Le Son by Les Gens Pressés #1

J’apprécie la compagnie des objets sonores singuliers, de ceux qui donnent du relief à chaque instant du quotidien, lequel muterait soudain en une sorte de clip permanent…oui, j’aimerais vivre dans un épisode de “Glee” le temps d’une journée, mais c’est une autre (longue) histoire…

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Du coup, voici la toute première vraie bande-son des Gens Pressés: élaborée sans aucun fil conducteur particulier cette semaine, si ce n’est la touche “aléatoire” de la bibliothèque musicale universelle, je vous ai sélectionné seize titres pulsants, inattendus et habités, loin du potage mainstream (même si un petit minestrone peut avoir du bon, parfois, hein).

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Selon votre ressenti à vous, cher(e) lectrice/lecteur/passant(e), ce pourrait devenir un nouveau rendez-vous bi-mensuel, mensuel, avec ou sans thématique…j’attends donc vos retours avant de plancher sur la prochaine!

 

 

Sam Dew / Premier EP “Damn Sue”

Sam Dew fait partie de ces artistes dont on est fier de parler lorsque sa notoriété explose enfin. Son style, l’imagerie qui l’accompagne, ses textes, autant d’éléments qui participeront à bâtir sa légende.

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Le natif de Chicago a déjà écrit pour Rihanna, Jessie Ware, Mary J Blige, collaboré avec Skrillex. Ses influences vont de Curtis Mayfield à Hans Zimmer, en passant par Radiohead et Nine Inch Nails.

Auteur, compositeur, interprète, il nous offre, selon ses propres mots, une “soul déformée”. Son premier EP, Damn Sue, co-produit par Dave Sitek (TV on the Radio) ramène à ces diverses influences, nimbé d’un indéfinissable bliss.

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Sam Dew nous offre ses amours rêvés et ses désirs sur un plateau. Et en ce lundi, décrété par d’obscures instances, “jour le plus déprimant de l’année”, il est temps d’égayer nos tympans comme il se doit.

 

DAMN SUE Tracklist :

  1. Desperately
  2. Air
  3. Lie
  4. Rewind
  5. Reincarnation
  6. Victor

FAN !!

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(ndla : je ne vous le dirai jamais assez, lâchez tout, votre verre ou votre chéri(e) et venez liker la page FB du blog; de plus, cliquez sur les mots soulignés dans l’article. A la clef? Du vrai bonus pour vos oreilles et vos yeux! Bisous!)

Lorsque l’on songe à un artiste qui nous laisse dans un état similaire à la jeune fille de la photo, on ressent parfois l’envie de le côtoyer, d’en savoir un peu plus sur lui. Aime t’il les boissons sucrées ou le café en dosettes, apprécie t’il la musique classique, trouve t’il l’inspiration au bord de l’eau ou les pieds sur le bitume ? De nombreuses interrogations qui se résolvent souvent, il est temps de se l’avouer, à grands coups de thé-croissant, une poignée de magazines people à la main.

Le fait de vouloir s’insérer dans leur psyché autant que dans leur quotidien, dans leur lit autant que dans leur assiette rappelle à quel point l’altérité modèle toute notre condition: l’autre, c’est un presque nous amélioré ou empiré, qui nous attire, fort, fort.

Et lorsque l’on observe les artistes devenus stars, on aimerait leur exprimer tout ce que leur œuvre a apporté à nos vies, leur rendre un peu de toute cette lumière. Le problème vient du fait qu’en général, tous ces beaux sentiments se changent en un seul et même cri « Patriiiiiick !!!! Léoooooo !!!!! ». De loin, cela fait très peur. Bon, ok, de près aussi.

Parfois, l’hystérie cède le pas à la tétanie, comme à la vue des chiffres du chômage. Je me souviens avoir croisé Nicolas Fargues sans pouvoir exprimer une seule phrase correcte : les jambes molles, les mains frissonnantes, j’avais dans l’idée de lui présenter un compliment très spirituel…lequel se réduisit à un murmuré « j’aime beaucoup ce que vous faîtes ».

Les stars semblent parfois nous considérer dans notre ensemble, c’est-à-dire telle une masse informe et hurlante, implorante et scrutatrice, les pupilles rivées sur leur poids et leurs conquêtes.

Reste que pour nous, public, il serait si bon de se sentir considéré dans son individualité, son histoire personnelle, la cuillère en bois en guise de micro. Mais il n’en est rien et la star a son existence propre, ses préoccupations. Alors sa main tendue se fait molle, son regard est vague, sa parole stéréotypée. Comme si l’artiste se sentait contraint d’établir une distance, craignant la manifestation de notre liesse.
La foule, elle, regrette le temps où il prenait plus de plaisir à lui sourire, à se souvenir de quelques visages, à serrer des mains, à oublier le succès pour ne voir que la tendresse de ceux qui le portent aux nues.

Ce conformisme face à la foule se comprend autant qu’il interroge. Va t’il contaminer leur art? Dès lors, qui ranimera la flamme de la bonne vieille attitude punk, capable de grands poings levés au nez des biens pensants? Y’ en aura t’il, des Maurice Pialat, qui auront l’audace d’un « si vous ne m’aimez pas, je peux vous dire que je ne vous aime pas non plus » ? Lesquels se souviendront des cafés-concerts déserts, des connaisseurs qui les invitaient à vider quelques verres après un énième vernissage raté ?

Un rêve ? Plutôt une hâte : que les stars descendent de la scène afin de jouer, de peindre, de dessiner et de chanter les pieds nus entre nos tables, au plus près de nous ! Promis, on essaiera de hurler à voix basse…

Hauts les cœurs !

Crédit photo@Milkcheck.fr

La bande-son des Gens Pressés est sur Deezer!

ImageLa playlist du blog est sur Deezer! Aucune hésitation ne sera bien sûr admise, encore moins un mot d’excuse pour cause de piscine ou d’équitation.

N’hésitez pas à me faire part de vos commentaires, remarques acérées, déclarations d’amour, j’adore ça!

Le LIEN: http://www.deezer.com/playlist/569603521

La page FB, pour encore plus de précipitations et de compères Pressés:

https://www.facebook.com/pages/Les-gens-press%C3%A9s/463450307057333

Haut les coeurs!

Dans la tête de l’artiste, en toute intimité

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Ps: pas  de clip en guise de final mais des mots soulignés, qui vous mèneront, au fil de la lecture, vers les sons qui ont peuplé ma semaine 🙂

Qui ne s’est jamais interrogé sur le pacte secret qui nous lie à la musique ? Sur son inépuisable aptitude à nous révéler à nous-même, nous et nos instants de fragilité pure ou de vaillance absolue ?

Il est doux de se laisser porter par la mélodie, sans aucun a priori, juste en s’agrippant à elle, et de sentir nos pieds se détacher du sol. Libérés du poids de notre corps, nos lourdes carapaces craquent sous la pression de toutes nos pensées secrètes. Soudain, les voici qui reprennent plus que l’espace restreint où nous les avions circonscrites. Toute cette joie et ces larmes, enfin libérés.

Une mélodie, c’est un savant mélange de toute une gamme de matériaux précis. Pour commencer, il suffit de se placer dans la rue, dans un couloir de métro ou dans un grand magasin : la rencontre est là, qui couve l’artiste de ses longs cils. Elle lui offre de beaux entrechocs de personnalités, de quoi le faire trembler dans ses racines et l’éloigner de sa zone de confort. Elle sait que c’est souvent dans le regard ou le sourire d’un(e) autre que tout se joue. La belle personne, au bon moment, qui fera de son instrument le vecteur idéal d’expression, et la juste continuation de son bras.

Viendront s’ajouter, par touches rares et précieuses, des pincées de notes, dont l’évidence étonne toujours l’auditeur. Comme si l’artiste savait, par avance, qu’elle s’emboîtera à la perfection dans un repli de notre âme, dans un espace laissé vide par une émotion fugace, un amour qui s’éloigne, un rire oublié. Et de cette architecture de notes, de vies et de sentiments mêlés, la construction prend forme : une main serrée, des lèvres effleurées, une pierre posée.

Parfois, l’artiste a envie de tout renverser, parce que l’édifice ne correspond plus du tout à ce qu’il espérait. Il a grandit, et les bras sortent par les fenêtres, la tête par la cheminée. On m’a un jour soufflé : « ces titres qui sont en ligne, tu sais, ils sont trop anciens, j’ai vraiment évolué depuis, et j’ai envie de partager ça ». Et ce qu’ils disent, ces artistes en pleine croissance, ils le font, toujours plus fort, toujours plus lumineux. Une croissance sans bornes pour une architecture sublimée.

De mains tendues en équilibres instables, l’artiste fait de la vie une inspiration quotidienne, en songeant à alimenter le feu sacré à grandes brassées de concerts, sans lesquels il peine à savoir où il en est, et ce qu’il est déterminé à atteindre. Et il ne nous oublie pas pour autant: désormais, il nous octroie le plaisir discret de pénétrer les arcanes de son cheminement, car toutes les pierres mènent à…Lyon?

Certains s’arriment à des joies simples : “les mots sont tout aussi importants pour moi que la musique. J’aimerais que les gens fassent plus attention aux textes d’ailleurs (…) et qu’ils prennent du plaisir à les lire.”*

Suivre un artiste, c’est un peu s’arrimer aux battements de son coeur. C’est piocher dans son réel afin de faire de nos rêves des territoires d’exploration quotidiens. Il sait peu à peu nous mener vers nos climax respectifs, d’où nous serons balayés d’une indicible mélancolie vers une vrombissante montée d’enthousiasme, nous ramenant  à notre premier tour de manège, du temps où une bouchée de pomme d’amour suffisait à illuminer notre jour.

Reste la minute zéro, celle où il est bien là, de chair et de son, sous nos yeux étonnés (“il est beaucoup plus grand, en fait!” “Et ses yeux, ils sont bleus ou verts? “Elle est mariée? Zut…”), se mouvant vers la scène, la tête un peu basse, parfois pieds nus, le sourire discret, avant d’entamer le premier morceau, avec tout ce que la spontanéité de l’instant peut charrier comme moments de grâce.

Il prend son temps, boit une gorgée d’eau et ferme les yeux. Il est enfin à sa place et s’apprête à pénétrer nos coeurs, une effraction de velours. Entre chaque note, le voici qui glisse un peu de lui, faisant de nous des “je” à jamais meilleurs.

Haut les coeurs!

*: extrait d’une jolie interview

Crédit image@Philippe Geluck

« Dis -moi ce que tu écoutes, et je te dirai…nooOO!!»

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Êtes-vous musico-hypersensible ? C’est une pathologie de plus en plus courante, qui sévit chez ceux qui considèrent que W9 est à la musique ce que Cerbère est à l’antre des Enfers : le taulier de nos cauchemars. Elle se manifeste dans les lieux réunissant de larges foules : boîtes de nuit, cafés-concerts, soirées d’anniversaire chez des amis.

Vue d’ensemble: vous sirotez en paix une flûte de champagne. Soudain, vos tympans sifflent, vous avez chaud puis très froid. Et, dans votre torpeur, un son infernal s’insinue sournoisement dans votre esprit bouleversé. Il y a trop de monde pour hurler d’éteindre la musique, et puis, vous n’êtes pas chez vous. Alors, vous subissez vos symptômes en silence tandis que s’acharnent sur vos oreilles des effluves rétro-électro-dance toxiques.

 Comble de l’horreur, votre proie, la silhouette que vous aviez élue pour vous raccompagner chez vous fredonne le son démoniaque ! Pire, elle bat la mesure de ses souliers Rautureau vernis ! Et tend les bras vers vous, vous proposant instamment d’entrer dans la danse, de vous oublier, au son du potage infâme !

 Solution : un coup de sac baguette sur son nez, afin de lui faire retrouver ses esprits et fuir ensemble vers des auspices plus heureux. Sinon, en cas de mouvements de danse révélant que l’individu est totalement contaminé, courir, seul, en bousculant toute entité souhaitant vous barrer le passage, nourrissons et chatons compris.

 Dans de tels instants, le potentiel séduction est au plus bas. A peine se sent-on assez honteux de reconnaître de quel artiste il est question. Inviter une personne à danser dans ces conditions relèverait forcément du trauma à vie : « allez, viens, on fait la Saga Africa ! »

 La mauvaise musique se reconnaît à la certitude d’une Apocalypse à venir en l’écoutant. Vous ne parvenez pas à déterminer si c’est le DJ, votre ex, qui tente de se venger de vous ou si c’est un simple bogue informatique. Et vous considérez, tétanisé, la capacité de nuisance de votre hôte, cet hérétique, à l’hermétisme musical suffisamment étendu pour programmer dans sa playlist la SEULE chanson de Mickael Jackson sur laquelle il est impossible de danser, entre Pitbull et Patrick F., sans faire une attaque.

 La musique est le nouveau critère de sélection des citadins en manque de valeurs sûres. Il est certain qu’un goût prononcé pour offrir des macarons pistache, un caractère foncièrement sympathique ainsi qu’une aptitude à mettre des chaussettes noires dans des souliers noirs demeurent un bon début mais, sans la bande-son idéale, tous ces beaux atouts s’évaporent !

 Alors, on fait comment ? On éteint la télévision, et on revient aux basiques : fouiner entre les vinyles, bichonner les disquaires de son quartier, aller en concert au hasard de la direction qu’ont pris nos pieds. Et écouter un album jusqu’à la fin (c’était quand, la dernière fois, hum?) même si la proposition musicale est complètement foutraque. On peut ne pas aimer James Blake (si,si, on peut) ; savoir qui c’est, c’est déjà un pas hors de la caverne mainstream.

Et si tu fais un petit effort, allez…je veux bien prendre un café avec toi…bon, au moins entrer dans le café avec toi…

Hauts les cœurs !

La “folk afro-belge” est un art à vivre.

Aller à la rencontre de la voix et de la guitare de Paul van Eersel, c’est réapprendre à découvrir la musique: surtout, se fier aux vibrations de son cœur, surtout, éviter les liens de filiation et autres raccourcis artistiques trop aisés. De la folk oui, en un français libérateur et une rythmique inattendue.

Dès lors, en se pressant à une de ses scènes, on s’étonne à peine d’éprouver le sentiment de retrouver une bande de copains que les aléas du quotidien auraient écartée de notre quotidien. Le sourire s’installe sur les lèvres pour ne plus les quitter, longtemps encore après la dernière corde pincée.
Un paysage musical où l’on va à la rencontre de l’autre, où l’on abandonne l’implacable temporalité pour se fixer sur un point de fuite chaleureux et arboré, cela reste un luxe précieux.

Lors de son dernier concert à l’Ogresse (Paris 20ème), un violoncelliste (Gabriel Mimouni) était de la fête, parsemant de touches lumineuses et délicates les mélodies saturées de bonheurs simples d’un artiste en état de joie pure. Défilent sous nos yeux les films sépia de notre enfance, en costume de Mardi Gras, des confettis pleins les cheveux. Un premier baiser, puis un second sous une pluie battante, en plein été. Et le soleil qui se glisse entre les doigts.

Écouter Paul van Eersel, c’est s’inonder du bonheur de vivre, à en perdre haleine.

NDA: l’expression “folk afro-belge” est sous copyright @Paul van Eeersel