#MecFragile

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 #LooseRoyale :

Il ne cherche à être ni séduisant, ni désirable. Dégaine mi has-been, mi-hipster (synonyme?), il aurait pu inventer les claquettes-chaussettes sans même s’en apercevoir. Il ne sait pas plaire, et cette ignorance-là est d’une efficacité redoutable. Sur vous, en tout cas.

#RencontreEnTarifChômeur :

Vous le croisez, enfoncé dans son siège, lors d’une séance de ciné matinale (5 euros) désertée de tous sauf d’un couple de retraités ensommeillés (gratuit pour les détenteurs de la Carte senior). Il vous a repérée, mais préfère se plonger dans l’admiration de son emballage vide de Twix (échantillon gratuit), moins risqué. Il finira par vous offrir un expresso Selecta (40 cents). Le sachet de madeleines (1,50 euros), ce sera pour le 3ème rencard, hein.

#SosMédecin :

Lors de votre premier date, il a rougi si fort que vous avez craint qu’il fasse un infarctus. Puis il a trébuché, tête la première, devant une de ces terrasses de café aux mille regards impitoyables (« lui ? Non, non, je ne le connais pas »).

Mais le plus gênant, c’est lorsqu’il s’excuse en butant contre la table basse, noie trois fois son Iphone dans la cuvette des wc, s’entaille la main avec une boîte de maïs à ouverture facile (?!), se fait mordre par un chat errant qu’il voulait secourir, saigne du nez quand il rit trop fort, noie trois fois son Samsung dans son bo-bun.

#AntiChuckNorris :

Votre premier «  je t’aime » ? Le souvenir de sa crise de larmes vous cause des insomnies (et de grands fous rires). Ses préliminaires émus de 45 minutes ? Vous enragez (« mais vas-y franchement, quoi ! »). Un verre de rosé dilué avec des glaçons ? C’est à peine s’il tient sur ses jambes. Vous avez honte de le battre systématiquement au bras de fer.

Pour lui, un écart alimentaire consiste à se resservir deux fois du quinoa. Ses jeans baggys font office de caleçons sur vous. Ses bras ? Ils sont si fluets qu’il peine à vous porter jusqu’au lit, vous et votre taille 38. Euh, ok, 40. Euh, ok, 42. Euh, ok…

#Sniper :

Ses remarques ou ses (rares) compliments tombent toujours à côté de leur cible et ressemblent à des exécutions sommaires (« je ne sors qu’avec des filles rondes », « je ne te ressers pas, j’imagine que tu es au régime »). Vous aimeriez lui rendre la pareille, mais au regard de sa constitution, vous préférez attendre de suivre d’abord votre stage de premiers secours.

#SourireEmailDiamant :

Tellement de raisons de prendre la fuite. Et puis, il vous sourit. Pas seulement avec ses lèvres ou ses yeux, mais avec ses joues, son front, ses cheveux, son buste #40°CàL’ombre.

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Quand il vous regarde, c’est comme s’il rêvait de vous avant de répondre, comme s’il avait sondé votre cœur sur le vif, sans aucun code à composer (que vous-même aviez oublié, entre deux mecs sans humour et un parfait rencard avec un parfait con) #CoupDeFoudreSansContact.

Vous fondez toute entière, dissoute en un seul battement de ses cils. Pauvre de vous. Un mec fragile ? Un mec, quoi.

 

Le Son by Les Gens Pressés #2

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Enfin !

Tout chaud, bien barré, fièrement indé, follement éclectique comme un frigo post réveillon de Noël, la playlist est de retour pour un deuxième round !

Le rendez-vous sera désormais mensuel et vos recommandations sont bruyamment attendues.

La thématique de ces 16 titres sélectionnés tendrement, comme un cubi chez Lidl une fin de mois : l’amour sexy/collant/fiévreux/distant/sur la fin/ébloui/gênant/apaisé.

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A vos casques…

 

 

[J’ai essayé pour vous] Entretien avec un contrat à durée déterminée.

entretien avec un vampire

“Signe!” “Je sais pas, j’ai comme un doute…”

 

Un long silence.

Je n’ose pas le regarder dans les yeux, alors, je fixe un point juste au-dessus de son épaule, histoire de donner une impression de concentration intense.

Je pense que je louche un peu, du coup.

Est-ce que vous comprenez notre positionnement ?

Je n’ai rien écouté, et pour cause : je crève de chaud.

Et puis j’ai faim, rapport à mon régime express afin de rentrer dans ce tailleur-spécial-entretien que je n’avais pas ressorti depuis des lustres.

Ma veste me serre sous les aisselles, ma ceinture me broie le ventre, mes pieds, comprimés dans les escarpins de ma pote Myrtille ont atteint un état de lividité cadavérique : quitter le bâtiment en rampant, ça, c’est fait.

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Oui, absolument.

Le voilà reparti dans son monologue. Sa veste en velours laisse entrevoir des boutons de manchettes décorées d’une fleur de lys. Est-il noble ou juste horriblement has-been ? Sa raie sur le côté et sa montre aussi rutilante que les Champs-Élysées le jour de Noël me donnent la réponse.

Je ne sais pas s’il me parle ou s’il s’écoute parler. S’il s’écoutait, il se suiciderait sûrement.

Quand il aborde comment il a intégré l’entreprise, à vingt-deux ans, en sortant de KFC, pardon, de HEC, j’ose un regard vers la baie vitrée : quelle vue magnifique ! Cette salle serait parfaite pour mon anniversaire : on pourrait utiliser ce mec comme d’une piñata…

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On est d’accord sur le principe, n’est-ce pas ?

Il fait le fier, sans que je sache bien pourquoi. Sans doute croit-il que je lui fais de l’œil : j’essaie juste de retenir mon eye-liner qui se mêle à ma sueur et menace de me rendre aveugle.

Tout à fait, c’est très juste.

Il ouvre le chapitre des qualités requises pour le poste. Je me concentre :

Le candidat de base se doit, au regard de la conjoncture actuelle, de posséder :

  • des connaissances larges des institutions, du droit, de la médiation culturelle et du système économique européen,
  • la maîtrise de Powerpoint, Photoshop et du logiciel de gestion COMPTASANSTVA,
  • un CAP BBG (Boulangerie-Boucherie-Garagiste),
  • un Master II en économie participative et en droit public,
  • le CAPES,
  • un LLM,
  • ainsi que de très bonnes notions de marketing, de droit rural, de stylisme,
  • une expérience à l’étranger…pour ce poste prestigieux d’hôtesse d’accueil.

J’acquiesce machinalement, trop occupée par une corde dépassant de son tiroir. Est-ce qu’il joue à se pendre, comme ça, entre deux rendez-vous ?

Vous souriez, et je le comprends tout à fait, mais comprenez bien que malgré les qualités de votre parcours et votre expérience, vous serez rémunérée, bien évidemment, sans que cela soit pris en compte.

Ah zut, la partie rémunération est en train de m’échapper !

J’ose un :

Je n’ai pas de prétentions particulières, juste un environnement de travail équilibré, stimulant et soucieux de voir une femme progresser. Et, somme toute, un salaire motivant me permettant de donner le meilleur de moi-même, voire, soyons fous, payer mon loyer.

Un silence, il me fixe, stupéfait.

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Soudain, il éclate d’un rire tonitruant : les verres de ses lunettes explosent.

Des canines d’une longueur inquiétante dépassent de ses lèvres. Sa chemise se déchire : un torse velu. Ses narines fulminent, ses souliers craquent : des pattes griffues. Il est devenu si grand que son ombre a plongé la pièce dans l’obscurité.

Il me tend un papier dégoulinant d’un liquide rouge épais, contrat à durée plus-que-déterminée, puis-je déchiffrer. Et, d’une voix d’outre-tombe :

Alors là, vous alors, vous êtes une comique, hein ? Rien que pour cela, vous le méritez, ce poste ! Signez maintenant ! SIGNEZ !

Je mords discrètement dans une gousse d’ail et tire de ma poche mon pieu en bois. Comme quoi, les annonces Pôle Emploi, hein…

 

 

 

 

 

 

 

Au corps de l’été

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L’été, je l’attends comme un Graal infini, le couronnement de tous mes efforts de l’année.

Parce que cet hiver, les coquillettes-gruyère n’ont pas eu raison de moi, oh non, pire encore, elles m’ont littéralement possédée, me faisant muter en über bonhomme Michelin rose, les poches pleines de Kinder Bready (œuvre du démon), un green-smoothie (pour les légumes) verrouillé à la main, tout en me fracassant au plafond de verre que représente l’inégalité salariale homme-femme.

J’ai méprisé les chouquettes mais les pizzas, mes amis, les pizzas devant une bonne série…renie ton père et ta mère pour la quatre fromages du jeudi soir, comme dit l’adage.

Une année durant laquelle j’ai cédé à l’angoisse de la balance en m’inscrivant au temple de la sueur et de l’ego sur-alimenté, j’ai nommé, la salle de sport. Un lieu béni où trois carrés de chocolat se convertissent irrémédiablement en une centaine de tractions. J’y ai découvert des muscles inconnus et les affres de la dure réalité (non, on ne peut pas perdre des cuisses tout en gagnant des seins en une heure de vélo).

Et puis, il y a eu la période électorale, durant laquelle ma consommation de glucides a sensiblement augmenté. La faute à mes angoisses nocturnes devant des chaînes d’info en continu m’expliquant que le FN, hein, et pourquoi pas ?

Oui, j’ai eu la satisfaction immense de traverser cette année au pas de course, entre quatre entretiens d’embauche particulièrement réussis (“On est bien d’accord : pas d’enfants pendant cinq ans, ok ?” / ” Gérer deux postes et être payée au Smic, ça vous convient ? “), quelques pauses cocas, quinze TER retardés, trois ruptures et autant de victoires.

J’ai croqué ces kilomètres la fourchette à la main et la mini-jupe aussi relevée que possible, courant à en perdre haleine après le temps, les projets personnels, piétinée par le manque de reconnaissance, la crainte d’échouer, mais brûlante d’une foi absurde en l’avenir. Alors après pareille année, j’ai hâte de parader en maillot deux pièces, bedaine triomphante, cuissot altier.

Mon corps de femme, moqué, vilipendé par les magazines féminins et leur littérature culpabilisante que j’utilise, à chaque solstice, en guise de tisons pour entretenir le foyer du barbecue.

Mon corps de femme, amoureux, épuisé, amaigri, rebondi, vibrant, critiqué, tatoué, affamé, dynamisé, éperdu. Les batailles de cette année l’ont façonné, et mon tour de hanche en est la fière récompense.

Durant ces grandes vacances, j’ai envie de la redécouvrir, cette bonne vieille enveloppe, libre, échaudée, désirante et inspirée, mon antre douce-amère où l’ambre précieux de mes amours imprime ses effluves au compte-gouttes.

Nos corps de femmes retrouvés, le temps d’un été.

Picture@Thomas Jackson « Take Out »

Une amie

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Elle, c’est ton toi rêvé. Elle dit ce qu’elle pense. Elle ose les tenues les plus excentriques. Elle s’octroie le droit au « non », quand cela lui chante. Elle est ton parfait opposé.

Où que tu te trouves, tu entends toujours parler d’elle, comme si sa liberté fulgurante devançait chacun de tes pas. On ne tarit pas d’éloges à son égard, trop souvent, et cela a le don de t’ennuyer, tant elle semble avoir pénétré tous les interstices de ton intimité. Tu rêves d’elle, et tu te réveilles avec sa voix flûtée dans les tympans.

Elle a tout, tout pour être heureuse : le métier idéal, des collègues dévoués, un mari plein d’empathie. Parfois, tu te surprends à espérer que son magnifique tapis d’Iran l’engloutisse toute crue, et la régurgite dans l’espace, loin de ta rue, de ta petite vie bien proprette et sans risques.

Tu la surveilles du coin de l’œil, tu espères surprendre un peu de ce chagrin niché entre deux plaisanteries. Tu espères la coupe de champagne de trop, celle qui fait accoucher des secrets les plus honteux. Mais non, elle demeure, éternellement avide de vie, de lumière et d’éclats de rire. Elle est belle, unique, ténébreuse.

Un jour, tu la retrouves pour déjeuner, chez elle. Elle n’est pas maquillée, et encore plus radieuse qu’à l’accoutumée. Le repas est délicieux, frais, copieux, tu te régales tant des mets que de ses anecdotes de voyage savoureuses. Entre le dessert et le café, tu ne tiens plus en place, tu as envie de savoir. Comment fait-elle pour être aussi parfaite et accomplie ?

Elle prend le temps de finir son bol de profiteroles faites maison avant de parler. Tout est soudainement silencieux dans son loft. Enfin, elle lève lentement les yeux vers toi et, tout en esquissant un sourire, elle t’offre une réponse que tu n’oublieras jamais : c’est dans mes rires les plus sonores que ma tristesse s’exprime le mieux. Tu te promets de devenir enfin pour elle l’amie que tu aurais dû être depuis bien longtemps.

Image@lucaszimmermann

Sous l’objectif de Ryan McGinley – Docteur Brad versus Mister Pitt

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Il y a quelque chose de l’ordre de l’extra-humain sous l’objectif de Ryan McGingley : il sait donner ce qu’il faut de lumière et de chaleur pour animer l’objet de ses attentions. Sensuels, sincères, les corps se révèlent dans une simplicité désarmante.

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Ce n’est pas « juste » Brad Pitt. En réalité, le mot est tellement galvaudé qu’il finit par déshumaniser celui qui le porte. Plus qu’une identité, c’est une marque de fabrique, un label qui a conquis le langage courant.

On en viendrait presque à oublier sa vocation d’acteur : qui se souvient de sa prestation dans Twelve Years A Slave, ange salvateur posé là, méfiant et craintif, ou de son magnétisme dévastateur dans The Tree of Life ?

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A la faveur d’un entretien accordé par l’acteur à l’édition US de GQ, le photographe prodige (que votre serviteur évoquait déjà ici il y a trois ans) renverse la table et expose la star comme rarement.

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A l’instant où l’on pense glisser dans le versant arty-chic sirupeux, l’artiste nous offre en sacrifice ses éraflures. Et puis ses yeux trempés, liquides, éperdus.

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A l’échelle du mythe, que reste t’il de l’homme, engoncé dans un luxe qui ne fait que l’esseuler davantage, et l’éloigner de son art ? Tentant de l’atteindre dans sa chair, Ryan McGinley ramène à nous un peu de l’enfant gâté.

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(“l’art du placement de produit me laisse songeur”)

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Les fluides qui vous parcourent sont aussi les miens, semble t’il affirmer, tandis que le temps s’impose à lui, implacable, s’infiltrant dans les sillons endoloris de son visage amaigri.

Inédit, ordinaire, c’est dans les tréfonds de cette humanité là, amère et silencieuse, que Ryan McGinley tire des clichés parfaits.

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Le cinquantenaire épuisé, avec ses tatouages effacés et sa gueule tordue, dépose sa peine ici, fier et chancelant. On en oublierait presque qu’il n’est que ce que nous en avons fait : une légende, avec toute l’infinie solitude qui s’y rattache.

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Photos@RyanMcGinley pour GQ US

Se taire (ou pas)

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Quand on s’est retrouvé, je me suis mordu la langue tout en pensant à un canard qu’on gave avant qu’il n’ait pu révéler les Grands Mystères de l’Humanité (tous les canards en sont les gardiens, en avez-vous seulement conscience ?). Me taire, à tout prix.

Elle m’a souri, m’a raconté ses misères professionnelles. A peine je l’écoutais, mauvaise amie que je suis, mais j’avais mieux à faire : devais-je ou pas évoquer son nouveau mec, alias Le Mal Incarné, alias le mec que j’ai surpris la bouche malencontreusement pressée sur le (*bip*) d’un être féminin non identifié à Petit Bain (on a tous le droit de se perdre), alias Celui Qui Ne Rappelle Jamais, alias celui qui a cru que l’empathie c’était le nom d’une marque de bière.

Elle me parle, elle a des cernes sous ses jolis yeux gris, mais je lui dit qu’elle est radieuse, et elle me sourit, et, miracle, elle irradie. « Tu as réussi à me faire décocher mon premier sourire de la journée » dit-elle. « C’est pas moi, c’est ton troisième verre de rosé plutôt, ivrogne ». Et la soirée s’annonce douce, mais je mijote à petit feu avec ce secret qui me dévore de l’intérieur depuis soixante-dix sept heures.

On se connaît bien. Pas par cœur (excepté si on considère que s’appeler à trois heures du matin pour savoir, terrifiée, si embrasser trois mecs au cours de la même soirée peut être considéré comme un rapport à risques intègre largement la zone du « par cœur ») mais suffisamment pour reconnaître les signes d’un malaise qui se dresse entre nous, façon montagne rose fuchsia surmontée d’une pancarte lumineuse et fluorescente « faut qu’on se parle ».

Elle croque un cornichon. « Alors ? ». Livide, tel est mon nom.

« Quoi ?

– Quoi, quoi ? A toi de me le dire, tu es pâle comme une meuf qui aurait vu Boy Georges sans make-up ».

On rigole, et ça me fait oublier tout le reste. Ok, vu la qualité de la blague, le rosé y est vraiment pour quelque chose. L’amitié, c’est le rempart ultime. Elle, c’est l’alpha de mon omega. Je ne peux pas lui faire ça. Et je scelle ce serment intime en aspirant une tranche de rosette enroulée dans une autre de comté. Et une autre de rosette, je l’avoue.

« Alors ?

– Sérieusement, j’ai rien à te dire.

– Oui, et c’est ça qui m’étonne. Bon, si tu ne te décides pas, moi en revanche, je pense que j’ai deviné ce que tu caches.

– Ah oui ? Vas-y, balance ?

– Je vais être tata !

– ???

– Allez, arrête : ton tour de taille qui a doublé, au bas mot, ta tête à l’envers, tes fringues à l’arrache…Je continue ? Je brûle ou quoi ?

– Chérie, non, tu es plutôt glacée. Et au fait, ton mec te trompe. On reprend une planche, ou bien ? ».

…on avait dit pas le physique, quoi.

[De retour du théâtre] Roméo & Juliette – Théâtre du Ménilmontant, Paris 20ème

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Quand la tragédie la plus célèbre au monde et l’une des compagnies les plus prometteuses du moment, Les Chiens Andalous, se réunissent, que peut-il arriver de mieux, finalement, un mercredi soir, après une journée à courir après le temps, son mec (Matthias Schoenaerts, pour ne pas le citer – comment cela, je rêve ? Et c’est interdit peut-être?), et des urgences au bureau, à en perdre haleine ?

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Les Chiens Andalous, c’est une meute de onze artistes aux horizons confondus (Marion Conejero, Karl Philippe, Thomas Silberstein, Paul Reulet, Danièle Yondo, Zerkalâ, Pauline Marbot, Luca Gucciardi, David Réménièras, Alexandre Gonin et Jean-Charles Garcia) avec un objectif commun : éclater cette épaisse cloison de verre entre le public, le texte et la scène.

Adieu, trois coups : ici, le silence s’installe de lui-même plutôt qu’il ne s’impose ; la pièce s’ouvre par une silhouette spectrale, dont l’aura envoûtante présage du drame à venir.

Ce « Roméo et Juliette » là surprend par son audace : les acteurs sillonnent la salle, tel un territoire enfin reconquis. Ils poursuivent sur scène une conversation débutée parmi nous. Ils nous lancent des regards inquisiteurs, s’éloignent par l’issue de secours, se bousculent au milieu des habiles décors de Pierre Mathiaut : nous voici à Vérone !

Quant à la création lumière, plus qu’un éclairage, Vincent Mongourdin offre un écrin idéal aux amours contrariés de R&J. Ici, des corps parcourus d’un flash frénétique, leur chorégraphie hypnotique berçant la rencontre des amants maudits. Là, une sérénade qui, à la faveur de la nuit, tout en ombres chinoises,  imprègne des toiles tendues dont on aimerait tant qu’elles les enveloppe, les sauve de leur funeste destin.

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La musique, elle, parvient à synthétiser toute la palette des émotions qui fusent. Aux commandes, Zerkalâ, dont la bande-son inédite, furieusement décalée, achève de briser les frontières académiques. Parce qu’il en faut, du talent, pour remixer tout en douceur « Du Hast » de Rammstein pour une pièce si jeune, à peine 400 ans…

Et si nous allions nous aussi à la reconquête de l’espace théâtral, y prendre place comme si nous ne l’avions jamais quitté ? C’est que, devant cette plongée inédite au cœur du drame qui a façonné notre rapport au sentiment amoureux, il devient urgent de s’installer dans ces fauteuils moelleux, se rendre à la rencontre de cette troupe géniale, de cette mise en scène quasi cinématographique de Marion Conejero et applaudir chacun de ces acteurs incandescents qui nous offrent, chaque mercredi, leur talent, leur transe et leur tendresse.

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Parce que ce dévouement au service d’un spectacle total, à l’émouvante sincérité mérite d’être admiré, et précieusement conservé en mémoire, avec cette certitude, une fois les lumières rallumées et le chemin vers le métro entamé, qu’on « y était ». A vous, les Chiens !

 

Roméo et Juliette de William Shakespeare, mis en scène par Marion Conejero, Théatre de Ménilmontant (Paris 20ème)

Artistes :  Thomas Silberstein (Roméo), Marion Conejero (Juliette), Luca Gucciardi (Mercutio), Pauline Marbot (Lady Capulet), Daniele Yondo (La Nourrice), Paul Reulet (Frère Laurent), David Remenieras (Pâris), Jean-Charles Garcia (Capulet), Karl Philippe (Tybalt), Alexandre Gonin (Benvolio) et Mateo Lavina.

 

Le Front de Libération des Filles Mal Casées

Chez les Gens Pressés, les théories les plus constructives et élaborées, cela circule en permanence.

Aussi, en cette nouvelle année, il est temps de se parler franchement, droit dans les yeux, les coudes bien enfoncés sur la table.

C’EST QUOI CETTE HISTOIRE DE FRONT?

Le FLFMC, on l’attendait sans même le savoir (et le vouloir).

C’est pour cette jeune femme qui fait une prise de krav maga à un type dans sa cuisine (c’était en fait son mec avec un bouquet, surprise d’anniversaire). Ce sont pour ces filles qui poussent un cri de stupeur en apercevant un intrus sous leur douche (leur mec).

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HEIN?

Mais oui, admettons-le : on en a tous croisé, de ces couples mal assortis. Elle, héroïne de sa robe vintage et de son compte Instagram 100% filtre Nashville, et lui, sorti d’un clip de Nekfeu…ou de Leroy Merlin, soit des profils irréconciliables.

MAIS QU’EST CE QU’ILS FONT ENSEMBLE?

Ils jouent aux dés, ma bonne dame, et puis ils vont au resto, à des concerts…tout ce qu’on peut finalement pratiquer aux côtés d’une perruche particulièrement bien dressée.

Selon des statistiques récentes, les 25-35 ans en couple estiment que la sexualité ne les passionne pas…entre un câlin et la résurrection de Jon Snow, le choix est donc vite fait.

ET L’AMOUR BORDEL?

Le problème, c’est qu’ils se sont rencontrés chez Noémie, leur meilleure amie respective qui désespérait de ruiner leurs vies les réunir, parce que des célibs en soirée, c’est bien connu, ne sont pas dignes de confiance : trop de sexyness (parce que supposés toujours prêts pour the rencontre), trop d’innocence cruelle (“bien sûr que si, l’âme soeur existe. C’est juste que tu n’as pas eu de chance”), trop de temps pour devenir un femme parfaite (expos, tricot, vlog)…trop de tentation de faire croire à un monde meilleur aux malheureux à deux.

Alors, une tartine de tarama, un verre de bière brassée à Montreuil et trois crackers au quinoa plus tard, nos trentenaires se sont connectés…oubliant que le cœur, lui, on le géolocalise dans la poitrine, oui oui, non pas dans des photos de profil tellement clichés que ça en devient criminel.

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MAIS NOOON…

Bah, si. Et se mettre en couple par paresse / ennui / habitude, c’est le mal du siècle. Hier encore, l’amie-de-l’amie-en-couple-depuis-le-collège m’affirmait “je n’ai aucun problème avec le fait de ne rien partager avec mon mec. Pas les mêmes goûts, pas les mêmes potes, pas d’affinités particulières”

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DU COUP, TA SOLUTION MIRACLE?

On arrête la mascarade et on accepte qu’on s’est planté. On se libère de la moitié affalée sur le canapé, encastrée entre Netflix et la Wii. Lui aussi vous remerciera…lorsqu’il aura recouvré l’usage de ses sentiments : aller à la rencontre d’une personne qui te fait perdre tes moyens et te sentir mille fois plus vivante que devant un Shake Shack juteux.

 NAN MAIS QUAND MÊME…

Il n’y a pas de mais. Trop de célibataires, et trop de mal encouplés. La solution est simple, il faut permettre LA rencontre à ceux qui devaient se rencontrer, mais qui ont été interceptés en cours d’élévation pour un alter-ego par défaut.

De toute façon, les couples concernés seront uniquement ceux pour qui le seul avantage d’être ensemble…c’est de ne plus être célibataire ou “d’avoir quelqu’un à la maison”.

MAIS TU ES QUI POUR JUGER LES AUTRES, HEIN?

Je suis la descendante légitime de Chuck Norris, Magneto, Highlander et le Grinch. J’ai donc objectivement tous les droits.

ET  ÇA VA ME COÛTER COMBIEN TON SYSTEME?

150 litres de larmes de rage (quand l’autre aura trouvé SA personne-très-spéciale avant toi / trop rapidement). Sans compter le nombre incalculable de pattes d’oie qui vont s’installer durablement sur ton visage tant tu vas sourire, sourire, sourire à la vie aux côtés du mec-qu’il-te-fallait-mais-tu-n’imaginais-même-pas-qu’il-existe-en-vrai. Ah, elle est fumeuse ma théorie?

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ÇA VIENT D’OÙ CETTE HISTOIRE DE CELIB RAGEUSE?

Déjà, ce n’est pas du tout le cas, mon IPad et moi, on vit une relation fusionnelle.

Juste un ras-le-bol de ces “c’est compliqué” sur FB ou encore de ces “célibataires” virtuels qu’on croise pourtant toujours avec la même fille depuis 2 ans en soirée. Ou encore celui là  qui te complimente / t’invite mille fois / surlike ta page…et te répond le jour où tu oses poser ta main sur une des frites de son kebab (aucun message subliminal ici), “ah non mais je suis avec ma copine depuis 4 ans hein, c’est juste qu’elle vit à Pékin pour 6 mois. Qu’est ce qu’elle me manque, d’ailleurs“. Tiens, tu sais quoi, je crois que je peux t’aider à la rejoindre rien qu’avec une tarte monumentale dans ta gueule, on essaie pour voir?

WOUAH… AU FINAL, TU M’AS CONVAINCUE…C’EST FAISABLE?

J’y crois. Le CNRS moins. Les couples encore moins. Les vendeurs de rose Métro République me détestent (“à quel mec qui se sent coupable va t’on les vendre, nos fleurs surgelées, si tout le monde sourit à la vie, hein?”).

L’appli est en cours de création. Reste à trouver un nom: j’ai déjà refusé “Troc 2 Toi” (trop collocation), “Casse Toi Pour Moi” (trop vrai), et “Toi, Toi Loin d’Mon Toit”. On attend vos suggestions.

J’ai testé pour vous: ne pas avoir d’humour pendant un rencard

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La sagesse populaire n’a jamais raison…excepté concernant l’humour féminin.

Oui, les hommes ont peur des filles qui font des blagues.

Déjà, en 3ème B, je revois Thomas courir à travers la cantine lorsque je lui fais comprendre que “sa braguette ouverte, c’est pour aérer ses neurones ou quoi”? J’ai ri, il n’a pas compris, j’ai essayé de lui expliquer, il a filé, la bouche encore pleine de purée. C’est qu’en général, mes vannes jaillissent comme un Alien hors de Sigourney Weaver: incontrôlables.

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Un jour, j’apprendrai de mes erreurs… Adieu Raymond Devos, Amy Schumer, Conan O’Brien…Et c’est avec ce vœu sincère que j’ai croisé le chemin d’Adam.

Adam est beau.

La sueur d’Adam sent naturellement le musc et la vanille.

Quand Adam sourit, le monde s’illumine et les gens descendent de leurs voitures pour danser sur la chaussée, tandis que des écureuils roux offrent des billets de vingt euros aux enfants. Sérieusement.

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On se retrouve donc dans un restaurant à l’éclairage tamisé-ce-soir-c’est-le-grand-soir-chérie, et j’ai osé ma (toute) petite robe rouge. Il fait juste assez chaud pour boire des spritz, et nos joues rosissent à mesure que la soirée avance.

C’est là que tout a failli basculer.

Il me dit qu’il s’interroge sur ses choix professionnels, et si…désolée, j’ai perdu à ce moment précis le fil de la conversation, entre mon troisième cocktail et ses yeux gris. Un médecin aux yeux gris? Je craque.

Je lui lance “qu’est ce qui pourrait te rendre ta bonne humeur?

– Hum…Des vacances, et des sous…et des ondes positives.

– Les ondes positives, ça je sais faire, pour le reste, j’ai entendu que Madame Bettencourt était un cœur à prendre, intéressé?

– …”

Son silence estomaqué me ramène à la douloureuse réalité: mais qu’est ce que les mecs ont avec les filles (qui espèrent être) drôles? Ils pensent qu’il s’agit là d’une affection contagieuse qui, en se répandant partout, démontrerait qu’on peut largement rire sans eux, et à leurs dépens?

Je baisse les yeux, gênée par son regard blasé plein d’incompréhension. Je pose alors mon verre déjà vide (l’alcool me rend encore plus drôle qu’à l’accoutumée) et essaie de m’appliquer.

Il me parle de sa pré-commande Iphone (nan, pas possible?!) et de son collègue qui a porté un caleçon vert pour la St Patrick (le fou!!). Il rit, et je ris aussitôt, mais trop fort pour que ce soit crédible.

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Il me narre son dernier rhume qui l’a cloué au lit, pendant une semaine, l’empêchant de finir sa partie de World Of Warcraft (monde cruel) : je parviens presque à avoir les larmes aux yeux, en songeant, pour m’y aider, à la fin de “The NotebookN’oublie jamais“.

Lorsqu’il aborde la thématique de son hamster Filou qui a préféré rejoindre l’état sauvage (le jardin municipal en face de son immeuble), je crains le faux-pas irréversible : “quoi, il a préféré se faire bouffer par un chat plutôt que de supporter ton haleine au réveil?” Mais ouf, il n’a pas entendu, tout occupé qu’il était à commander les desserts.

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A la fin de la soirée, j’ai l’estomac noué, j’ai chaud-froid, et des blagues qui tournent dans ma tête aussi grosses que l’USS Enterprise. Adam a l’air tout satisfait, et je prie le Ciel de le garder suffisamment longtemps à mes côtés pour crâner un peu devant mes proches et mes amis, histoire qu’ils comprennent que non, je ne sors pas qu’avec des mecs imaginaires (puisque je vous dis que Brad est un ami!).

On se retrouve devant l’arrêt de bus et, me dardant de son regard brûlant, il m’offre un baiser à faire pâlir toutes les ligues de censure d’Europe réunies. Mes efforts sont donc récompensés, au placard ma soirée série-Ben & Jerry’s Cookie Dough.

Lui: “On rentre ensemble? Tu en dis quoi?

Moi: “Eh bien, j’en dis que ton ego et toi formez déjà un très joli couple, et que je n’ai aucun goût pour la polygamie”.

Juré, demain, j’arrête l’humour…mais une promesse faite à son pot de glace, ça compte, ou pas ?