Pour devenir un timide heureux, musclez donc votre vision latérale

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Il s’agit ici d’admettre une tendance naturelle qui commence peu à peu à nous empêcher de conclure, et ce en tout point : la Timidité. Oui, elle est, passé un certain âge, un crime d’état. « Mais c’est mignon, un Timide, cela rougit brusquement, comme s’il bouillonnait intérieurement! » Non, ça, c’est de la colère envers la vacuité de tes remarques, mais passons…

Solide manque de confiance en soi, soupçon d’ego en berne (visionnage d’un long métrage avec Nicolas Cage post « Volte-Face », énième client de bar PMU fleurant bon le pastis vous accostant au pied de votre immeuble…) et un bon cor plantaire: ça y est, vous y êtes, l’espiègle Fée Timidité ne vous lâchera pas d’une semelle. Prenant soudain possession de la moindre de vos émotions sans même une petite sonnerie d’alerte sur votre smartphone, la voici qui profite de votre coup de grisaille pour vous conférer la souplesse et la spontanéité d’un éléphant chaussé de ballerines en mousseline de béton.

Ce n’est pas par mauvaise volonté, mais la perspective de devoir affronter une soirée d’une trentaine de personnes, avec pour seule compagne une verrine tomate-pois gourmands, ou un entretien d’embauche face à un jury – Gollum, Grincheux et Chucky – si elle reste une occasion de se dépasser, peut très vite virer à l’épreuve olympique.

Et si les réseaux sociaux deviennent les nouveaux pinceaux du néo-Timide, lui permettant de tracer des lignes sur une toile jamais vraiment entamée, ils lui confèrent l’avantage (l’illusion) de se bâtir une vie sociale numérisée, loin des remous de la jungle urbaine et des restaurants en vogue. Il croit vaincre son démon domestique en se manifestant à mots couverts.

Lui qui aime tant la tiédeur ouatée de ses infernales hésitations, il est donc temps de l’en extirper, avec un ménagement tout relatif. En la matière, chez les Gens Pressés, nous y excellons. Le tout est de commencer par petites touches (non, les agressions physiques ne l’aideront pas, on a déjà essayé, sans succès).

Tout d’abord, tenter des expériences gustatives inédites, comme le foie gras en guise de quatre heures en compagnie d’une bande de voisins bavards et passablement éméchés. La honte, de manière surprenante, lui forgera une solide assurance.

Ensuite, quelques soirées interlopes à l’Espace B, là où il est certain de ne croiser que des félins dans son genre, la mine basse, l’air taiseux mais avec un œil qui frise à chaque nouvelle arrivée/arrivant(e).

Enfin, le convaincre qu’il n’y a pas de moment idéal pour fuir la routine liée à l’entrée dans l’âge adulte: parler au moins une fois dans la journée à un(e) inconnu(e) (non, la boulangère, ça ne compte pas, d’ailleurs, ô mes aïeux, mais que faîtes-vous donc dans une boulangerie en pleine saison du mono-kini ?), oser s’adresser au serveur quant au plat du jour plutôt que d’enfourner inlassablement une salade César trop sèche (que vous abhorrez, de toute manière).

Et puis saupoudrez le tout de paillettes et de rouge à lèvres couleur grenat. Quoi, vous portez la moustache? Vous devriez, dans ce cas, grâce à votre super-vison latérale (ultra-développée chez les Timides avertis, leur permettant de voir sans être vus) déjà être en train d’offrir une boisson fraîche à cette jeune fille, assise en compagnie d’un livre dont elle relit la cinquième page pour la dixième fois depuis qu’elle a croisé votre regard. Et oui, entre timides, l’entraide, ça n’a pas de prix.

Haut les cœurs !

Crédit photo @Walt Disney

Dans la tête de l’artiste, en toute intimité

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Ps: pas  de clip en guise de final mais des mots soulignés, qui vous mèneront, au fil de la lecture, vers les sons qui ont peuplé ma semaine 🙂

Qui ne s’est jamais interrogé sur le pacte secret qui nous lie à la musique ? Sur son inépuisable aptitude à nous révéler à nous-même, nous et nos instants de fragilité pure ou de vaillance absolue ?

Il est doux de se laisser porter par la mélodie, sans aucun a priori, juste en s’agrippant à elle, et de sentir nos pieds se détacher du sol. Libérés du poids de notre corps, nos lourdes carapaces craquent sous la pression de toutes nos pensées secrètes. Soudain, les voici qui reprennent plus que l’espace restreint où nous les avions circonscrites. Toute cette joie et ces larmes, enfin libérés.

Une mélodie, c’est un savant mélange de toute une gamme de matériaux précis. Pour commencer, il suffit de se placer dans la rue, dans un couloir de métro ou dans un grand magasin : la rencontre est là, qui couve l’artiste de ses longs cils. Elle lui offre de beaux entrechocs de personnalités, de quoi le faire trembler dans ses racines et l’éloigner de sa zone de confort. Elle sait que c’est souvent dans le regard ou le sourire d’un(e) autre que tout se joue. La belle personne, au bon moment, qui fera de son instrument le vecteur idéal d’expression, et la juste continuation de son bras.

Viendront s’ajouter, par touches rares et précieuses, des pincées de notes, dont l’évidence étonne toujours l’auditeur. Comme si l’artiste savait, par avance, qu’elle s’emboîtera à la perfection dans un repli de notre âme, dans un espace laissé vide par une émotion fugace, un amour qui s’éloigne, un rire oublié. Et de cette architecture de notes, de vies et de sentiments mêlés, la construction prend forme : une main serrée, des lèvres effleurées, une pierre posée.

Parfois, l’artiste a envie de tout renverser, parce que l’édifice ne correspond plus du tout à ce qu’il espérait. Il a grandit, et les bras sortent par les fenêtres, la tête par la cheminée. On m’a un jour soufflé : « ces titres qui sont en ligne, tu sais, ils sont trop anciens, j’ai vraiment évolué depuis, et j’ai envie de partager ça ». Et ce qu’ils disent, ces artistes en pleine croissance, ils le font, toujours plus fort, toujours plus lumineux. Une croissance sans bornes pour une architecture sublimée.

De mains tendues en équilibres instables, l’artiste fait de la vie une inspiration quotidienne, en songeant à alimenter le feu sacré à grandes brassées de concerts, sans lesquels il peine à savoir où il en est, et ce qu’il est déterminé à atteindre. Et il ne nous oublie pas pour autant: désormais, il nous octroie le plaisir discret de pénétrer les arcanes de son cheminement, car toutes les pierres mènent à…Lyon?

Certains s’arriment à des joies simples : “les mots sont tout aussi importants pour moi que la musique. J’aimerais que les gens fassent plus attention aux textes d’ailleurs (…) et qu’ils prennent du plaisir à les lire.”*

Suivre un artiste, c’est un peu s’arrimer aux battements de son coeur. C’est piocher dans son réel afin de faire de nos rêves des territoires d’exploration quotidiens. Il sait peu à peu nous mener vers nos climax respectifs, d’où nous serons balayés d’une indicible mélancolie vers une vrombissante montée d’enthousiasme, nous ramenant  à notre premier tour de manège, du temps où une bouchée de pomme d’amour suffisait à illuminer notre jour.

Reste la minute zéro, celle où il est bien là, de chair et de son, sous nos yeux étonnés (“il est beaucoup plus grand, en fait!” “Et ses yeux, ils sont bleus ou verts? “Elle est mariée? Zut…”), se mouvant vers la scène, la tête un peu basse, parfois pieds nus, le sourire discret, avant d’entamer le premier morceau, avec tout ce que la spontanéité de l’instant peut charrier comme moments de grâce.

Il prend son temps, boit une gorgée d’eau et ferme les yeux. Il est enfin à sa place et s’apprête à pénétrer nos coeurs, une effraction de velours. Entre chaque note, le voici qui glisse un peu de lui, faisant de nous des “je” à jamais meilleurs.

Haut les coeurs!

*: extrait d’une jolie interview

Crédit image@Philippe Geluck

La conspiration de la dosette attendra

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N’avez-vous jamais remarqué son petit air supérieur avec son opercule rutilant ? A peine née qu’elle prend déjà toute la place dans notre budget. D’ailleurs, quand on va s’en procurer, on a presque l’air de toxicos, le portefeuille bien en place, fiévreux à l’idée d’acquérir nos doses.

Un lieu spécialement dévoué à son nectar sacré lui a été érigé. Tons mats et murs polis, vitres légèrement occultantes. Un personnage tout endimanché vous adresse la parole tel à un baron, alors que dix minutes auparavant, vous n’étiez qu’un simple quidam.

Votre bon goût vous aurait-il sauvé de l’anonymat ?

Le café, enfermé dans un minuscule réceptacle d’aluminium, semble vous avoir soudain permis de prendre du galon. Adieu donc, pauvre fève, toi et ton odeur âcre de toasts carbonisés. D’ailleurs, on ne s’en souvient presque plus. Et ce ne sont pas les soupçons philosophiques d’un Raphaël Enthoven courroucé, dans sa « Matière première » (éd. Gallimard) qui diront le contraire.

Il faut admettre que le bon goût n’est pas aisé à définir. Il adopte chaque jour des codes différents. La junk-food est devenue healthy, dès lors que servie avec un steak informe et un emballage en carton recyclé. Le fait-main s’est enfin débarrassé de son aura de loisirs “Femme Actuelle”, du moins, associé à un sac à main créateur.

Le bon goût supposé rassure autant qu’il interroge sur notre aptitude à reconnaître ce qui est bon. Un peu comme ces dosettes justement calibrées pour une expérience gustative définie…par un chef de produit en gants de plastique. Et un torréfacteur, c’est un postier tourangeau. Comment cela, n’importe quoi?

Ma grand-mère disait : « ce que la foule acclame à grands cris, très vite l’oublie ». Oui, elle parlait un peu comme Maître Yoda, passons. Mais c’est dire à quel point le goût adhère, peu à peu, parfaitement aux tendances insufflées par le marché. Un peu de pastille effervescente goût thé?

Allez quoi ! Avouons qu’en pénétrant chez Nespresso, on espère UN PEU que le vendeur/confesseur/grand intendant aura autant d’égards pour nous que pour les sourcils grisonnants de Sexy-Georges. Car se faire servir avec déférence confère l’assurance d’être sur la bonne voie.

Et puis parfois, comme une persistance rétinienne inattendue, on se surprend à se contenter d’un bon jus bien corsé, à base de grains de café fraîchement moulus et pire, d’aimer cela passionnément, au point de démonter notre machine à dosettes pour en faire une fusée pour notre neveu.

Tu voudras autre chose avec ton expresso? Quoi? Du lait lyophilisé? Tu sors par la fenêtre, tout de suite.

Hauts les cœurs !

Fumée-moi?

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Le tabac tue. Le tabac pue.

Même si la bouche qui serre la clope touche au sublime, on pourra difficilement lui pardonner nos cheveux enfumés, nos narines irritées. Et le regard suspicieux de nos proches “mais puisque je te dis que je ne fume pas!“. Cependant, entre deux quintes de toux, on peut offrir au mégot un intérêt plus sincère.

La cigarette est un vilain défaut. Celui de ceux qui ne parviennent pas à exister cinq minutes sans tenir un bout de papier tiède entre les lèvres. De ceux qui considèrent qu’un café le matin ne s’accompagne pas de tartines grillées mais d’un fumet âcre et amer. C’est le défaut de ceux qui n’ont toujours pas compris que dans une cigarette, il n’y avait quasiment pas de tabac.

Alors, pourquoi avoir envie de fumer, maintenant que l’information se propage à une vitesse inouïe, qu’on ne peut que juger coupable ce ”bâton de cancer” et que la circonstance atténuante du « bin, je ne savais pas » demeure irrecevable?

Parce que cela reste un étrange instrument de socialisation, cette fichue baguette. Elle fascine, et interroge notre solitude. S’en griller une revient à décider pour soi, envers et contre tout et tous, malgré la terrible réalité à laquelle est aussitôt rattaché tout fumeur de gitanes. Elle favorise la conversation en pleine rue, réunit après un repas, oppose les collègues. Elle fait circuler des millions de consommateurs sur une corde raide et courte, si courte !

Cette fumée s’échappe des commissures des lèvres telles des hésitations qui s’envolent et des inquiétudes qui se consument, enfin. Une cigarette, c’est une introspection de goudron et un remord à chaque bouffée.

Quelle est donc la cause profonde de cet étrange rituel dont tous connaissent la funeste issue ? La faute à Uma Thurman, toute perruquée de noir, un bâtonnet entre les doigts ? La responsabilité est-elle à rechercher auprès de la figure tutélaire du père ou du grand-père, s’en grillant une paisiblement, le front penché sur son journal ? Ou ce satané Lucky Luke, son petit air supérieur et son slim bien trop moulant?

La cigarette est un des rares sujets à pouvoir réunir des convives autour de thématiques aussi variées que la santé, l’économie, la naissance, la fin de vie, le respect d’autrui, le destin. Un simple mélange de produits toxiques pour parvenir à des conversations hautement philosophiques, sans même le réaliser et s’ennuyer.

Il ne sera jamais l’heure de réhabiliter la cigarette. Tenter de saisir toutes les nuances de la psyché de son consommateur pourrait peut-être offrir des réponses plus percutantes, tant le tabac s’imbrique dans un genre social singulier (et auquel le succès des enseignes dédiées à la cigarette électronique fait évidemment écho). L’avenir aura t-il donc la forme de narines fulminantes ?

Quant aux autres, les conquis et récidivistes, mis à part cacher leur briquet, la zone fumeur sous la canicule, la pluie et le froid reste un mode de pression tout à fait fascinant.

Hauts les cœurs !

« Dis -moi ce que tu écoutes, et je te dirai…nooOO!!»

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Êtes-vous musico-hypersensible ? C’est une pathologie de plus en plus courante, qui sévit chez ceux qui considèrent que W9 est à la musique ce que Cerbère est à l’antre des Enfers : le taulier de nos cauchemars. Elle se manifeste dans les lieux réunissant de larges foules : boîtes de nuit, cafés-concerts, soirées d’anniversaire chez des amis.

Vue d’ensemble: vous sirotez en paix une flûte de champagne. Soudain, vos tympans sifflent, vous avez chaud puis très froid. Et, dans votre torpeur, un son infernal s’insinue sournoisement dans votre esprit bouleversé. Il y a trop de monde pour hurler d’éteindre la musique, et puis, vous n’êtes pas chez vous. Alors, vous subissez vos symptômes en silence tandis que s’acharnent sur vos oreilles des effluves rétro-électro-dance toxiques.

 Comble de l’horreur, votre proie, la silhouette que vous aviez élue pour vous raccompagner chez vous fredonne le son démoniaque ! Pire, elle bat la mesure de ses souliers Rautureau vernis ! Et tend les bras vers vous, vous proposant instamment d’entrer dans la danse, de vous oublier, au son du potage infâme !

 Solution : un coup de sac baguette sur son nez, afin de lui faire retrouver ses esprits et fuir ensemble vers des auspices plus heureux. Sinon, en cas de mouvements de danse révélant que l’individu est totalement contaminé, courir, seul, en bousculant toute entité souhaitant vous barrer le passage, nourrissons et chatons compris.

 Dans de tels instants, le potentiel séduction est au plus bas. A peine se sent-on assez honteux de reconnaître de quel artiste il est question. Inviter une personne à danser dans ces conditions relèverait forcément du trauma à vie : « allez, viens, on fait la Saga Africa ! »

 La mauvaise musique se reconnaît à la certitude d’une Apocalypse à venir en l’écoutant. Vous ne parvenez pas à déterminer si c’est le DJ, votre ex, qui tente de se venger de vous ou si c’est un simple bogue informatique. Et vous considérez, tétanisé, la capacité de nuisance de votre hôte, cet hérétique, à l’hermétisme musical suffisamment étendu pour programmer dans sa playlist la SEULE chanson de Mickael Jackson sur laquelle il est impossible de danser, entre Pitbull et Patrick F., sans faire une attaque.

 La musique est le nouveau critère de sélection des citadins en manque de valeurs sûres. Il est certain qu’un goût prononcé pour offrir des macarons pistache, un caractère foncièrement sympathique ainsi qu’une aptitude à mettre des chaussettes noires dans des souliers noirs demeurent un bon début mais, sans la bande-son idéale, tous ces beaux atouts s’évaporent !

 Alors, on fait comment ? On éteint la télévision, et on revient aux basiques : fouiner entre les vinyles, bichonner les disquaires de son quartier, aller en concert au hasard de la direction qu’ont pris nos pieds. Et écouter un album jusqu’à la fin (c’était quand, la dernière fois, hum?) même si la proposition musicale est complètement foutraque. On peut ne pas aimer James Blake (si,si, on peut) ; savoir qui c’est, c’est déjà un pas hors de la caverne mainstream.

Et si tu fais un petit effort, allez…je veux bien prendre un café avec toi…bon, au moins entrer dans le café avec toi…

Hauts les cœurs !

« Merci, mais je ne danse pas »

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L’été, les nuits s’étirent et les journées filent, occupées par de longues heures de planification de soirées. L’on a d’yeux que pour les afterworks (un truc de trentenaires, ça), les cinés en plein air et les glaces à l’eau trop sucrées. L’été arrive, et avec lui, une flopée de festivals,  bals de rue et autres concerts sauvages.

C’est à cette période de l’année que les filles, au grand dam des lois de la physiques et du confort, décident d’escalader leurs escarpins les plus vertigineux, qu’ils soient faits de corde, de bois ou de cuir. Elles ont à cœur de s’élever, à la chaude saison. Besoin d’une nouvelle perspective ? Nécessité d’éviter les gros lourds proches du sol ?

Les faits sont là et perdurent, malgré les chutes quotidiennes et autres torsions involontaires des chevilles.

Il ne s’agit pas de « savoir marcher avec ». Cela tiendrait plutôt de l’automutilation et de principes élémentaires de survie en milieu de mode aiguë. Comment résister à l’appel du huit centimètres et (surtout) plus, lorsque la vendeuse, glossée, peroxydée et juchée sur des salomés de douze (quinze?) vous fait remarquer que « dix, ça va encore, c’est supportable ». Supportable ? Mais qui supporte qui, à ce petit jeu là, Madame ? Certainement pas mes chaussures, non, elles ont pris leur indépendance depuis bien longtemps !

Les pieds des filles, en été, ne leur appartiennent plus. Elles trottinent tout juste, le port altier, bien que leurs orteils ne soient qu’un lointain souvenir. Il y a bien sûr les « autres », celles qui considèrent leur confort comme primordial mais qui pourrait prendre une jeune femme au sérieux avec des Birkenstock au pied ?

Ce constat s’adresse également aux hommes qui, dans leur grande sagesse, adoptent des attitudes décontractées au possible. Deux injections de rappel :

  • la pédicurie n’est pas un sport féminin. Non, messieurs, l’ongle incarné ne révélera jamais votre virilité. Votre notion floue de l’hygiène, cela est par contre certain;
  • le port de la sandale citadine ET orthopédique est formellement interdit. Mais à quoi reconnaître une telle sandale, me direz-vous ? Au seul fait que c’est une sandale pour homme, tout simplement.

L’été ne fait pas seulement le bonheur des podologues et la colère d’Anna Wintour. Il charrie également son flot d’estivants passablement frustrés. Car la danse, mes amis, la danse demeure la secrète formule qui saura changer un « bon été » en un « été de folie ». Les corps qui s’entrechoquent et s’enlacent, au nom de la déesse Chorégraphie improvisée, sont LA formule afin de réveiller les couples, booster votre ego, et agiter les particules de rencontres.

Alors, oui, les talons hauts sont tels des presse-purées ceints aux chevilles. Oui messieurs, les mocassins sans chaussettes, c’est comme déambuler nu sur le boulevard Jean Jaurès (on en a tous un près de chez soi). Pourtant, ils sont l’apanage de ceux qui osent se laisser aller à d’inexplicables gesticulations musicales avec style, au lieu de ressortir du placard à excuses le sempiternel « moi ? Non, non, merci, je ne danse pas ».

Comment cela, vous m’avez croisée avec des spartiates à Paris Plage? Malotru, va !

Hauts les cœurs !

Eternel masculin vs Girl Power

girl power

« On ne vous comprend plus !» « Pas besoin, hé, macho ! » «Que voulez-vous de nous ? » « Tout, Monsieur Moustache, tout ! »

Ô joie singulière et apaisante de vivre ensemble. De s’écouter. De se comprendre. Bon, où en est-on ?

Les Femen. Pas du tout violentes. Pas du tout hurlantes. Mais comment font-elles pour se trouver sur tous les continents, à une vitesse incroyable ? Démultipliées, elles sont partout, et nous enveloppent d’un halo de colère indicible. Leurs corps bariolés de slogans militants rappellent les peintures cérémonielles des guerriers tribaux. Leurs torses nus s’apparentent à ceux des augustes chefs de guerre maoris. Là où certains ne repèrent que des seins exhibés, on peut aussi y voir des lutteuses prêtes  à l’assaut.

De quel phénomène ce débordement de rage est-il donc l’écho? Se poser la question laisse songeur…

…aurait-on déjà oublié ? Omis que, par exemple et très étrangement, il apparaît que les jeunes femmes ressentiraient le besoin de gagner un salaire équivalent à celui de la gent du sexe fort, histoire de pouvoir le dépenser sans regret en savons Lush et compensées Marant, voire et/ou en livres. Le choc.

De plus, les missions ponctuelles ne les tenterait plus, non, un CDI matcherait beaucoup mieux avec leur nouvelle veste tweed. Et puis les coups, alors ça, non, plus possible : envie de profiter de leur exceptionnelle longévité, sans exception.

Enfin, déguster un pot de glace tranquille devant un film, sans constater que dans le dernier spot télévisé vantant un parfum, le mannequin ne s’est toujours pas décidée à revêtir un peignoir, histoire de conserver un peu de ce mystère que son regard lustré ne permet plus de deviner…

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Non, voir un homme nu dans une publicité pour un appareil photo n’est définitivement pas la solution : à discrimination égale, bonheur retrouvé ? Vraiment ? A moins d’obtenir le droit de les sélectionner…

C’est que l’homme idéal commence à prendre forme. Ferme, mais aussi doux et compréhensif. Qui sait conserver sa part féminine tout en gardant un œil ému sur nos derniers achats compulsifs chez Bruuns Bazaar. La galanterie ET le machisme discret. Oui, les hommes font des efforts: ils se laissent pousser la barbe tout en sachant distinguer un pull Comme des Garçons d’une veste customisée Andrea Crews. Et ils ont presque accepté le fait que les demoiselles sachent siffler les passants aux terrasses des cafés, faire des tartes, fumer et jurer comme des corsaires.

Cela mérite donc bien un petit effort. Promis, à l’avenir, les filles seront plus douces. Et les Femen pourront enfin s’habiller chaudement ; c’est certain qu’elles n’attendent que cela. Juste le temps de faire fondre l’iceberg de vingt siècles d’inégalité et ce sera prêt. Mais oui, puisque on vous dit que c’est une promesse !

Haut les cœurs !

A boire!

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On s’est juré de ne plus boire que de l’eau bien limpide en soirée. Et non, la vodka ne peut pas être une candidate à cette abstinence. Un panaché, à la rigueur, mais cela fait tellement alcoolique repenti ou adolescent en goguette qu’on préfère le siroter sans plaisir lors des apéros en famille, à la table des enfants.

On s’est donc mis au Cola. C’est bien, le Cola, tout le monde aime son petit goût de caramel et ses extraits de végétaux…végétaux. Et puis le sucre réconforte les coeurs solitaires, c’est bien connu. Bon, le diabète est un présent fréquent dudit breuvage mais qui aime bien insuline bien, non? Euh, non.

Dès lors, les options se réduisent. On ne boit pas de thé  en soirée, encore moins du lait de soja glacé. Déjà pour la théière qui ne rentre pas dans le sac à main. Ensuite pour la non-saveur de la sève d’une plante grimpante. Et, surtout, pour l’absence d’effet désinhibant. Que serait donc une soirée sans baisers volés auprès d’un repoussant personnage, d’une nymphe s’avérant moustachue? Faudrait-il renoncer au grand délice du rire tonitruant en plein silence, de la main lourdement posée sur une épaule non-consentante? Et la confession publique de ses sentiments enfouis, l’effacement de la crainte ancestrale du ridicule, on oublie?

Ce n’est pourtant pas mentir que d’admettre qu’une tentative d’approche amoureuse ne peut se dérouler convenablement que dans un état second: euphorie (al)chimique, exceptionnelle bonne humeur du fait d’une promotion à la tête du groupe Pernod Ricard©…

…alors, à défaut, on fait avec ce que l’on a…et on boit.

Bien sûr que l’alcool amenuise tout, de la durée du coït à la simple longévité mais il fait comme partie du tableau de famille: c’est le cousin éloigné, radin et opportuniste, qui ne rate jamais une occasion de se glisser à notre table, tout contre notre mère-solitude ou notre nièce-ego en berne. “Bois-moi” nous fredonne la pinte de notre collègue. “N’es-tu pas désolant avec ton jus de pommes?” raille le cocktail siglé “happy hour” de la petite amie. “Tu es enceinte ou chez les stup’ ?” siffle le rencard Meetic soupçonneux. Quant à l’adage “quelqu’un qui ne boit ni ne fume n’est pas digne de confiance”, il achève absolument de mitrailler les derniers remparts branlants de notre libre-arbitre.

La maîtrise de soi, la détente et l’aisance sociale souhaitée plutôt que provoquée, concept totalement dépassé? Ah zut, une goutte de vin sur mon clavier…

Haut les coeurs!

Crédit photo @ geek tonic.com

“Et avec vos frites? Un peu de contre-culture, peut-être?”

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Pensée globale, je te mets au défi, une fois n’est pas coutume. Ce n’est pas un affrontement final, non, loin de là, juste un petit moment que j’ai décidé de consacrer à ton futur démantèlement.

Il est certain que tu nous permets de savoir plus vite et plus loin, sans reprendre notre souffle. Tu glisses et contamines tout, avec l’assurance de ceux qui savent déjà que rien ni personne ne saurait les freiner dans leur lancée. Et nous t’aliénons avec plaisir une belle partie de notre libre-arbitre, pour une infime parcelle de satisfaction immédiate. A consommer sans tarder, hein, car demain sera déjà là bien assez tôt. Et nous avons encore nombres d’actus et de sensationnel à engloutir, sans appétit. Déjà trop vieux?

Tout est parfaitement limpide: je suis un animal pensant. Social? Hum, laissez moi le temps de vérifier ma jauge d’amis…Que nous reste t’il alors, qui soit vraiment à nous et pas encore prémâché? Le temps passe, et j’écrase mon nez contre la vitre qui me fera basculer du côté du plus grand nombre sans parvenir à me décider. C’est aussi que la sensation de partager un cerveau unique avec l’humanité n’était pas dans mes plans.

Le temps de la rébellion passera t’il donc par un grand autodafé d’écrans plasma et de smartphones désossés?  Pas vraiment, ce serait contre-productif.  Seulement, comment nier le délice que nous éprouvions jadis (sic) lorsque nous dénichions le dernier disque pas encore chroniqué par la blogosphère entière, l’artiste un peu raté, un peu génial disparu brutalement, le visage du doubleur cinéma de voix si familières, une soirée dans un bar interlope où les rondeurs sont célébrées sous un soleil orgiaque et presque mythologique?

Je ne sais pas vous, mais il est bon de s’imprégner de ce qui se passe autour de nous, pas de si loin, pas de trop près. Parce que les gens biens, les étranges, les frères oubliés des stars, les freaks, les industriels à dreadlocks ont aussi une histoire qui mérite le coup d’oeil.

Prescription immédiate: un numéro du mensuel Gonzaï. Et?
Disons qu’en attendant que l’oxygène devienne une denrée cotée en Bourse et que nous n’ayons plus que quatre orteils et un œil unique, je savoure, à moindre frais et petites lampées des articles dictés par aucune “actu” servie bis repetita. Ici, l’AFP est une ogresse furieuse d’avoir été privée de sa pitance de papier, d’ironie et d’esprit critique depuis si longtemps. Plaisir retrouvé de parcourir la faconde de rédacteurs dopés à des substances non encore répertoriées…Quoique, à la libre-pensée, peut-être…

Haut les cœurs !

Crédit photo @Gonzaï ( http://gonzai.com/)

 

 

 

Le bronzage des autres ne passera pas par moi

abrassard.wordpress.

Il est une réalité que, chaque année, nous nous efforçons en vain d’ignorer. On trottine dans la grisaille, on empile plusieurs gilets sous notre pardessus de printemps avec un sourire de façade…

Mais, rien à faire, elle est bien là, cette petite joue hâlée de la voisine du sixième, à nous narguer du coin de l’oeil, tout comme cette marque de bronzage ridicule rapportée de Saint Malo par votre collègue, qui n’hésite pourtant pas à l’exhiber, avec une assurance que vous ne lui connaissiez pas.

Vous avez la goutte au nez en plein mois de Mai ?

Vous ne vous nourrissez plus que de fruits frais et de salades composées (les graines germées, c’est tellement atroce que cela ne compte pas) ?

Vous vous aspergez de Monoï en guise de lait hydratant?

Vous vous passez en boucle les photos de votre dernier séjour à Barcelone (2001, ça commence à dater) au bureau ?

Ne cherchez plus, ne luttez plus, vous êtes atteint du syndrome des « vacances-TGV » : ces congés de mi-saison qui passent sous votre nez sans arrêt à votre station. Jamais. Never.

 Il est clair que devant des robes légères et des bronzages authentiques, vous ne faites pas le poids. Raconter votre dernière découverte littéraire ne fera qu’aggraver votre cas, même s’il s’agit d’un auteur exilé sur l’île des Açores : l’exotisme ne se partage pas. Et rangez donc cette nouvelle coque d’I-Pad motif montagne, vous devenez ridicule, vraiment.

Tout en recherchant votre bonne humeur qui s’est décidée pour une année sabbatique, vous regrettez qu’une attaque d’anacondas géants ne se soit pas invitée au “parfait” séjour de vos camarades de terrasse de café. Non, pas de distraction pour les justes jaloux : il faudra se contenter de My Zen Tv en continu pour une injection quotidienne de maisons d’hôtes dans le Calvados ou d’hôtels de rêve à Porto.

Les environs des gares offrent cependant un singulier rassurant cortège: des valises, encore des valises, et des mines déconfites. On devine les précieux souvenirs qui gonflent les poches, talismans multicolores et autres coquillages qui murmurent des apéros sur le sable et des régals de fin d’après-midi…et la claque du retour. #compassion #joie honteuse à peine dissimulée

Rentrer, repartir, bronzer par procuration, acheter ou non une veste de la nouvelle collection Dries Van Noten… autant de questions sans réponses et de rêves contrariés qu’il sera toujours temps de partager, du haut du plongeoir de la piscine municipale, aux côtés des bébés nageurs et retraités du quartier. Se plaindre, même auprès de personnes qui n’y comprennent pas grand chose a aussi ses avantages…jusqu’au jour de la revanche.

Comment cela, le Point Soleil, ce n’est pas du jeu ?!

Haut les cœurs !

Crédit photo @ http://abrassard.files.wordpress.com/