Au corps de l’été

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L’été, je l’attends comme un Graal infini, le couronnement de tous mes efforts de l’année.

Parce que cet hiver, les coquillettes-gruyère n’ont pas eu raison de moi, oh non, pire encore, elles m’ont littéralement possédée, me faisant muter en über bonhomme Michelin rose, les poches pleines de Kinder Bready (œuvre du démon), un green-smoothie (pour les légumes) verrouillé à la main, tout en me fracassant au plafond de verre que représente l’inégalité salariale homme-femme.

J’ai méprisé les chouquettes mais les pizzas, mes amis, les pizzas devant une bonne série…renie ton père et ta mère pour la quatre fromages du jeudi soir, comme dit l’adage.

Une année durant laquelle j’ai cédé à l’angoisse de la balance en m’inscrivant au temple de la sueur et de l’ego sur-alimenté, j’ai nommé, la salle de sport. Un lieu béni où trois carrés de chocolat se convertissent irrémédiablement en une centaine de tractions. J’y ai découvert des muscles inconnus et les affres de la dure réalité (non, on ne peut pas perdre des cuisses tout en gagnant des seins en une heure de vélo).

Et puis, il y a eu la période électorale, durant laquelle ma consommation de glucides a sensiblement augmenté. La faute à mes angoisses nocturnes devant des chaînes d’info en continu m’expliquant que le FN, hein, et pourquoi pas ?

Oui, j’ai eu la satisfaction immense de traverser cette année au pas de course, entre quatre entretiens d’embauche particulièrement réussis (“On est bien d’accord : pas d’enfants pendant cinq ans, ok ?” / ” Gérer deux postes et être payée au Smic, ça vous convient ? “), quelques pauses cocas, quinze TER retardés, trois ruptures et autant de victoires.

J’ai croqué ces kilomètres la fourchette à la main et la mini-jupe aussi relevée que possible, courant à en perdre haleine après le temps, les projets personnels, piétinée par le manque de reconnaissance, la crainte d’échouer, mais brûlante d’une foi absurde en l’avenir. Alors après pareille année, j’ai hâte de parader en maillot deux pièces, bedaine triomphante, cuissot altier.

Mon corps de femme, moqué, vilipendé par les magazines féminins et leur littérature culpabilisante que j’utilise, à chaque solstice, en guise de tisons pour entretenir le foyer du barbecue.

Mon corps de femme, amoureux, épuisé, amaigri, rebondi, vibrant, critiqué, tatoué, affamé, dynamisé, éperdu. Les batailles de cette année l’ont façonné, et mon tour de hanche en est la fière récompense.

Durant ces grandes vacances, j’ai envie de la redécouvrir, cette bonne vieille enveloppe, libre, échaudée, désirante et inspirée, mon antre douce-amère où l’ambre précieux de mes amours imprime ses effluves au compte-gouttes.

Nos corps de femmes retrouvés, le temps d’un été.

Picture@Thomas Jackson « Take Out »

« Merci, mais je ne danse pas »

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L’été, les nuits s’étirent et les journées filent, occupées par de longues heures de planification de soirées. L’on a d’yeux que pour les afterworks (un truc de trentenaires, ça), les cinés en plein air et les glaces à l’eau trop sucrées. L’été arrive, et avec lui, une flopée de festivals,  bals de rue et autres concerts sauvages.

C’est à cette période de l’année que les filles, au grand dam des lois de la physiques et du confort, décident d’escalader leurs escarpins les plus vertigineux, qu’ils soient faits de corde, de bois ou de cuir. Elles ont à cœur de s’élever, à la chaude saison. Besoin d’une nouvelle perspective ? Nécessité d’éviter les gros lourds proches du sol ?

Les faits sont là et perdurent, malgré les chutes quotidiennes et autres torsions involontaires des chevilles.

Il ne s’agit pas de « savoir marcher avec ». Cela tiendrait plutôt de l’automutilation et de principes élémentaires de survie en milieu de mode aiguë. Comment résister à l’appel du huit centimètres et (surtout) plus, lorsque la vendeuse, glossée, peroxydée et juchée sur des salomés de douze (quinze?) vous fait remarquer que « dix, ça va encore, c’est supportable ». Supportable ? Mais qui supporte qui, à ce petit jeu là, Madame ? Certainement pas mes chaussures, non, elles ont pris leur indépendance depuis bien longtemps !

Les pieds des filles, en été, ne leur appartiennent plus. Elles trottinent tout juste, le port altier, bien que leurs orteils ne soient qu’un lointain souvenir. Il y a bien sûr les « autres », celles qui considèrent leur confort comme primordial mais qui pourrait prendre une jeune femme au sérieux avec des Birkenstock au pied ?

Ce constat s’adresse également aux hommes qui, dans leur grande sagesse, adoptent des attitudes décontractées au possible. Deux injections de rappel :

  • la pédicurie n’est pas un sport féminin. Non, messieurs, l’ongle incarné ne révélera jamais votre virilité. Votre notion floue de l’hygiène, cela est par contre certain;
  • le port de la sandale citadine ET orthopédique est formellement interdit. Mais à quoi reconnaître une telle sandale, me direz-vous ? Au seul fait que c’est une sandale pour homme, tout simplement.

L’été ne fait pas seulement le bonheur des podologues et la colère d’Anna Wintour. Il charrie également son flot d’estivants passablement frustrés. Car la danse, mes amis, la danse demeure la secrète formule qui saura changer un « bon été » en un « été de folie ». Les corps qui s’entrechoquent et s’enlacent, au nom de la déesse Chorégraphie improvisée, sont LA formule afin de réveiller les couples, booster votre ego, et agiter les particules de rencontres.

Alors, oui, les talons hauts sont tels des presse-purées ceints aux chevilles. Oui messieurs, les mocassins sans chaussettes, c’est comme déambuler nu sur le boulevard Jean Jaurès (on en a tous un près de chez soi). Pourtant, ils sont l’apanage de ceux qui osent se laisser aller à d’inexplicables gesticulations musicales avec style, au lieu de ressortir du placard à excuses le sempiternel « moi ? Non, non, merci, je ne danse pas ».

Comment cela, vous m’avez croisée avec des spartiates à Paris Plage? Malotru, va !

Hauts les cœurs !