Tellement!

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Je vais tellement sur Facebook que j’aimerais être payée pour ça..

Je vais tellement sur Twitter que je cherche désespérément un oiseau bleu lorsque je fais une citation marrante.

Je vais tellement sur Tinder que lorsque je croise un garçon, j’essaie de le faire glisser à gauche pour parler à celui assis juste derrière lui.

Je déteste tellement le nouveau slogan Meetic que je n’ai qu’une envie, me poster devant un de leur panneau publicitaire du RER A et crier aux usagers: “arrêtez de m’attendre, et VE-NEZ!”

J’entretiens une relation tellement intime avec mon IPhone que j’arrive à m’engueuler avec Siri, parfois. Souvent.

J’utilise tellement Messenger qu’à table, j’envoie un gif de chaton quand on tarde à me passer le plat.

Chat_laser

Je vais tellement sur Happn que je suis l’itinéraire des célibataires de mon quartier au lieu de rentrer chez moi.

J’ai pris de mauvaises habitudes avec mon smartphone, du coup, lorsque je sors avec un mec, je tente d’agrandir tout ce que je peux avec deux doigts.

Je fais office de cinquième roue du carrosse depuis si longtemps que je me souviens du lieu, de la date et de l’heure de rencontres de mes amis en couple (ça aide pour leurs anniversaires).

Lors d’un entretien via Skype, j’ai tellement pensé à tout…que j’en ai oublié être toujours en pyjama.

Lassée de rappeler mes ex en période de grande faiblesse, je leur ai attribué des photos de contact terrifiantes (les jumelles dans Shinning, Anthony Hopkins dans tous ses rôles, photo de l’ex de mon ex, Bob Kelso…). Et non, ça ne marche pas du tout.

J’ai tellement pris l’habitude de sortir avec des boulets que lorsque je menotte ma cheville à un haltère de trente kilos, je me sens tout autant amoureuse.

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Je sors tellement tard du boulot que la rame est toujours vide mais, par snobisme, je préfère rester debout…

Je n’ai tellement pas le temps de faire des after-work que je danse directement dans la rue avec des gens ivres, histoire de gagner du temps.

danse

Je ne sais tellement plus comment emballer les mecs que j’ai tenté la carte de l’inattendu, comme arriver à un rencard le visage couvert de scotch. Et oui, ça marche!

Haut les coeurs!

“Ma copine est cultivée, moi pas. Que faire?”

-Lucien-Freud

Le jour où vous l’avez rencontrée, rien ne laissait présager une telle mésaventure. Elle riait de toutes vos plaisanteries, même de celles dont l’intrigue se situait entre la braguette et la doublure du caleçon. Elle était restée sereine lorsque vous aviez ronflé au cinéma, supportait avec classe vos copains rasoirs.

Pourtant, le jour où vous avez découvert la terrible vérité, tout a basculé.

Vous aviez proposé de flâner au Centre Pompidou. Vous détestiez ce lieu, mais ravi de vous moquer de ces prétentieux artistes contemporains, capables de bailler contre une toile, puis de la vendre pour 20,000 euros à un collectionneur danois, l’intitulant « le sommeil de l’homme invisible ».

Vous retrouvez votre belle, rêveuse, devant un atroce tableau tout de tâches ruisselantes, comme si la chair sortait du tableau. « Beurk ! », vous écriez vous, « non, mais tu as vu cette horreur ? Il aurait vomi sur la toile, cela aurait été la même ».

A peine regrettez vous votre remarque que votre amoureuse subit une mutation-éclair : elle cite quelques bribes de la vie du peintre, fait des connections entre le peintre – Lucian Freud – et Baudelaire…et vous la perdez entre une citation de Bertold Brecht et une imitation de Denis Podalydès.
Vous sombrez dans une sourde torpeur. On appelle le SAMU. Elle vous tient la main, tente de vous rassurer en vous sifflotant du Robert Desnos : vous êtes pris de violentes convulsions.

Le bilan est douloureux mais nécessaire : oui, vous êtes tombé amoureux d’une fille cultivée!
Que faire, alors?
1. D’abord, commencez par accepter la situation. On vous en avait parlé mais vous n’y croyiez pas :toutes les femmes savent lire, votre petite amie est une femme donc, elle sait inévitablement lire. Mais elle ne vous mordra pas, rassurez-vous !

2. Surtout, écoutez-là, d’un air inspiré : il est hors de question qu’elle visualise dans votre regard le vide intersidéral  hérité de votre scolarité tourmentée. Elle parlerait encore plus, ce que vous souhaitez éviter ;

3. Ne la blâmez pas pour sa culture : elle a attendu le Prince charmant toute son enfance. En l’attendant, elle a lu pour s’occuper. C’est donc votre faute, oui, vous auriez dû la délivrer de son donjon bien plus tôt, au lieu de devenir sociologue, pauvre fou ;

4. Ne lui offrez surtout pas d’ouvrages à sa fête ou son anniversaire : elle risquerait de l’avoir lu en 6ème et vous seriez cramoisi de confusion. Au contraire, surprenez-la avec une place au Salon de la saucisse, ou une table ronde avec des braconniers canadiens lors d’un meeting Chasse et Pêche. Elle appréciera votre humour acide, elle qui milite à Greenpeace tout en étant végétarienne, depuis l’âge de onze ans ;

5. Surtout, offrez régulièrement des verres aux libraires de votre quartier, prêtez leur votre voiture, l’objectif étant de rattraper toutes ces années de glandes et pouvoir ressortir à votre douce, à un moment idéal, la citation-qui-tue. Ça vous semble exagéré ? Soyons honnête : vous aimez la surprendre, l’impressionner, voire même lui couper le sifflet, parfois. Alors la bluffer une fois par mois, ça n’a pas de prix, quitte à lire Nicolas Fargues devant un match de basket.

Haut les cœurs !

Image Copyright@The Lucian Freud Archive / The Bridgeman Art Library

Six indices qui prouvent que vous êtes vraiment en couple

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Vous l’avez voulu.
Vous avez écumé tous les bars à la mode, les anniversaires d’amis d’amis de votre ex-colocataire. Vous avez pleuré toutes les larmes de votre corps devant « Sex & the city », jeté des canettes de Coca Zero à la face de ce fichu Mister Big qui, décidément, ne comprend rien aux femmes.

Vous avez accepté de rencontrer les candidats à la corde au cou ayant réussi le casting de vos parents et meilleurs amis…et regretté aussitôt d’avoir acquiescé pour un tête-à-tête avec ledit prétendant (vos proches pensent encore que vous privilégiez l’intelligence au physique, ahaah!).

Dans cette marée de déception, vos fidèles destriers, un pot de glace Ben & Jerry’s, et une rediffusion de « (500) jours ensemble » ne vous ont jamais lâché…jusqu’au jour où vous avez croisé son regard…

Le temps passe et, tandis que vos deux univers se confrontent et s’imbriquent, vous réalisez que certaines choses ne pourront vraiment plus être comme avant…

1. Vous avez renoué avec votre esthéticienne
Avant, la cire, la pince à épiler, le laser n’étaient de sortie que pour les grandes occasions : mini-robe, rencard, été, piscine. Pas plus. L’état de nature était pleinement assumé. On riait du petit duvet rebelle de nos aisselles ; les shampoings secs étaient des partenaires au long court.
Désormais, abonnée comme vous l’êtes chez l’esthéticienne, le coiffeur et l’onglerie, la possibilité d’un emploi nocturne afin de financer votre beauté vous semble parfaitement possible. Oui, le peep-show reste une option.

2. L’amour sur écran plat n’est plus
Hugh Grant ? Un ami proche. Benicio del Toro ? Un ex-amant un peu récalcitrant. Nos héros du grand écran à sex-appeal hautement déraisonnable étaient nos compagnons de fin de soirée. Nous récitions le nombre de leurs fossettes, les prénoms de leurs rejetons non reconnus.
Désormais, l’objet de votre attention prend tant de place que vous avez remisé votre téléviseur à la cave. Car oui, ses défauts et autres habitudes étranges valent n’importe quel soap opera.

3. La diétiétique est un mot interdit
Oui, vous étiez très stricte. Les légumes peuplaient votre table telle une forêt vierge plantée au beau milieu de votre salle à manger. Vous vous accordiez une tartine beurrée une fois par mois mais compensiez avec une centaine d’abdominaux. Vous méprisiez intensément les dévoreuses de macarons et autres insensées du rouleau à pâtisserie.
Désormais, le poulet pané, les frites-ketchup-mayo, les lasagnes, les crèmes au chocolats, le soda, la bière,le tout, au cours d’un seul week-end, sont une évidence. D’ailleurs, un pack de Kinder maxi coule des jours heureux dans notre sac à main. Vous êtes amoureuse.

4. Ses amis font partie du paysage
Nos amis nous suffisaient. On riait des même blagues absurdes. On prenait des photos compromettantes qu’on s’envoyait ensuite par mail aux heures de bureau ou en cours. On passait des heures mémorables sur Bitstrip et Snapchat. On googlelisait les maitres de stage sexy.
Désormais, on supporte en silence les appels/textos intempestifs du meilleur ami/boulet qui profite toujours d’un verre de trop pour révéler la vie sexuelle trépidante (passée) de notre partenaire pendant la soirée. Une enquête minutieuse quant à ses incursions en milieu transformiste pourrait vous aider à faire taire cet imbuvable quidam.

5. La nuit ne nous appartient plus
Ah, la nuit…Cet espace de liberté sans limites, le cœur bondissant à chaque regard… Ce brun ensorcelant vibrant contre nous, le temps d’un slow, puis rejoignant son épouse furieuse, ce baiser volé à l’haleine persillée…ni mec ni maître !
Désormais, entre le moment câlin et l’instant film du soir, la grande nouba, ce n’est plus votre objectif, l’essentiel se résumant plutôt à se lover le plus tendrement possible contre votre amoureux(se). Bin quoi, c’est l’hiver, non ?

6. La douche n’est plus notre territoire exclusif
Quand on se douchait, aucune serviette surabondante PSG ou Godzilla n’était superposée à notre robe de chambre parfumée. Aucun poil de barbe mais une vraie douche de fille, avec pinceaux à maquillage débordant d’une part, et crayons à paupières roulant contre une bougie parfumée.
Désormais, entre le tube de dentifrice jamais rebouché et le savon desséché au bord de la baignoire, vous vous êtes fait une raison…et puis ses rasoirs sont tellement plus efficaces…

Haut les cœurs !

Crédits@© 2012 Home Box Office, Inc.

Boulets, mode d’emploi

mister bean

Ici, on parle beaucoup de rencontres, de regards impromptus à la faveur d’une tiède soirée d’été. Mais qui songe à tous ces grossiers personnages qu’il a fallu écarter, ces hommes de mauvaise vie qui, gourmette bien en valeur, ont osé croiser votre chemin, sans aucun respect pour votre espace vital ? Oui, il est temps de rendre justice à tous ces instants où l’on a douté de soi, se reniflant la manche, à la recherche d’une odeur anormale qui pourrait justifier l’attraction des goujats vers nous. Portraits choisis :

1. L’über-isé :

Son temps est précieux. Bien plus que vous, d’ailleurs. A peine rencontrés, vous vous retrouvez sous sa couette. C’est qu’il sait y faire : il a même pensé à la bouteille d’eau fraîche de votre côté du lit, et au petit carré de chocolat sous l’oreiller. Mais pas de créneau pour un câlin matinal avec lui : déjà, une autre femme à satisfaire l’attend, à l’autre bout de la ville. Pas de repos pour les pros !

Le risque : qu’il vous demande combien d’étoiles vous lui attribuerez.
La solution : commander un gigolo. En cas de pépin, leur hotline est très efficace, et l’appel non surtaxé.

 

2. Le TOC-é :

Lui, il commence à reprendre son souffle lorsque vous avez retiré vos chaussures dans l’entrée, et que vous vous êtes passé deux fois les mains au Sanytol. Il repousse poliment vos baisers (il préfère que vous vous brossiez les dents d’abord). Avant de plonger dans un sommeil réparateur, vous tentez un ultime baiser : vous vous heurtez à son masque de nuit et à son baume à lèvres triple-protection (anti-dessèchement, anti-ride, anti-mites).

Le risque : d’accepter sa proposition de vivre avec lui dans une cabine stérile.
La solution : faire tomber son croissant dans la litière du chat, et le lui révéler alors qu’il y mord à pleines dents.

 

3. Le lève-tôt :

Lui, il a tout pour plaire. Une douce complicité s’est créée, vous vous sentez enfin vous-même dans ses bras. Il vous a même promis des crêpes pour le petit-déjeuner. Mais en guise de réveil, un cri : “merde, mais réveille toi, elle arrive dans quinze minutes chrono !” C’est là que vous notez, encore groggy de sommeil, sur la table de nuit, la photo d’une jeune femme qui n’a pas l’air d’être sa sœur.

Le risque : dormir avec vos baskets, pour fuir plus vite le matin venu.
La solution : oublier de le rappeler.

 

4. Le squatteur:

Deux jours après votre rencontre, il a décidé de laisser quelques affaires chez vous. La semaine d’après, il vous demandait si vous aviez une paire de pantoufles “en trop”. Puis ce fut  un double de vos clés emporté “par erreur”, une de ses chemises déposée dans votre lave-linge. Des canettes de bière jonchent le parquet de votre salon et il demande “qu’est ce qu’on mange” tous les soirs.

Le risque : héberger à titre gratuit un coup d’un soir.
La solution : alerter la SPM (Société de Protection Masculine) qu’un homme abandonné a trouvé refuge chez vous. Leur préciser qu’une fléchette hypodermique ne serait pas de trop.

 

5. Le cas soc’:

Tout se déroulait comme dans un rêve et vous le laissiez même piocher dans votre pop-corn. Faisant fi de ses mains moites, de ses bises humides, de sa calvitie, de ses chicots, de son aversion pour les vendeurs de roses, les chatons, les journalistes, les enfants, l’art moderne, il était temps, vous disiez-vous, de revoir vos a priori, et de lui donner sa chance.

Le risque : célébrer Jeanne d’Arc le 1er mai.
La solution : si vous aspirez à la charité, faites donc du bénévolat.

 

6. Le Tinder-man :

Ce qu’il est canon en photo ! Lui, il veut d’abord apprendre à vous connaître, dit l’annonce. Pour votre premier rencard, il vous emmène dans joli café (“parce que leur thé est bio hein, pas parce que c’est juste en bas de chez moi”, tient-il à préciser). Tandis que vous lui parlez de votre boulot, il swipe à droite quelques profils sur l’appli, l’autre main sur vos seins.

Le risque : vous retrouver involontairement dans un plan à trois (vous, lui, et son ego surdimensionné).
La solution : le bloquer, tout en sirotant votre thé.

 

7. Le “à l’ancienne” :

Il a beaucoup de classe, et les manières qui vont avec. Après une soirée inoubliable, il vous entraîne dans une chambre d’hôtel, à l’improviste. Au matin, une liasse est coincée sous votre oreiller. Le fixant d’un regard interrogateur, il vous demande, inquiet, si le compte y est.

Le risque :  le remercier d’avoir laissé cinquante euros en sus.

La solution : lui préciser que votre tarif est désormais soumis à la T.V.A.

Hauts les cœurs !

Le come-back du gentleman n’attend pas

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Du sentiment amoureux, de la rencontre et des fissions qu’elle provoque, on en parle souvent, chez les Gens Pressés, et avec quel intérêt ! Il s’agit d’un des rares instants où toute personne se retrouve face à son destin, vulnérable et pourtant déterminée, hésitante et s’exprimant sans détours. Elle avance, la belle âme, vers l’objet de ses aspirations, et rien ne la freine, tout la projette, bien au contraire, vers cette dimension rêvée : échanger, enfin, avec l’élu(e) !

C’est malheureusement là que la maladresse de l’homme 3.0 complique tout. Plus de fleurs, plus de boîtes de nougats laissées sur le bureau, à la pause déjeuner, de mots doux dans la boîte aux lettres. Alors, on s’insurge, on s’élève et on trépigne. Et non, l’homme moderne se terre dans un silence assourdissant.

Voici donc une courte liste, ô combien non exhaustive, sorte de guide de survie à l’attention de cette gente qui recherche désespérément des repères d’approche sincères, entre masculin décomplexé (mais pas macho) et petit farceur du cœur enchâssé d’une flèche (mais pas con) :

1. Du bon usage du texto/du mail :

Vous l’avez rencontrée fortuitement et sa modernité vous a retourné, comme une fulgurance. Vous l’avez ajoutée parmi vos amis FB. Elle like vos actualités, vous de même. Quelques mails, bref, que vous souhaitez gonflé de toute votre sincérité « J’adore la pelote basque! ». C’est certain, vous dîtes vous, elle vous proposera un verre bientôt. Sauf que ça, c’était il y a huit mois.
Notre conseil : la proposition, c’est votre tâche, pas la sienne. Sauf que le temps que vous vous décidiez, elle sera sûrement déjà mariée et mère d’un adorable garçonnet. Le bon moment, c’est maintenant ! Mais lisez tout de même la fin de la chronique, cela pourrait vous servir.

2. Du mot derrière le mot :

Flash-back : elle s’inquiète de votre santé, vous interroge sur votre actualité, est enthousiaste de partager le même artiste de cœur que vous. Et vous lui répondez. A ses questions, rien qu’à ses questions, et toujours à ses questions. Pauvre de vous…
Notre conseil : armez-vous d’un sonotone et écoutez bien. Vous n’entendez rien ? Vraiment rien ? Pourtant, lorsqu’elle vous lance ce petit « ah, je sais qu’il sera en concert dans quinze jours », ne serait-ce pas une invitation au voyage…du moins musical, pour l’instant ? En deux clics, vos billets Digitick vous attendront dans votre boîte mail.

3. De la constante ironie, et autre second degré :

Vous aimez rire, voilà qui est enchanteur. Du coup, vous pensez la flatter en lui faisant part de vos dernières imitations de Tonton Bob, le bûcheron canadien, juste après qu’elle vous ait confié sa nostalgie quant à son Toronto natal. Ou vous lui présentez cette vidéo.
Notre conseil : écrivez un One Man Show, devenez célèbre et offrez lui un Jeff Koons. Sinon, évitez de vous payer sa tête. Le second degré, c’est au dixième rendez-vous. Avant, cela risque de mener à une claque, ou un verre de vin sur votre belle chemise.

4. De l’importance d’être constant :

Vous l’avez enfin rencontrée autour d’un café. Vous avez ri, cela a été l’un de vos rares moments de détente depuis ces six derniers mois. Elle vous propose de faire une expo. Problème, à cette date, c’est soirée Assassin’s Creed et pizza. Autant reporter vos retrouvailles à dans trois semaines, elle comprendra, songez-vous.
Notre conseil : vous affectionnez particulièrement rouler des pelles à des pixels ? Si non, vous savez que donner à Emmaüs une console, c’est rendre un enfant heureux. Et vous n’êtes pas cet enfant, non.

5. Le cycle de l’addition :

Ah, ce curieux moment de l’addition. Avouez que vous n’aimez pas trop cela : ça se remue vers le comptoir, une coupelle arrive avec cette note blanche, toujours très mal détaillée…Vous vous souvenez de la première fois que vous en avez vu une?

peur

Pas de doute, pas d’inquiétude, vous êtes un radin.
Notre conseil : premier, deuxième, troisième, vingtième…autant de rendez-vous pour autant de notes à régler. C’est comme cela, une norme sociale absurde (ou pas), un fardeau (ou pas), le fait est que le portefeuille doit se tenir prêt, sauf si elle insiste (insiste = attendre qu’elle prononce le cinquième « mais si, ça me fait plaisir » pour lâcher prise. Avant, cela risque de sonner faux).

6. La règle, c’est qu’il n’y a pas plus de règles :

Oui, après cette lecture, vous vous interrogez. Et alors ? Est-ce obligatoire ? Et si j’ai envie de la laisser payer, est-ce que ça fait de moi un salaud ? Assassin’s Creed, je l’aimais avant elle ! Hum…
Notre conseil : la galanterie, cet art discret qui favorise le maniement des mots et du cœur, est d’un exercice délicat et, pourtant, parfaitement adapté à la psyché féminine. Courtiser, c’est être pro-actif. Il ne s’agit pas d’insister mais d’être une force de proposition. Non pas la recouvrir de fleurs, à son anniversaire, plutôt lui en offrir une, à chaque rencontre.

Exploiter le « oui » à 200%, prendre le « non » pour ce qu’il est, une règle précieuse qui vous évitera une désagréable plainte pour distribution intempestive de roses ou de nougats !

Hauts les cœurs !

Crédit photo@Lucasfilm

MODE HOMMES : une dernière chemise rose, pour la route?

pantone rose

La chemise rose porte en elle un impact particulier auprès de ceux qui y sont confrontés. Replaçons-nous, pour ce faire, dans un contexte fantasmé.

Vous avez été convié(e) à l’une de ces crémaillères où les verrines pois gourmands-saumon succèdent à des ballons de vin rouge un peu acide. Le volume sonore s’élève d’heure en heure, à mesure que les convives sombrent dans une ivresse tout en retenue et citations de Tristan Tzara entre deux bouchées de tzatziki. A bout de souffle, les tympans étourdis par ”Last night the DJ saved my life” et autre ”Danse des canards”, vous vous dirigez vers le balcon.

C’est là que vous l’apercevez. Sa barbe semble bien plus douce que le plus soyeux de vos pulls cachemire. Ses souliers ne sont ni pointus, ni vernis, ni pointus-carrés, ni des Converses crevées. Le pantalon est un jean brut, rien de bien criminel. C’est là qu’elle vous bondit aux yeux. Une chemise rose, vraiment ?

Le rituel n’est pas récent. Depuis quelques années déjà, nous avions été habitués à croiser les porteurs des fameux maillots Eden Park en ville, ces rugbymen de canapé, si fiers d’arborer les couleurs rose layette de la marque au petit nœud. On avait eu de l’indulgence pour eux, on les avait assimilé au XV de France, on en était presque tombé amoureux, on avait presque filé de chez eux au petit matin, un peu angoissé par tous ces polos soigneusement classés dans leurs armoires par modèle et par camaïeux…

On les avait oubliées, jusqu’au jour où elles sont apparues, les autres, leurs cousines aisées, les chemises roses. Il y en a désormais de toute sorte et toutes semblent coupables : les fines rayures, les poids, les barres transversales, les croisillons, les tye & dye, les ton sur ton, les discrètes, les fushias, les libertys, les saumons et les à carreaux, les marinières, les manches courtes…

La gente masculine s’est engouffrée dans la tendance sans jamais en revenir. Dans la plupart des garde-robes de ces messieurs est tapie une chemise rose, assumée ou inavouée. 

Sur nombre de forums féminins, il apparaît que la thématique est loin d’être aussi triviale qu’elle ne semble l’être : « atteinte à la virilité », « too much », « impossible à porter », les propos sont confus, hésitants entre assimilation de la touche de ”pink” à une orientation sexuelle ou célébrant sincèrement l’arrivée de la couleur dans le vestiaire mâle. Les magazines masculins ne sont pas en reste, prônant la teinte rose pâle et le non-conformisme altier.

Du côté des femmes, la situation reste délicate. C’est qu’elles en ont tellement croisé, des hommes bien-sous-tous-rapports-mais-têtes-de-noeud-désolé-avec-ma-copine-euh-ma-femme-euh-ma-compagne-c’est-compliqué-mais-si-c’est-juste-pour-coucher-alors-ça-va que le moindre indice, elles le saisissent au vol avec un intérêt tout particulier : cigarette ou cigare, cheveux courts ou catogan, hautbois ou violoncelle, tout élément externe est considéré comme une chance de faire le bon choix, même/surtout pour une nuit. La chemise rose fait partie du critère.

Alors, comment se situer face à l’objet ?Aux Gens Pressés, on avait pour habitude de le classer aux côtés des fans de David Guetto.

Et puis, il y eut Marc J:

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Et Drake:

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Voilà, c’est un fait, le problème, ce n’est pas vraiment la chemise, c’est plutôt celui qui la porte. “Un jour, mon prince, viendra…”

Haut les coeurs!

« Merci, mais je ne danse pas »

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L’été, les nuits s’étirent et les journées filent, occupées par de longues heures de planification de soirées. L’on a d’yeux que pour les afterworks (un truc de trentenaires, ça), les cinés en plein air et les glaces à l’eau trop sucrées. L’été arrive, et avec lui, une flopée de festivals,  bals de rue et autres concerts sauvages.

C’est à cette période de l’année que les filles, au grand dam des lois de la physiques et du confort, décident d’escalader leurs escarpins les plus vertigineux, qu’ils soient faits de corde, de bois ou de cuir. Elles ont à cœur de s’élever, à la chaude saison. Besoin d’une nouvelle perspective ? Nécessité d’éviter les gros lourds proches du sol ?

Les faits sont là et perdurent, malgré les chutes quotidiennes et autres torsions involontaires des chevilles.

Il ne s’agit pas de « savoir marcher avec ». Cela tiendrait plutôt de l’automutilation et de principes élémentaires de survie en milieu de mode aiguë. Comment résister à l’appel du huit centimètres et (surtout) plus, lorsque la vendeuse, glossée, peroxydée et juchée sur des salomés de douze (quinze?) vous fait remarquer que « dix, ça va encore, c’est supportable ». Supportable ? Mais qui supporte qui, à ce petit jeu là, Madame ? Certainement pas mes chaussures, non, elles ont pris leur indépendance depuis bien longtemps !

Les pieds des filles, en été, ne leur appartiennent plus. Elles trottinent tout juste, le port altier, bien que leurs orteils ne soient qu’un lointain souvenir. Il y a bien sûr les « autres », celles qui considèrent leur confort comme primordial mais qui pourrait prendre une jeune femme au sérieux avec des Birkenstock au pied ?

Ce constat s’adresse également aux hommes qui, dans leur grande sagesse, adoptent des attitudes décontractées au possible. Deux injections de rappel :

  • la pédicurie n’est pas un sport féminin. Non, messieurs, l’ongle incarné ne révélera jamais votre virilité. Votre notion floue de l’hygiène, cela est par contre certain;
  • le port de la sandale citadine ET orthopédique est formellement interdit. Mais à quoi reconnaître une telle sandale, me direz-vous ? Au seul fait que c’est une sandale pour homme, tout simplement.

L’été ne fait pas seulement le bonheur des podologues et la colère d’Anna Wintour. Il charrie également son flot d’estivants passablement frustrés. Car la danse, mes amis, la danse demeure la secrète formule qui saura changer un « bon été » en un « été de folie ». Les corps qui s’entrechoquent et s’enlacent, au nom de la déesse Chorégraphie improvisée, sont LA formule afin de réveiller les couples, booster votre ego, et agiter les particules de rencontres.

Alors, oui, les talons hauts sont tels des presse-purées ceints aux chevilles. Oui messieurs, les mocassins sans chaussettes, c’est comme déambuler nu sur le boulevard Jean Jaurès (on en a tous un près de chez soi). Pourtant, ils sont l’apanage de ceux qui osent se laisser aller à d’inexplicables gesticulations musicales avec style, au lieu de ressortir du placard à excuses le sempiternel « moi ? Non, non, merci, je ne danse pas ».

Comment cela, vous m’avez croisée avec des spartiates à Paris Plage? Malotru, va !

Hauts les cœurs !

« Très chère Mademoiselle,

sifflet

J’ai abandonné l’idée de vous contacter via Facebook (trop adolescent), Hotmail (trop relation adultère). Et essayer de trouver l’adresse de votre domicile m’aurait donné l’air d’un pervers.

J’ai donc opté pour une missive rédigée par mes soins (dans le cas contraire, je connais un vieux monsieur dans mon immeuble qui fait cela très bien, quarante-cinq cents la ligne), et remise au bistrot que nous avons en commun. En toute simplicité. J’imagine très bien le petit sourire de ce cher Jean-Michel en vous déposant l’enveloppe avec votre café du matin.

Mademoiselle, il faut que j’en vienne très vite au fait, parce qu’attendre un jour de plus serait pure torture. Cependant, la lecture de ma lettre risque de vous faire le même effet si je n’en viens pas au plus vite aux faits.

J’appartiens à la catégorie des trentenaires apaisés, ceux dont les possibilités financières permettent de loger au cœur de la capitale, loin de la banlieue parentale, avec brunch et cinéma dominical et puis, avouons-le, un petit joint lorsque le cousin de retour d’Amsterdam s’avère d’humeur généreuse.

Tous les matins, je prends connaissance de mes mails en buvant mon café, je consulte mon répondeur et efface les derniers messages enflammés à la vodka de mon dernier amour d’un soir.

Dans la rue, je croise des femmes. Au travail, au bar, où je vous ai rencontrée, dans les transports… Et toujours, la même énigme insoluble pour tout célibataire n’ayant pas réussi à sortir du système éducatif l’alliance au doigt: mais comment s’y prenaient nos parents, grands-parents, aïeux pour séduire une femme ? Comment parvenir à parler à de telles vestales intransigeantes, écrasantes par leur maîtrise de leur beauté et de l’aura qu’elles parviennent à diffuser, tout autour d’elles ?

Ma vision de la femme moderne ne correspond en aucun cas au modèle plébiscité par nos aïeux (« une bonne femme, c’est d’abord une femme qui ne parle pas ») ni par celles qu’il m’est donné de côtoyer quotidiennement. Hautaines. Inéluctablement pressées. Parfumées. Pressées.

Pourtant, il me semble ne plus rien savoir de vous. Je feuillette, parfois, quelques magazines féminins. Que d’informations contradictoires ! A croire que la femme 3.0 prend soin de son corps, revendique son acceptation tout en adulant secrètement des minceurs synthétiques. Elle ne craint pas de commettre un adultère, y prend d’ailleurs un certain plaisir, sans pour autant s’en épancher auprès de ses amies. Elle drague mieux, boit trop, recherche un homme sans en faire une fixation ultime, au regard de son agenda aussi gondolé qu’une part de brioche dodue qu’elle troquera aussi sec pour un chai latte et une salade de fruit : l’apparence, dites-vous, peu m’importe mais aussi apparence, tu me tues.

Moi, Mademoiselle, je suis un homme absolument basique. Paresseux, sportif par nécessité car célibataire, parfois libidineux, romantique à ma manière. J’aime les chaussures italiennes et les costumes Paul Smith. Tous mes T-shirts sont de chez H&M mais je m’applique à faire croire à mes collègues qu’ils sont de chez Calvin Klein ou Cavalli.

Je crois en la féminisation du monde. A mes yeux, il ne s’agit là que d’un retour à la normalité, à une articulation logique autour de deux sexes. Cela reste très approximatif, mais bien prégnant : la femme s’arroge enfin la position dont on l’a privée depuis si longtemps. Tout est bien qui débute bien.

Pourquoi ma solitude, alors ? Serait-ce parce qu’à l’heure des Google glasses, l’homme ne serait toujours pas parvenu à définir sa place légitime au sein d’une société enfin mise à jour? Ne savions-nous donc vivre que sur l’asservissement de votre gent plutôt que sur des valeurs véritables? C’est que le temps du choix a sonné. Une véritable compagne ou une femme d’intérieur dévouée ? Une princesse de Clèves mutique dispensant bons plats et linges fraîchement repassés ou une working girl épanouie ? Virilité, ô Chère Virilité, dis moi ce que tu contiens et je te dirai si je m’y suis jamais retrouvé…

Alors veuillez excuser mon attitude d’hier. Je vous ai sifflée. Un long roucoulement sourd tout droit sorti d’une autre ère. J’avais bu, les copains me pressaient, vous évitiez mes oeillades…Vous m’avez lancé : « et ça se considère être un homme ? ».

Encore une poignée d’années de patience, Mademoiselle, et, je vous le promets, nous nous débarrasserons enfin de nos oripeaux d’homo erectus aux dents cariées. Ceux qui ne comprennent toujours pas que la place du mâle ne peut être définie que par le mâle lui-même – et non à votre détriment – oublient qu’il n’existe pas de voie annexe. Et revenir en arrière ne permet pas de regagner l’innocence passée. Surtout lorsque cette innocence là n’est que pure violence.

Veuillez croire en mon amitié la plus sincère,

Haut les cœurs,

Un homme contrit. »

 

 

« Très chère Mademoiselle,

sifflet

J’ai abandonné l’idée de vous contacter via Facebook (trop adolescent), Hotmail (trop relation adultère). Et essayer de trouver l’adresse de votre domicile m’aurait donné l’air d’un pervers.

J’ai donc opté pour une missive rédigée par mes soins (dans le cas contraire, je connais un vieux monsieur dans mon immeuble qui fait cela très bien, quarante-cinq cents la ligne), et remise au bistrot que nous avons en commun. En toute simplicité. J’imagine très bien le petit sourire de ce cher Jean-Michel en vous déposant l’enveloppe avec votre café du matin.

Mademoiselle, il faut que j’en vienne très vite au fait, parce qu’attendre un jour de plus serait pure torture. Cependant, la lecture de ma lettre risque de vous faire le même effet si je n’en viens pas au plus vite aux faits.

J’appartiens à la catégorie des trentenaires apaisés, ceux dont les possibilités financières permettent de loger au cœur de la capitale, loin de la banlieue parentale, avec brunch et cinéma dominical et puis, avouons-le, un petit joint lorsque le cousin de retour d’Amsterdam s’avère d’humeur généreuse.

Tous les matins, je prends connaissance de mes mails en buvant mon café, je consulte mon répondeur et efface les derniers messages enflammés à la vodka de mon dernier amour d’un soir.

Dans la rue, je croise des femmes. Au travail, au bar, où je vous ai rencontrée, dans les transports… Et toujours, la même énigme insoluble pour tout célibataire n’ayant pas réussi à sortir du système éducatif l’alliance au doigt: mais comment s’y prenaient nos parents, grands-parents, aïeux pour séduire une femme ? Comment parvenir à parler à de telles vestales intransigeantes, écrasantes par leur maîtrise de leur beauté et de l’aura qu’elles parviennent à diffuser, tout autour d’elles ?

Ma vision de la femme moderne ne correspond en aucun cas au modèle plébiscité par nos aïeux (« une bonne femme, c’est d’abord une femme qui ne parle pas ») ni par celles qu’il m’est donné de côtoyer quotidiennement. Hautaines. Inéluctablement pressées. Parfumées. Pressées.

Pourtant, il me semble ne plus rien savoir de vous. Je feuillette, parfois, quelques magazines féminins. Que d’informations contradictoires ! A croire que la femme 3.0 prend soin de son corps, revendique son acceptation tout en adulant secrètement des minceurs synthétiques. Elle ne craint pas de commettre un adultère, y prend d’ailleurs un certain plaisir, sans pour autant s’en épancher auprès de ses amies. Elle drague mieux, boit trop, recherche un homme sans en faire une fixation ultime, au regard de son agenda aussi gondolé qu’une part de brioche dodue qu’elle troquera aussi sec pour un chai latte et une salade de fruit : l’apparence, dites-vous, peu m’importe mais aussi apparence, tu me tues.

Moi, Mademoiselle, je suis un homme absolument basique. Paresseux, sportif par nécessité car célibataire, parfois libidineux, romantique à ma manière. J’aime les chaussures italiennes et les costumes Paul Smith. Tous mes T-shirts sont de chez H&M mais je m’applique à faire croire à mes collègues qu’ils sont de chez Calvin Klein ou Cavalli.

Je crois en la féminisation du monde. A mes yeux, il ne s’agit là que d’un retour à la normalité, à une articulation logique autour de deux sexes. Cela reste très approximatif, mais bien prégnant : la femme s’arroge enfin la position dont on l’a privée depuis si longtemps. Tout est bien qui débute bien.

Pourquoi ma solitude, alors ? Serait-ce parce qu’à l’heure des Google glasses, l’homme ne serait toujours pas parvenu à définir sa place légitime au sein d’une société enfin mise à jour? Ne savions-nous donc vivre que sur l’asservissement de votre gent plutôt que sur des valeurs véritables? C’est que le temps du choix a sonné. Une véritable compagne ou une femme d’intérieur dévouée ? Une princesse de Clèves mutique dispensant bons plats et linges fraîchement repassés ou une working girl épanouie ? Virilité, ô Chère Virilité, dis moi ce que tu contiens et je te dirai si je m’y suis jamais retrouvé…

Alors veuillez excuser mon attitude d’hier. Je vous ai sifflée. Un long roucoulement sourd tout droit sorti d’une autre ère. J’avais bu, les copains me pressaient, vous évitiez mes oeillades…Vous m’avez lancé : « et ça se considère être un homme ? ».

Encore une poignée d’années de patience, Mademoiselle, et, je vous le promets, nous nous débarrasserons enfin de nos oripeaux d’homo erectus aux dents cariées. Ceux qui ne comprennent toujours pas que la place du mâle ne peut être définie que par le mâle lui-même – et non à votre détriment – oublient qu’il n’existe pas de voie annexe. Et revenir en arrière ne permet pas de regagner l’innocence passée. Surtout lorsque cette innocence là n’est que pure violence.

Veuillez croire en mon amitié la plus sincère,

Haut les cœurs,

Un homme contrit. »

 

 

“Souffrir pour être belle, je n’ai pas envie, c’est grave ?”

talons par Yulya Shadrinsky

Souffrir ne signifie bien entendu pas faire souffrir autrui, notamment en portant des bottes cavaliers sur un baggy usé. Bref.

Et d’abord, de quelle souffrance parle t-on ici? La cire brûlante, la pince qui arrache le poil ET la peau, le recourbeur qui ourle la pupille définitivement, le vernis dont les effluves feraient tourner de l’oeil une foule privée de l’odorat, les talons qui nous permettent de découvrir des moyens insoupçonnés de perdre l’usage de nos pieds?
Cet adage démentiel de vide aurait-il pour couronnement ultime la remarque d’un improbable quidam qui aurait, ô miracle ! noté le brio de notre nouvelle toilette, nouvelle coiffure? Ladite souffrance inclurait alors les compliments des hommes attirants tout comme ceux des lourds, poisseux, vagabonds frémissants et retraités bavards? De la gêne et de la douleur pourrait donc éclore la grâce d’être enfin perçue comme séduisante?

Ah, oui, le délice de s’infliger une soupe au chou sur quinze jours et constater que la faim est encore plus dévorante qu’auparavant, proclamer le bannissement de toute incartade sucrée afin de faire mordre la poussière à sa balance (je rappelle qu’il s’agit là d’une MACHINE, d’un appareil sans âme qui a pour rôle unique de PESER pas de déterminer votre place dans la société ni d’établir le menu des jours à venir, pas de vous octroyer le droit de porter une micro-jupe ou un slim, pas de vous permettre de draguer. On est d’accord?)…

La beauté, celle que l’on souhaiterait universelle, reconnaissable entre toutes, le canon ultime et unique qui ferait se courber les étoiles à notre passage? La beauté, l’apanage de celles et ceux qui auraient les moyens de l’entretenir, ce trésor que l’on se doit de trouver, dénicher, scruter, injecter, racler, illuminer, corriger, pincer, détendre, retendre, gommer, palper, rouler, sublimer ?

Beauté, jeunesse, le tout s’entremêle et se perd. La seconde serait la réflexion la plus aboutie de la première, la première justifierait la quête effrénée de la seconde.

Alors, on écoute d’une oreille faussement distraite les conseils beauté de la copine esthéticienne sur les injections de collagène et de botox (après tout, tout le monde sait la tête que j’ai lorsque je suis contrariée ou étonnée alors, est-ce bien nécessaire de conserver ces rides d’expression ?). On tourne autour d’un pot de crème antirides (au prix qui s’apparente à s’y méprendre à une date de la Révolution française) en se demandant si , au final, on a VRAIMENT besoin d’un deuxième rein. On admire, dans le secret de notre salle de bain, les photos (que l’on devine/espère/suppose retouchées) de ces filles/femmes des magazines : le temps coule sur ces pages de papier glacé comme une larme sur du marbre.

Qu’on se le dise donc, entre nous, une bonne fois pour toute :

1. seul l’Amitié, l’Amour et l’Art retardent le vieillissement ;

2. sus aux cons, ils sont des accélérateurs de sénilité;

3. les talons de 12 sont une torture intolérable, même pour une fille saoule à 2h du matin après une soirée au Wanderlust (notre source souhaite conserver l’anonymat. On comprend pourquoi.).

Haut les cœurs !

Crédit photo: @ Yulya Shadrinsky