

Qu’on se le dise donc, entre nous, une bonne fois pour toute :

1. seul l’Amitié, l’Amour et l’Art retardent le vieillissement ;

2. sus aux cons, ils sont des accélérateurs de sénilité;

3. les talons de 12 sont une torture intolérable, même pour une fille saoule à 2h du matin après une soirée au Wanderlust (notre source souhaite conserver l’anonymat. On comprend pourquoi.).

Haut les cœurs !

Crédit photo: @ Yulya Shadrinsky

“Pourquoi le bon mec ne se trouve jamais dans le bon wagon?”

poupée ken

…sachant que le seul wagon qui existe reste le nôtre, retraçons ensemble le postulat de départ.

Il y a de ces jours où l’on se sent particulièrement prête à séduire et à être séduite. Tout a été mis en œuvre: les ongles sont sertis de la bonne teinte, notre crinière, aussi souple que dans une réclame, glisse voluptueusement sur notre front. Notre émail dentaire devient un phare dans la brume matinale, les piétons dansent au son de “Let’s dance” sur notre passage, les voitures nous laissent traverser au feu vert et klaxonnent comme pour un mariage.
Oui, il y a de ces jours où notre potentiel à choper ne fait aucun doute. Et c’est malheureusement en de tels instants que l’élégie tourne à la parodie, une sorte de énième “Die Hard” où l’on note qu’après dix-huit cascades et douze truands éliminés, l’homme chauve à l’écran n’est pas Bruce Willis:

→ Scénario n° 1, “la malédiction de la rame d’en face” :

Les portes du compartiment s’ouvrent. Vous vous efforcez de choisir le strapontin le moins hygiéniquement douteux. Vous vous retenez d’un doigt à l’une des barres du métro, juste un doigt, hein, car, et cela est de notoriété publique, les microbes ne colonisent que les mains entièrement agrippées. Passons.
Vous tournez la tête vers la vitre et, what? Un brun, un blond cendré, un roux, un rasé vous contemplent, vous, la Désirable ! Et ce sourire qui répond au vôtre : enfin des hommes à jeun qui ne craignent pas les femmes sûres d’elles! Mais la lumière s’éloigne: vous plaquez votre visage contre la vitre, faisant fi de toutes les précautions sanitaires élémentaires, le nez et la bouche écrasés contre la glace pour mieux distinguer (?!) les silhouettes célestes déjà passées, l’oeil hagard…Vous faites peur à voir.

Pourquoi diantre a t’il fallu que vous choisissiez la direction de métro que n’empruntent que les vieux, les enfants et les harpies? Affrète t’on des rames spécialement pour les beaux garçons résidant dans le sens opposé? Existe t’il un numéro vert où l’on peut s’inscrire?
Lorsque l’incident devient la loi, on peut aisément convenir que cela tient de la malédiction. Quant à ce picotement dans votre gorge, c’est la certitude d’une journée fichue à venir…

→ Scénario n° 2, “le supplice des deux wagons d’avant”:

Toujours aussi belle et désirable. Vous atteignez enfin votre quai en bon état de séduire, malgré ces interminables couloirs nauséabonds, notamment grâce à un déodorant dont une goutte seule ferait fondre de l’acier. Comme des milliers de citadins, vous avez pris la savante habitude de vous placer au niveau de l’embouchure de votre sortie/changement. Corollaire immédiat : LE beau mec du jour vous passe littéralement sous le nez, deux wagons avant le vôtre, avec juste assez de cette attitude parfaitement sereine et décontractée pour laisser s’insinuer en vous l’atroce pressentiment qu’il aurait consenti de bonne grâce à un café en votre compagnie. Ce chien qui aboie en vous regardant fixement? Si, si, il se fiche de vous.

Alors? Jusqu’à quand, ces opportunités qu’on ne peut rattraper et qui filent entre les mailles du temps, qui coulent le long de nos bras ballants?
La routine est un fichu salaud et, de ce fait, suffisamment prévisible pour être dompté. Car, il est temps de se l’avouer, la peur de l’échec et de la désillusion est curieusement la plus forte de nos angoisses. Personnellement, je n’ai encore jamais vu quelqu’un se faire brutalement éconduire par un homme: “PARDON? ME PROPOSER UN CAFÉ? VOUS ÊTES CINGLÉE !!”
Houspiller les vendeurs ambulants de roses n’y changera rien, il va falloir tenter une expérience relevant de l’hystérie pure : détacher son nez d'”A Nous Paris” et faire retrouver l’usage de nos zygomatiques un peu rouillés, faute de flexions régulières. Comment cela, vous ne voyez rien?
Et ce pardessus kaki, à côté de l’abominable personnage sur votre droite, le nez dans son bouquin, ne serait-ce pas un potentiel Lui? Et ledit abominable personnage d’ailleurs qui, une fois sa frange relevée, s’avère être un spécimen tout à fait plaisant, bien que passablement renfrogné par un vilain rhume, qu’en fait-on ?
Bousculer le bon vieux quotidien ou survoler sa vie sans obligation d’achat, il va falloir choisir.

Haut les cœurs !

Crédit photo : Mattel

« Fréquences » : d’écorce et de cuir

On pénètre dans l’exposition de Jane Puylagarde comme on entre en religion : tout ou rien.
Oeuvres magnétiques, le motif se fait sobre, rugueux. Les analyses érudites et compassées peinent à  s’y retrouver. Place à la contemplation.

fréquences

Du bout de ses épingles à cheveux, l’artiste attaque son support, lui conférant cet aspect granuleux, sorte de peau de bête se prêtant au jeu de l’art contemporain. Multicolores, monochromes ou dégradées, les toiles laissent apparaître des visages issus de notre imaginaire le plus enfoui. La salle des électrocardiogrammes sur mesure se charge de placer le visiteur face à une radicalité vibrante, féministe, qui s’applique à l’extirper de sa torpeur de citadin angoissé. Une claque dont on savoure le feu, longtemps après.

Galerie de l’Europe, 55, rue de Seine 75006 Paris :
*Jane Puylagarde, « Fréquences » : du 18 mars au 6 avril 2013
Contact presse : Charlotte Dronier – charlottedronier@gmail.com


Crédit photo : © Elisabeth Sayer

 

“Femme qui rit va t’elle (vraiment) au lit?”

marilyn

 

«…et c’est là que j’ai sorti mon nez rouge de ma poche de veste »

Eclat de rire de la Belle tant convoitée. Ses dents rayonnent telles les facettes polies du diamant que vous espérez qu’elle souhaitera peut-être que vous lui glissiez un jour au doigt, mais cela est déjà une autre histoire. Elle a la beauté singulière des femmes de goût, rayonne. De ses mouvements exhale l’Ambre de Serge Lutens. C’est celle qu’il vous faut, cela ne fait pas l’ombre d’un doute. Et puis, pierre précieuse ou pas, un coït dans les règles de l’art entre adultes consentants, ce serait déjà très satisfaisant.

Pour le moment, vous constatez que votre méthode d’approche longuement rôdée auprès de ses camarades du sexe faible fonctionne enfin. Oui, c’est bien sa main douce aux ongles vernis qui se déroule sur votre avant-bras, c’est bien dans son regard profond que se reflètent vos yeux, c’est le son de sa voix que votre cerveau télécharge automatiquement dans votre bibliothèque musicale du siècle, aux côtés de Neil Young et de Jack Of Heart.

Vous le sentez bien, depuis quelques semaines, elle semble vous attendre à la machine à café. Elle est délicatement vêtue (à votre attention?), soutient votre regard et n’est pas avare de clins d’oeil lorsqu’au détour d’un couloir ou d’une baie vitrée, vous vous croisez, malgré le tourbillon de la vie professionnelle ou sociale à la faveur desquels vous vous êtes rencontrés.

Alors, ferrée?

Pour répondre à cette question au plus vite, et vous éviter de vous retrouver devant un Conseil disciplinaire extraordinaire, voire au tribunal pour délit sexuel, ou, pire, d’être éconduit sur la place publique dans votre beau costume anglais et souliers Church’s acquis spécialement pour l’occasion, revenons à la génèse de la Femme moderne.

La lecture, l’écriture, la régulation de la fertilité, la musique, le droit de vote, autant de domaines et libertés où les femmes excellent et où l’homme n’a plus le privilège exclusif. Il est loin, le temps où Amantine Aurore Lucille Dupin signait ses œuvres George Sand afin d’éviter la vindicte de ses pairs écrivains. Plus d’époux dévoué afin de faire états de précieuses avancées scientifiques tel Monsieur Curie pour son illustre épouse. La femme est devenue savante, cela est certain. Quoi, vous l’aviez compris depuis des lustres ? Bien, bien…Dès lors, pourquoi tant d’hésitations devant votre Belle ?

Il semble que votre cogito ait saisi bien avant votre instinct de chasseur que la femme s’est ancré solidement dans son rôle d’animal politique. Et, comme tel, elle évolue dans différents cercles, cherchant parfois partenaires ou, plus trivialement, un entourage amical. Et que font les amis ? Ils échangent sur diverses thématiques, se trouvent des points communs, se lancent des piques innoffensives, se touchent le bras, l’épaule, pour appuyer un propos ou une confidence, plaisantent, rient à gorge déployée. Oui ! La femme aime rire, non pour flatter votre ego de mâle hésitant mais parce que le rire et la camaraderie font partie intégrante de sa nature, tout comme vous.

Cessez donc vos billevesées d’un autre âge, et, avant de vous fourvoyer honteusement en prenant votre Douce pour une sotte qui n’aurait pour unique body language révélateur qu’un simple élan naturel du corps face à un propos effectivement hilarant (oui, vous parvenez à être drôle, rassurez-vous ! Du moins, à défaut de séduire, héhé), relisez donc les lettres de Victor Hugo à Juliette Drouet (www.juliettedrouet.org). Dès lors, vous aurez le bagage nécessaire pour prolonger votre cour plus adroitement et, de là, rechercher d’autres signes plus probants de la possibilité d’une ile, avec elle pour unique partenaire de solitude.

Haut les cœurs!

Crédit photo : @pixers.fr