Dans la tête de l’artiste, en toute intimité

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Ps: pas  de clip en guise de final mais des mots soulignés, qui vous mèneront, au fil de la lecture, vers les sons qui ont peuplé ma semaine 🙂

Qui ne s’est jamais interrogé sur le pacte secret qui nous lie à la musique ? Sur son inépuisable aptitude à nous révéler à nous-même, nous et nos instants de fragilité pure ou de vaillance absolue ?

Il est doux de se laisser porter par la mélodie, sans aucun a priori, juste en s’agrippant à elle, et de sentir nos pieds se détacher du sol. Libérés du poids de notre corps, nos lourdes carapaces craquent sous la pression de toutes nos pensées secrètes. Soudain, les voici qui reprennent plus que l’espace restreint où nous les avions circonscrites. Toute cette joie et ces larmes, enfin libérés.

Une mélodie, c’est un savant mélange de toute une gamme de matériaux précis. Pour commencer, il suffit de se placer dans la rue, dans un couloir de métro ou dans un grand magasin : la rencontre est là, qui couve l’artiste de ses longs cils. Elle lui offre de beaux entrechocs de personnalités, de quoi le faire trembler dans ses racines et l’éloigner de sa zone de confort. Elle sait que c’est souvent dans le regard ou le sourire d’un(e) autre que tout se joue. La belle personne, au bon moment, qui fera de son instrument le vecteur idéal d’expression, et la juste continuation de son bras.

Viendront s’ajouter, par touches rares et précieuses, des pincées de notes, dont l’évidence étonne toujours l’auditeur. Comme si l’artiste savait, par avance, qu’elle s’emboîtera à la perfection dans un repli de notre âme, dans un espace laissé vide par une émotion fugace, un amour qui s’éloigne, un rire oublié. Et de cette architecture de notes, de vies et de sentiments mêlés, la construction prend forme : une main serrée, des lèvres effleurées, une pierre posée.

Parfois, l’artiste a envie de tout renverser, parce que l’édifice ne correspond plus du tout à ce qu’il espérait. Il a grandit, et les bras sortent par les fenêtres, la tête par la cheminée. On m’a un jour soufflé : « ces titres qui sont en ligne, tu sais, ils sont trop anciens, j’ai vraiment évolué depuis, et j’ai envie de partager ça ». Et ce qu’ils disent, ces artistes en pleine croissance, ils le font, toujours plus fort, toujours plus lumineux. Une croissance sans bornes pour une architecture sublimée.

De mains tendues en équilibres instables, l’artiste fait de la vie une inspiration quotidienne, en songeant à alimenter le feu sacré à grandes brassées de concerts, sans lesquels il peine à savoir où il en est, et ce qu’il est déterminé à atteindre. Et il ne nous oublie pas pour autant: désormais, il nous octroie le plaisir discret de pénétrer les arcanes de son cheminement, car toutes les pierres mènent à…Lyon?

Certains s’arriment à des joies simples : “les mots sont tout aussi importants pour moi que la musique. J’aimerais que les gens fassent plus attention aux textes d’ailleurs (…) et qu’ils prennent du plaisir à les lire.”*

Suivre un artiste, c’est un peu s’arrimer aux battements de son coeur. C’est piocher dans son réel afin de faire de nos rêves des territoires d’exploration quotidiens. Il sait peu à peu nous mener vers nos climax respectifs, d’où nous serons balayés d’une indicible mélancolie vers une vrombissante montée d’enthousiasme, nous ramenant  à notre premier tour de manège, du temps où une bouchée de pomme d’amour suffisait à illuminer notre jour.

Reste la minute zéro, celle où il est bien là, de chair et de son, sous nos yeux étonnés (“il est beaucoup plus grand, en fait!” “Et ses yeux, ils sont bleus ou verts? “Elle est mariée? Zut…”), se mouvant vers la scène, la tête un peu basse, parfois pieds nus, le sourire discret, avant d’entamer le premier morceau, avec tout ce que la spontanéité de l’instant peut charrier comme moments de grâce.

Il prend son temps, boit une gorgée d’eau et ferme les yeux. Il est enfin à sa place et s’apprête à pénétrer nos coeurs, une effraction de velours. Entre chaque note, le voici qui glisse un peu de lui, faisant de nous des “je” à jamais meilleurs.

Haut les coeurs!

*: extrait d’une jolie interview

Crédit image@Philippe Geluck

« Merci, mais je ne danse pas »

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L’été, les nuits s’étirent et les journées filent, occupées par de longues heures de planification de soirées. L’on a d’yeux que pour les afterworks (un truc de trentenaires, ça), les cinés en plein air et les glaces à l’eau trop sucrées. L’été arrive, et avec lui, une flopée de festivals,  bals de rue et autres concerts sauvages.

C’est à cette période de l’année que les filles, au grand dam des lois de la physiques et du confort, décident d’escalader leurs escarpins les plus vertigineux, qu’ils soient faits de corde, de bois ou de cuir. Elles ont à cœur de s’élever, à la chaude saison. Besoin d’une nouvelle perspective ? Nécessité d’éviter les gros lourds proches du sol ?

Les faits sont là et perdurent, malgré les chutes quotidiennes et autres torsions involontaires des chevilles.

Il ne s’agit pas de « savoir marcher avec ». Cela tiendrait plutôt de l’automutilation et de principes élémentaires de survie en milieu de mode aiguë. Comment résister à l’appel du huit centimètres et (surtout) plus, lorsque la vendeuse, glossée, peroxydée et juchée sur des salomés de douze (quinze?) vous fait remarquer que « dix, ça va encore, c’est supportable ». Supportable ? Mais qui supporte qui, à ce petit jeu là, Madame ? Certainement pas mes chaussures, non, elles ont pris leur indépendance depuis bien longtemps !

Les pieds des filles, en été, ne leur appartiennent plus. Elles trottinent tout juste, le port altier, bien que leurs orteils ne soient qu’un lointain souvenir. Il y a bien sûr les « autres », celles qui considèrent leur confort comme primordial mais qui pourrait prendre une jeune femme au sérieux avec des Birkenstock au pied ?

Ce constat s’adresse également aux hommes qui, dans leur grande sagesse, adoptent des attitudes décontractées au possible. Deux injections de rappel :

  • la pédicurie n’est pas un sport féminin. Non, messieurs, l’ongle incarné ne révélera jamais votre virilité. Votre notion floue de l’hygiène, cela est par contre certain;
  • le port de la sandale citadine ET orthopédique est formellement interdit. Mais à quoi reconnaître une telle sandale, me direz-vous ? Au seul fait que c’est une sandale pour homme, tout simplement.

L’été ne fait pas seulement le bonheur des podologues et la colère d’Anna Wintour. Il charrie également son flot d’estivants passablement frustrés. Car la danse, mes amis, la danse demeure la secrète formule qui saura changer un « bon été » en un « été de folie ». Les corps qui s’entrechoquent et s’enlacent, au nom de la déesse Chorégraphie improvisée, sont LA formule afin de réveiller les couples, booster votre ego, et agiter les particules de rencontres.

Alors, oui, les talons hauts sont tels des presse-purées ceints aux chevilles. Oui messieurs, les mocassins sans chaussettes, c’est comme déambuler nu sur le boulevard Jean Jaurès (on en a tous un près de chez soi). Pourtant, ils sont l’apanage de ceux qui osent se laisser aller à d’inexplicables gesticulations musicales avec style, au lieu de ressortir du placard à excuses le sempiternel « moi ? Non, non, merci, je ne danse pas ».

Comment cela, vous m’avez croisée avec des spartiates à Paris Plage? Malotru, va !

Hauts les cœurs !

« Très chère Mademoiselle,

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J’ai abandonné l’idée de vous contacter via Facebook (trop adolescent), Hotmail (trop relation adultère). Et essayer de trouver l’adresse de votre domicile m’aurait donné l’air d’un pervers.

J’ai donc opté pour une missive rédigée par mes soins (dans le cas contraire, je connais un vieux monsieur dans mon immeuble qui fait cela très bien, quarante-cinq cents la ligne), et remise au bistrot que nous avons en commun. En toute simplicité. J’imagine très bien le petit sourire de ce cher Jean-Michel en vous déposant l’enveloppe avec votre café du matin.

Mademoiselle, il faut que j’en vienne très vite au fait, parce qu’attendre un jour de plus serait pure torture. Cependant, la lecture de ma lettre risque de vous faire le même effet si je n’en viens pas au plus vite aux faits.

J’appartiens à la catégorie des trentenaires apaisés, ceux dont les possibilités financières permettent de loger au cœur de la capitale, loin de la banlieue parentale, avec brunch et cinéma dominical et puis, avouons-le, un petit joint lorsque le cousin de retour d’Amsterdam s’avère d’humeur généreuse.

Tous les matins, je prends connaissance de mes mails en buvant mon café, je consulte mon répondeur et efface les derniers messages enflammés à la vodka de mon dernier amour d’un soir.

Dans la rue, je croise des femmes. Au travail, au bar, où je vous ai rencontrée, dans les transports… Et toujours, la même énigme insoluble pour tout célibataire n’ayant pas réussi à sortir du système éducatif l’alliance au doigt: mais comment s’y prenaient nos parents, grands-parents, aïeux pour séduire une femme ? Comment parvenir à parler à de telles vestales intransigeantes, écrasantes par leur maîtrise de leur beauté et de l’aura qu’elles parviennent à diffuser, tout autour d’elles ?

Ma vision de la femme moderne ne correspond en aucun cas au modèle plébiscité par nos aïeux (« une bonne femme, c’est d’abord une femme qui ne parle pas ») ni par celles qu’il m’est donné de côtoyer quotidiennement. Hautaines. Inéluctablement pressées. Parfumées. Pressées.

Pourtant, il me semble ne plus rien savoir de vous. Je feuillette, parfois, quelques magazines féminins. Que d’informations contradictoires ! A croire que la femme 3.0 prend soin de son corps, revendique son acceptation tout en adulant secrètement des minceurs synthétiques. Elle ne craint pas de commettre un adultère, y prend d’ailleurs un certain plaisir, sans pour autant s’en épancher auprès de ses amies. Elle drague mieux, boit trop, recherche un homme sans en faire une fixation ultime, au regard de son agenda aussi gondolé qu’une part de brioche dodue qu’elle troquera aussi sec pour un chai latte et une salade de fruit : l’apparence, dites-vous, peu m’importe mais aussi apparence, tu me tues.

Moi, Mademoiselle, je suis un homme absolument basique. Paresseux, sportif par nécessité car célibataire, parfois libidineux, romantique à ma manière. J’aime les chaussures italiennes et les costumes Paul Smith. Tous mes T-shirts sont de chez H&M mais je m’applique à faire croire à mes collègues qu’ils sont de chez Calvin Klein ou Cavalli.

Je crois en la féminisation du monde. A mes yeux, il ne s’agit là que d’un retour à la normalité, à une articulation logique autour de deux sexes. Cela reste très approximatif, mais bien prégnant : la femme s’arroge enfin la position dont on l’a privée depuis si longtemps. Tout est bien qui débute bien.

Pourquoi ma solitude, alors ? Serait-ce parce qu’à l’heure des Google glasses, l’homme ne serait toujours pas parvenu à définir sa place légitime au sein d’une société enfin mise à jour? Ne savions-nous donc vivre que sur l’asservissement de votre gent plutôt que sur des valeurs véritables? C’est que le temps du choix a sonné. Une véritable compagne ou une femme d’intérieur dévouée ? Une princesse de Clèves mutique dispensant bons plats et linges fraîchement repassés ou une working girl épanouie ? Virilité, ô Chère Virilité, dis moi ce que tu contiens et je te dirai si je m’y suis jamais retrouvé…

Alors veuillez excuser mon attitude d’hier. Je vous ai sifflée. Un long roucoulement sourd tout droit sorti d’une autre ère. J’avais bu, les copains me pressaient, vous évitiez mes oeillades…Vous m’avez lancé : « et ça se considère être un homme ? ».

Encore une poignée d’années de patience, Mademoiselle, et, je vous le promets, nous nous débarrasserons enfin de nos oripeaux d’homo erectus aux dents cariées. Ceux qui ne comprennent toujours pas que la place du mâle ne peut être définie que par le mâle lui-même – et non à votre détriment – oublient qu’il n’existe pas de voie annexe. Et revenir en arrière ne permet pas de regagner l’innocence passée. Surtout lorsque cette innocence là n’est que pure violence.

Veuillez croire en mon amitié la plus sincère,

Haut les cœurs,

Un homme contrit. »

 

 

« Let’s talk about sex»

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Et, à ce titre, rien ne vaut une immersion en terrain inconnu.

Du courage.
Je m’interroge sur la situation des livres interdits. Entre la section « Développement personnel » et « Naissance », je localise un micro rayon, une colonnade de cent quatre vingts centimètres sur quarante. Une fantaisie face au colossal rayon Régime-minceur et, lui faisant face telle une réponse/une cure, le secteur « Cuisine ». L’ultime pugilat entre bonne chère et mauvaises graisses, un délice de paradoxe.

La place semble désertée, juste quelques futures mamans et des chefs de rayon affairés. Pourtant, j’hésite: ne devrait-on pas attendre la bonne rencontre avant de se lancer dans de telles lectures ? Et si cela me renvoyait à une nouvelle sexualité, trop cérébrale, vide de toute spontanéité? Mais renverser les a priori de mes congénères homo sapiens aux ébats officiellement accomplis, cela n’a décidément pas de prix.

Admettre qu’on veut savoir…
Pas envie de m’endormir devant mon ordinateur, en mode navigation privée. L’objectif de cette immersion est aussi d’admettre que cette thématique est trop volontiers abandonnée à une triviale grivoiserie plutôt que d’être abordée frontalement. Un éternuement dans mon dos et je me jette sur le premier livre qui traîne : « Bientôt Papa ». La belle affaire.

Nouveau calme environnant. Je tend la main. Des éclats de rire. En nage, je fais mine de me passionner pour l’insondable « Comment réussir ses recettes à base de Kiri ». Une bande d’ados laisse éclater des voix en mue, et s’attarde à mes côtés, feuilletant le Kâmasûtra. Amateurs, va.

…et réaliser qu’on n’est pas seul dans ce cas.
Quelques hommes solitaires, la soixantaine boudeuse, se risquent à parcourir des yeux ledit rayon. Ils ne tremblent pas, se contentent de lire les titres roses, blancs (code couleur discutable) sans les toucher, tels des collectionneurs avisés. J’ose jeter un regard vers leurs visages : neutralité de l’expert. Interprétation choisie: “le sexe, bah, il n’y a que les novices et les gamins que ça excite. Moi, j’ai passé l’âge !”.

Redoublement de confusion sous mon chapeau à large bord (me cacher des regards indiscrets? Moi? Pff). Se documenter, est-ce impudique, ouvertement déviant ? Et si je filais plutôt avec un énième ouvrage de facture plus classique ? Un bon Nicolas Fargues, un Camus, un passe-montagne, tout est bon pour éviter la remise en question.

Deux jeunes femmes s’avancent. « D’après toi, comment je pourrais réussir à lui faire ÇA? » soupire l’une d’elle, sous la mine désolée de l’autre. Tout un programme! Mais où sont-elles donc passées, les conversations badines entre amis, autour de deux cafés latte? Celles qui vous empêchent de vraiment regarder dans les yeux  leurs  tendre moitiés? Planquées à l’ombre d’un volume de “Cinquante Nuances de Grey”, je suppose?

Je sais que je ne sais rien.
Une pause dans le fourmillement incessant de chalands m’indique le signal du « défi à soi-même de la journée ». Le crissement d’un chariot : je serre les dents, m’efforçant de faire taire mes craintes puritaines, ancrées dans chacune de mes phalanges tremblantes.

J’arrache de sa gangue de teck premier prix ma cible. Rien de neuf sous le soleil, si ce n’est le plaisir de lire une auteure qui, enfin, pose des substantifs précis et fournit un éclairage sincère sur ce qui reste un apprentissage, souvent relégué au bon-vouloir des partenaires (plus ou moins pédagogues) et de films en clair-obscur. L’instinct donc, et puis, surtout, la chance. Beaucoup de chance…
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Assumer toutes ses lectures.
Alors je me plonge dans mon livre, je souris, je redécouvre. Je tourne fébrilement les pages, avec la mine de quelqu’un qui brave un interdit, a brûlé la voiture du maire par erreur, qui a critiqué un artiste sans savoir que son interlocuteur était l’artiste en question et…c’est là que je repère une lectrice de quatre-vingts ans environ sur mon aile droite. Elle fixe la couverture, suivi d’un clin d’œil complice… Really ?

En caisse, je présente quatre ouvrages, dont trois de cuisine.  Pâtisserie et câlineries, pourquoi choisir?

Haut les cœurs !

“Pourquoi le bon mec ne se trouve jamais dans le bon wagon?”

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…sachant que le seul wagon qui existe reste le nôtre, retraçons ensemble le postulat de départ.

Il y a de ces jours où l’on se sent particulièrement prête à séduire et à être séduite. Tout a été mis en œuvre: les ongles sont sertis de la bonne teinte, notre crinière, aussi souple que dans une réclame, glisse voluptueusement sur notre front. Notre émail dentaire devient un phare dans la brume matinale, les piétons dansent au son de “Let’s dance” sur notre passage, les voitures nous laissent traverser au feu vert et klaxonnent comme pour un mariage.
Oui, il y a de ces jours où notre potentiel à choper ne fait aucun doute. Et c’est malheureusement en de tels instants que l’élégie tourne à la parodie, une sorte de énième “Die Hard” où l’on note qu’après dix-huit cascades et douze truands éliminés, l’homme chauve à l’écran n’est pas Bruce Willis:

→ Scénario n° 1, “la malédiction de la rame d’en face” :

Les portes du compartiment s’ouvrent. Vous vous efforcez de choisir le strapontin le moins hygiéniquement douteux. Vous vous retenez d’un doigt à l’une des barres du métro, juste un doigt, hein, car, et cela est de notoriété publique, les microbes ne colonisent que les mains entièrement agrippées. Passons.
Vous tournez la tête vers la vitre et, what? Un brun, un blond cendré, un roux, un rasé vous contemplent, vous, la Désirable ! Et ce sourire qui répond au vôtre : enfin des hommes à jeun qui ne craignent pas les femmes sûres d’elles! Mais la lumière s’éloigne: vous plaquez votre visage contre la vitre, faisant fi de toutes les précautions sanitaires élémentaires, le nez et la bouche écrasés contre la glace pour mieux distinguer (?!) les silhouettes célestes déjà passées, l’oeil hagard…Vous faites peur à voir.

Pourquoi diantre a t’il fallu que vous choisissiez la direction de métro que n’empruntent que les vieux, les enfants et les harpies? Affrète t’on des rames spécialement pour les beaux garçons résidant dans le sens opposé? Existe t’il un numéro vert où l’on peut s’inscrire?
Lorsque l’incident devient la loi, on peut aisément convenir que cela tient de la malédiction. Quant à ce picotement dans votre gorge, c’est la certitude d’une journée fichue à venir…

→ Scénario n° 2, “le supplice des deux wagons d’avant”:

Toujours aussi belle et désirable. Vous atteignez enfin votre quai en bon état de séduire, malgré ces interminables couloirs nauséabonds, notamment grâce à un déodorant dont une goutte seule ferait fondre de l’acier. Comme des milliers de citadins, vous avez pris la savante habitude de vous placer au niveau de l’embouchure de votre sortie/changement. Corollaire immédiat : LE beau mec du jour vous passe littéralement sous le nez, deux wagons avant le vôtre, avec juste assez de cette attitude parfaitement sereine et décontractée pour laisser s’insinuer en vous l’atroce pressentiment qu’il aurait consenti de bonne grâce à un café en votre compagnie. Ce chien qui aboie en vous regardant fixement? Si, si, il se fiche de vous.

Alors? Jusqu’à quand, ces opportunités qu’on ne peut rattraper et qui filent entre les mailles du temps, qui coulent le long de nos bras ballants?
La routine est un fichu salaud et, de ce fait, suffisamment prévisible pour être dompté. Car, il est temps de se l’avouer, la peur de l’échec et de la désillusion est curieusement la plus forte de nos angoisses. Personnellement, je n’ai encore jamais vu quelqu’un se faire brutalement éconduire par un homme: “PARDON? ME PROPOSER UN CAFÉ? VOUS ÊTES CINGLÉE !!”
Houspiller les vendeurs ambulants de roses n’y changera rien, il va falloir tenter une expérience relevant de l’hystérie pure : détacher son nez d'”A Nous Paris” et faire retrouver l’usage de nos zygomatiques un peu rouillés, faute de flexions régulières. Comment cela, vous ne voyez rien?
Et ce pardessus kaki, à côté de l’abominable personnage sur votre droite, le nez dans son bouquin, ne serait-ce pas un potentiel Lui? Et ledit abominable personnage d’ailleurs qui, une fois sa frange relevée, s’avère être un spécimen tout à fait plaisant, bien que passablement renfrogné par un vilain rhume, qu’en fait-on ?
Bousculer le bon vieux quotidien ou survoler sa vie sans obligation d’achat, il va falloir choisir.

Haut les cœurs !

Crédit photo : Mattel

“Femme qui rit va t’elle (vraiment) au lit?”

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«…et c’est là que j’ai sorti mon nez rouge de ma poche de veste »

Eclat de rire de la Belle tant convoitée. Ses dents rayonnent telles les facettes polies du diamant que vous espérez qu’elle souhaitera peut-être que vous lui glissiez un jour au doigt, mais cela est déjà une autre histoire. Elle a la beauté singulière des femmes de goût, rayonne. De ses mouvements exhale l’Ambre de Serge Lutens. C’est celle qu’il vous faut, cela ne fait pas l’ombre d’un doute. Et puis, pierre précieuse ou pas, un coït dans les règles de l’art entre adultes consentants, ce serait déjà très satisfaisant.

Pour le moment, vous constatez que votre méthode d’approche longuement rôdée auprès de ses camarades du sexe faible fonctionne enfin. Oui, c’est bien sa main douce aux ongles vernis qui se déroule sur votre avant-bras, c’est bien dans son regard profond que se reflètent vos yeux, c’est le son de sa voix que votre cerveau télécharge automatiquement dans votre bibliothèque musicale du siècle, aux côtés de Neil Young et de Jack Of Heart.

Vous le sentez bien, depuis quelques semaines, elle semble vous attendre à la machine à café. Elle est délicatement vêtue (à votre attention?), soutient votre regard et n’est pas avare de clins d’oeil lorsqu’au détour d’un couloir ou d’une baie vitrée, vous vous croisez, malgré le tourbillon de la vie professionnelle ou sociale à la faveur desquels vous vous êtes rencontrés.

Alors, ferrée?

Pour répondre à cette question au plus vite, et vous éviter de vous retrouver devant un Conseil disciplinaire extraordinaire, voire au tribunal pour délit sexuel, ou, pire, d’être éconduit sur la place publique dans votre beau costume anglais et souliers Church’s acquis spécialement pour l’occasion, revenons à la génèse de la Femme moderne.

La lecture, l’écriture, la régulation de la fertilité, la musique, le droit de vote, autant de domaines et libertés où les femmes excellent et où l’homme n’a plus le privilège exclusif. Il est loin, le temps où Amantine Aurore Lucille Dupin signait ses œuvres George Sand afin d’éviter la vindicte de ses pairs écrivains. Plus d’époux dévoué afin de faire états de précieuses avancées scientifiques tel Monsieur Curie pour son illustre épouse. La femme est devenue savante, cela est certain. Quoi, vous l’aviez compris depuis des lustres ? Bien, bien…Dès lors, pourquoi tant d’hésitations devant votre Belle ?

Il semble que votre cogito ait saisi bien avant votre instinct de chasseur que la femme s’est ancré solidement dans son rôle d’animal politique. Et, comme tel, elle évolue dans différents cercles, cherchant parfois partenaires ou, plus trivialement, un entourage amical. Et que font les amis ? Ils échangent sur diverses thématiques, se trouvent des points communs, se lancent des piques innoffensives, se touchent le bras, l’épaule, pour appuyer un propos ou une confidence, plaisantent, rient à gorge déployée. Oui ! La femme aime rire, non pour flatter votre ego de mâle hésitant mais parce que le rire et la camaraderie font partie intégrante de sa nature, tout comme vous.

Cessez donc vos billevesées d’un autre âge, et, avant de vous fourvoyer honteusement en prenant votre Douce pour une sotte qui n’aurait pour unique body language révélateur qu’un simple élan naturel du corps face à un propos effectivement hilarant (oui, vous parvenez à être drôle, rassurez-vous ! Du moins, à défaut de séduire, héhé), relisez donc les lettres de Victor Hugo à Juliette Drouet (www.juliettedrouet.org). Dès lors, vous aurez le bagage nécessaire pour prolonger votre cour plus adroitement et, de là, rechercher d’autres signes plus probants de la possibilité d’une ile, avec elle pour unique partenaire de solitude.

Haut les cœurs!

Crédit photo : @pixers.fr