« Merci, mais je ne danse pas »

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L’été, les nuits s’étirent et les journées filent, occupées par de longues heures de planification de soirées. L’on a d’yeux que pour les afterworks (un truc de trentenaires, ça), les cinés en plein air et les glaces à l’eau trop sucrées. L’été arrive, et avec lui, une flopée de festivals,  bals de rue et autres concerts sauvages.

C’est à cette période de l’année que les filles, au grand dam des lois de la physiques et du confort, décident d’escalader leurs escarpins les plus vertigineux, qu’ils soient faits de corde, de bois ou de cuir. Elles ont à cœur de s’élever, à la chaude saison. Besoin d’une nouvelle perspective ? Nécessité d’éviter les gros lourds proches du sol ?

Les faits sont là et perdurent, malgré les chutes quotidiennes et autres torsions involontaires des chevilles.

Il ne s’agit pas de « savoir marcher avec ». Cela tiendrait plutôt de l’automutilation et de principes élémentaires de survie en milieu de mode aiguë. Comment résister à l’appel du huit centimètres et (surtout) plus, lorsque la vendeuse, glossée, peroxydée et juchée sur des salomés de douze (quinze?) vous fait remarquer que « dix, ça va encore, c’est supportable ». Supportable ? Mais qui supporte qui, à ce petit jeu là, Madame ? Certainement pas mes chaussures, non, elles ont pris leur indépendance depuis bien longtemps !

Les pieds des filles, en été, ne leur appartiennent plus. Elles trottinent tout juste, le port altier, bien que leurs orteils ne soient qu’un lointain souvenir. Il y a bien sûr les « autres », celles qui considèrent leur confort comme primordial mais qui pourrait prendre une jeune femme au sérieux avec des Birkenstock au pied ?

Ce constat s’adresse également aux hommes qui, dans leur grande sagesse, adoptent des attitudes décontractées au possible. Deux injections de rappel :

  • la pédicurie n’est pas un sport féminin. Non, messieurs, l’ongle incarné ne révélera jamais votre virilité. Votre notion floue de l’hygiène, cela est par contre certain;
  • le port de la sandale citadine ET orthopédique est formellement interdit. Mais à quoi reconnaître une telle sandale, me direz-vous ? Au seul fait que c’est une sandale pour homme, tout simplement.

L’été ne fait pas seulement le bonheur des podologues et la colère d’Anna Wintour. Il charrie également son flot d’estivants passablement frustrés. Car la danse, mes amis, la danse demeure la secrète formule qui saura changer un « bon été » en un « été de folie ». Les corps qui s’entrechoquent et s’enlacent, au nom de la déesse Chorégraphie improvisée, sont LA formule afin de réveiller les couples, booster votre ego, et agiter les particules de rencontres.

Alors, oui, les talons hauts sont tels des presse-purées ceints aux chevilles. Oui messieurs, les mocassins sans chaussettes, c’est comme déambuler nu sur le boulevard Jean Jaurès (on en a tous un près de chez soi). Pourtant, ils sont l’apanage de ceux qui osent se laisser aller à d’inexplicables gesticulations musicales avec style, au lieu de ressortir du placard à excuses le sempiternel « moi ? Non, non, merci, je ne danse pas ».

Comment cela, vous m’avez croisée avec des spartiates à Paris Plage? Malotru, va !

Hauts les cœurs !

Eternel masculin vs Girl Power

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« On ne vous comprend plus !» « Pas besoin, hé, macho ! » «Que voulez-vous de nous ? » « Tout, Monsieur Moustache, tout ! »

Ô joie singulière et apaisante de vivre ensemble. De s’écouter. De se comprendre. Bon, où en est-on ?

Les Femen. Pas du tout violentes. Pas du tout hurlantes. Mais comment font-elles pour se trouver sur tous les continents, à une vitesse incroyable ? Démultipliées, elles sont partout, et nous enveloppent d’un halo de colère indicible. Leurs corps bariolés de slogans militants rappellent les peintures cérémonielles des guerriers tribaux. Leurs torses nus s’apparentent à ceux des augustes chefs de guerre maoris. Là où certains ne repèrent que des seins exhibés, on peut aussi y voir des lutteuses prêtes  à l’assaut.

De quel phénomène ce débordement de rage est-il donc l’écho? Se poser la question laisse songeur…

…aurait-on déjà oublié ? Omis que, par exemple et très étrangement, il apparaît que les jeunes femmes ressentiraient le besoin de gagner un salaire équivalent à celui de la gent du sexe fort, histoire de pouvoir le dépenser sans regret en savons Lush et compensées Marant, voire et/ou en livres. Le choc.

De plus, les missions ponctuelles ne les tenterait plus, non, un CDI matcherait beaucoup mieux avec leur nouvelle veste tweed. Et puis les coups, alors ça, non, plus possible : envie de profiter de leur exceptionnelle longévité, sans exception.

Enfin, déguster un pot de glace tranquille devant un film, sans constater que dans le dernier spot télévisé vantant un parfum, le mannequin ne s’est toujours pas décidée à revêtir un peignoir, histoire de conserver un peu de ce mystère que son regard lustré ne permet plus de deviner…

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Non, voir un homme nu dans une publicité pour un appareil photo n’est définitivement pas la solution : à discrimination égale, bonheur retrouvé ? Vraiment ? A moins d’obtenir le droit de les sélectionner…

C’est que l’homme idéal commence à prendre forme. Ferme, mais aussi doux et compréhensif. Qui sait conserver sa part féminine tout en gardant un œil ému sur nos derniers achats compulsifs chez Bruuns Bazaar. La galanterie ET le machisme discret. Oui, les hommes font des efforts: ils se laissent pousser la barbe tout en sachant distinguer un pull Comme des Garçons d’une veste customisée Andrea Crews. Et ils ont presque accepté le fait que les demoiselles sachent siffler les passants aux terrasses des cafés, faire des tartes, fumer et jurer comme des corsaires.

Cela mérite donc bien un petit effort. Promis, à l’avenir, les filles seront plus douces. Et les Femen pourront enfin s’habiller chaudement ; c’est certain qu’elles n’attendent que cela. Juste le temps de faire fondre l’iceberg de vingt siècles d’inégalité et ce sera prêt. Mais oui, puisque on vous dit que c’est une promesse !

Haut les cœurs !

A boire!

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On s’est juré de ne plus boire que de l’eau bien limpide en soirée. Et non, la vodka ne peut pas être une candidate à cette abstinence. Un panaché, à la rigueur, mais cela fait tellement alcoolique repenti ou adolescent en goguette qu’on préfère le siroter sans plaisir lors des apéros en famille, à la table des enfants.

On s’est donc mis au Cola. C’est bien, le Cola, tout le monde aime son petit goût de caramel et ses extraits de végétaux…végétaux. Et puis le sucre réconforte les coeurs solitaires, c’est bien connu. Bon, le diabète est un présent fréquent dudit breuvage mais qui aime bien insuline bien, non? Euh, non.

Dès lors, les options se réduisent. On ne boit pas de thé  en soirée, encore moins du lait de soja glacé. Déjà pour la théière qui ne rentre pas dans le sac à main. Ensuite pour la non-saveur de la sève d’une plante grimpante. Et, surtout, pour l’absence d’effet désinhibant. Que serait donc une soirée sans baisers volés auprès d’un repoussant personnage, d’une nymphe s’avérant moustachue? Faudrait-il renoncer au grand délice du rire tonitruant en plein silence, de la main lourdement posée sur une épaule non-consentante? Et la confession publique de ses sentiments enfouis, l’effacement de la crainte ancestrale du ridicule, on oublie?

Ce n’est pourtant pas mentir que d’admettre qu’une tentative d’approche amoureuse ne peut se dérouler convenablement que dans un état second: euphorie (al)chimique, exceptionnelle bonne humeur du fait d’une promotion à la tête du groupe Pernod Ricard©…

…alors, à défaut, on fait avec ce que l’on a…et on boit.

Bien sûr que l’alcool amenuise tout, de la durée du coït à la simple longévité mais il fait comme partie du tableau de famille: c’est le cousin éloigné, radin et opportuniste, qui ne rate jamais une occasion de se glisser à notre table, tout contre notre mère-solitude ou notre nièce-ego en berne. “Bois-moi” nous fredonne la pinte de notre collègue. “N’es-tu pas désolant avec ton jus de pommes?” raille le cocktail siglé “happy hour” de la petite amie. “Tu es enceinte ou chez les stup’ ?” siffle le rencard Meetic soupçonneux. Quant à l’adage “quelqu’un qui ne boit ni ne fume n’est pas digne de confiance”, il achève absolument de mitrailler les derniers remparts branlants de notre libre-arbitre.

La maîtrise de soi, la détente et l’aisance sociale souhaitée plutôt que provoquée, concept totalement dépassé? Ah zut, une goutte de vin sur mon clavier…

Haut les coeurs!

Crédit photo @ geek tonic.com

“Et avec vos frites? Un peu de contre-culture, peut-être?”

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Pensée globale, je te mets au défi, une fois n’est pas coutume. Ce n’est pas un affrontement final, non, loin de là, juste un petit moment que j’ai décidé de consacrer à ton futur démantèlement.

Il est certain que tu nous permets de savoir plus vite et plus loin, sans reprendre notre souffle. Tu glisses et contamines tout, avec l’assurance de ceux qui savent déjà que rien ni personne ne saurait les freiner dans leur lancée. Et nous t’aliénons avec plaisir une belle partie de notre libre-arbitre, pour une infime parcelle de satisfaction immédiate. A consommer sans tarder, hein, car demain sera déjà là bien assez tôt. Et nous avons encore nombres d’actus et de sensationnel à engloutir, sans appétit. Déjà trop vieux?

Tout est parfaitement limpide: je suis un animal pensant. Social? Hum, laissez moi le temps de vérifier ma jauge d’amis…Que nous reste t’il alors, qui soit vraiment à nous et pas encore prémâché? Le temps passe, et j’écrase mon nez contre la vitre qui me fera basculer du côté du plus grand nombre sans parvenir à me décider. C’est aussi que la sensation de partager un cerveau unique avec l’humanité n’était pas dans mes plans.

Le temps de la rébellion passera t’il donc par un grand autodafé d’écrans plasma et de smartphones désossés?  Pas vraiment, ce serait contre-productif.  Seulement, comment nier le délice que nous éprouvions jadis (sic) lorsque nous dénichions le dernier disque pas encore chroniqué par la blogosphère entière, l’artiste un peu raté, un peu génial disparu brutalement, le visage du doubleur cinéma de voix si familières, une soirée dans un bar interlope où les rondeurs sont célébrées sous un soleil orgiaque et presque mythologique?

Je ne sais pas vous, mais il est bon de s’imprégner de ce qui se passe autour de nous, pas de si loin, pas de trop près. Parce que les gens biens, les étranges, les frères oubliés des stars, les freaks, les industriels à dreadlocks ont aussi une histoire qui mérite le coup d’oeil.

Prescription immédiate: un numéro du mensuel Gonzaï. Et?
Disons qu’en attendant que l’oxygène devienne une denrée cotée en Bourse et que nous n’ayons plus que quatre orteils et un œil unique, je savoure, à moindre frais et petites lampées des articles dictés par aucune “actu” servie bis repetita. Ici, l’AFP est une ogresse furieuse d’avoir été privée de sa pitance de papier, d’ironie et d’esprit critique depuis si longtemps. Plaisir retrouvé de parcourir la faconde de rédacteurs dopés à des substances non encore répertoriées…Quoique, à la libre-pensée, peut-être…

Haut les cœurs !

Crédit photo @Gonzaï ( http://gonzai.com/)

 

 

 

Le bronzage des autres ne passera pas par moi

abrassard.wordpress.

Il est une réalité que, chaque année, nous nous efforçons en vain d’ignorer. On trottine dans la grisaille, on empile plusieurs gilets sous notre pardessus de printemps avec un sourire de façade…

Mais, rien à faire, elle est bien là, cette petite joue hâlée de la voisine du sixième, à nous narguer du coin de l’oeil, tout comme cette marque de bronzage ridicule rapportée de Saint Malo par votre collègue, qui n’hésite pourtant pas à l’exhiber, avec une assurance que vous ne lui connaissiez pas.

Vous avez la goutte au nez en plein mois de Mai ?

Vous ne vous nourrissez plus que de fruits frais et de salades composées (les graines germées, c’est tellement atroce que cela ne compte pas) ?

Vous vous aspergez de Monoï en guise de lait hydratant?

Vous vous passez en boucle les photos de votre dernier séjour à Barcelone (2001, ça commence à dater) au bureau ?

Ne cherchez plus, ne luttez plus, vous êtes atteint du syndrome des « vacances-TGV » : ces congés de mi-saison qui passent sous votre nez sans arrêt à votre station. Jamais. Never.

 Il est clair que devant des robes légères et des bronzages authentiques, vous ne faites pas le poids. Raconter votre dernière découverte littéraire ne fera qu’aggraver votre cas, même s’il s’agit d’un auteur exilé sur l’île des Açores : l’exotisme ne se partage pas. Et rangez donc cette nouvelle coque d’I-Pad motif montagne, vous devenez ridicule, vraiment.

Tout en recherchant votre bonne humeur qui s’est décidée pour une année sabbatique, vous regrettez qu’une attaque d’anacondas géants ne se soit pas invitée au “parfait” séjour de vos camarades de terrasse de café. Non, pas de distraction pour les justes jaloux : il faudra se contenter de My Zen Tv en continu pour une injection quotidienne de maisons d’hôtes dans le Calvados ou d’hôtels de rêve à Porto.

Les environs des gares offrent cependant un singulier rassurant cortège: des valises, encore des valises, et des mines déconfites. On devine les précieux souvenirs qui gonflent les poches, talismans multicolores et autres coquillages qui murmurent des apéros sur le sable et des régals de fin d’après-midi…et la claque du retour. #compassion #joie honteuse à peine dissimulée

Rentrer, repartir, bronzer par procuration, acheter ou non une veste de la nouvelle collection Dries Van Noten… autant de questions sans réponses et de rêves contrariés qu’il sera toujours temps de partager, du haut du plongeoir de la piscine municipale, aux côtés des bébés nageurs et retraités du quartier. Se plaindre, même auprès de personnes qui n’y comprennent pas grand chose a aussi ses avantages…jusqu’au jour de la revanche.

Comment cela, le Point Soleil, ce n’est pas du jeu ?!

Haut les cœurs !

Crédit photo @ http://abrassard.files.wordpress.com/

« Très chère Mademoiselle,

sifflet

J’ai abandonné l’idée de vous contacter via Facebook (trop adolescent), Hotmail (trop relation adultère). Et essayer de trouver l’adresse de votre domicile m’aurait donné l’air d’un pervers.

J’ai donc opté pour une missive rédigée par mes soins (dans le cas contraire, je connais un vieux monsieur dans mon immeuble qui fait cela très bien, quarante-cinq cents la ligne), et remise au bistrot que nous avons en commun. En toute simplicité. J’imagine très bien le petit sourire de ce cher Jean-Michel en vous déposant l’enveloppe avec votre café du matin.

Mademoiselle, il faut que j’en vienne très vite au fait, parce qu’attendre un jour de plus serait pure torture. Cependant, la lecture de ma lettre risque de vous faire le même effet si je n’en viens pas au plus vite aux faits.

J’appartiens à la catégorie des trentenaires apaisés, ceux dont les possibilités financières permettent de loger au cœur de la capitale, loin de la banlieue parentale, avec brunch et cinéma dominical et puis, avouons-le, un petit joint lorsque le cousin de retour d’Amsterdam s’avère d’humeur généreuse.

Tous les matins, je prends connaissance de mes mails en buvant mon café, je consulte mon répondeur et efface les derniers messages enflammés à la vodka de mon dernier amour d’un soir.

Dans la rue, je croise des femmes. Au travail, au bar, où je vous ai rencontrée, dans les transports… Et toujours, la même énigme insoluble pour tout célibataire n’ayant pas réussi à sortir du système éducatif l’alliance au doigt: mais comment s’y prenaient nos parents, grands-parents, aïeux pour séduire une femme ? Comment parvenir à parler à de telles vestales intransigeantes, écrasantes par leur maîtrise de leur beauté et de l’aura qu’elles parviennent à diffuser, tout autour d’elles ?

Ma vision de la femme moderne ne correspond en aucun cas au modèle plébiscité par nos aïeux (« une bonne femme, c’est d’abord une femme qui ne parle pas ») ni par celles qu’il m’est donné de côtoyer quotidiennement. Hautaines. Inéluctablement pressées. Parfumées. Pressées.

Pourtant, il me semble ne plus rien savoir de vous. Je feuillette, parfois, quelques magazines féminins. Que d’informations contradictoires ! A croire que la femme 3.0 prend soin de son corps, revendique son acceptation tout en adulant secrètement des minceurs synthétiques. Elle ne craint pas de commettre un adultère, y prend d’ailleurs un certain plaisir, sans pour autant s’en épancher auprès de ses amies. Elle drague mieux, boit trop, recherche un homme sans en faire une fixation ultime, au regard de son agenda aussi gondolé qu’une part de brioche dodue qu’elle troquera aussi sec pour un chai latte et une salade de fruit : l’apparence, dites-vous, peu m’importe mais aussi apparence, tu me tues.

Moi, Mademoiselle, je suis un homme absolument basique. Paresseux, sportif par nécessité car célibataire, parfois libidineux, romantique à ma manière. J’aime les chaussures italiennes et les costumes Paul Smith. Tous mes T-shirts sont de chez H&M mais je m’applique à faire croire à mes collègues qu’ils sont de chez Calvin Klein ou Cavalli.

Je crois en la féminisation du monde. A mes yeux, il ne s’agit là que d’un retour à la normalité, à une articulation logique autour de deux sexes. Cela reste très approximatif, mais bien prégnant : la femme s’arroge enfin la position dont on l’a privée depuis si longtemps. Tout est bien qui débute bien.

Pourquoi ma solitude, alors ? Serait-ce parce qu’à l’heure des Google glasses, l’homme ne serait toujours pas parvenu à définir sa place légitime au sein d’une société enfin mise à jour? Ne savions-nous donc vivre que sur l’asservissement de votre gent plutôt que sur des valeurs véritables? C’est que le temps du choix a sonné. Une véritable compagne ou une femme d’intérieur dévouée ? Une princesse de Clèves mutique dispensant bons plats et linges fraîchement repassés ou une working girl épanouie ? Virilité, ô Chère Virilité, dis moi ce que tu contiens et je te dirai si je m’y suis jamais retrouvé…

Alors veuillez excuser mon attitude d’hier. Je vous ai sifflée. Un long roucoulement sourd tout droit sorti d’une autre ère. J’avais bu, les copains me pressaient, vous évitiez mes oeillades…Vous m’avez lancé : « et ça se considère être un homme ? ».

Encore une poignée d’années de patience, Mademoiselle, et, je vous le promets, nous nous débarrasserons enfin de nos oripeaux d’homo erectus aux dents cariées. Ceux qui ne comprennent toujours pas que la place du mâle ne peut être définie que par le mâle lui-même – et non à votre détriment – oublient qu’il n’existe pas de voie annexe. Et revenir en arrière ne permet pas de regagner l’innocence passée. Surtout lorsque cette innocence là n’est que pure violence.

Veuillez croire en mon amitié la plus sincère,

Haut les cœurs,

Un homme contrit. »

 

 

« Très chère Mademoiselle,

sifflet

J’ai abandonné l’idée de vous contacter via Facebook (trop adolescent), Hotmail (trop relation adultère). Et essayer de trouver l’adresse de votre domicile m’aurait donné l’air d’un pervers.

J’ai donc opté pour une missive rédigée par mes soins (dans le cas contraire, je connais un vieux monsieur dans mon immeuble qui fait cela très bien, quarante-cinq cents la ligne), et remise au bistrot que nous avons en commun. En toute simplicité. J’imagine très bien le petit sourire de ce cher Jean-Michel en vous déposant l’enveloppe avec votre café du matin.

Mademoiselle, il faut que j’en vienne très vite au fait, parce qu’attendre un jour de plus serait pure torture. Cependant, la lecture de ma lettre risque de vous faire le même effet si je n’en viens pas au plus vite aux faits.

J’appartiens à la catégorie des trentenaires apaisés, ceux dont les possibilités financières permettent de loger au cœur de la capitale, loin de la banlieue parentale, avec brunch et cinéma dominical et puis, avouons-le, un petit joint lorsque le cousin de retour d’Amsterdam s’avère d’humeur généreuse.

Tous les matins, je prends connaissance de mes mails en buvant mon café, je consulte mon répondeur et efface les derniers messages enflammés à la vodka de mon dernier amour d’un soir.

Dans la rue, je croise des femmes. Au travail, au bar, où je vous ai rencontrée, dans les transports… Et toujours, la même énigme insoluble pour tout célibataire n’ayant pas réussi à sortir du système éducatif l’alliance au doigt: mais comment s’y prenaient nos parents, grands-parents, aïeux pour séduire une femme ? Comment parvenir à parler à de telles vestales intransigeantes, écrasantes par leur maîtrise de leur beauté et de l’aura qu’elles parviennent à diffuser, tout autour d’elles ?

Ma vision de la femme moderne ne correspond en aucun cas au modèle plébiscité par nos aïeux (« une bonne femme, c’est d’abord une femme qui ne parle pas ») ni par celles qu’il m’est donné de côtoyer quotidiennement. Hautaines. Inéluctablement pressées. Parfumées. Pressées.

Pourtant, il me semble ne plus rien savoir de vous. Je feuillette, parfois, quelques magazines féminins. Que d’informations contradictoires ! A croire que la femme 3.0 prend soin de son corps, revendique son acceptation tout en adulant secrètement des minceurs synthétiques. Elle ne craint pas de commettre un adultère, y prend d’ailleurs un certain plaisir, sans pour autant s’en épancher auprès de ses amies. Elle drague mieux, boit trop, recherche un homme sans en faire une fixation ultime, au regard de son agenda aussi gondolé qu’une part de brioche dodue qu’elle troquera aussi sec pour un chai latte et une salade de fruit : l’apparence, dites-vous, peu m’importe mais aussi apparence, tu me tues.

Moi, Mademoiselle, je suis un homme absolument basique. Paresseux, sportif par nécessité car célibataire, parfois libidineux, romantique à ma manière. J’aime les chaussures italiennes et les costumes Paul Smith. Tous mes T-shirts sont de chez H&M mais je m’applique à faire croire à mes collègues qu’ils sont de chez Calvin Klein ou Cavalli.

Je crois en la féminisation du monde. A mes yeux, il ne s’agit là que d’un retour à la normalité, à une articulation logique autour de deux sexes. Cela reste très approximatif, mais bien prégnant : la femme s’arroge enfin la position dont on l’a privée depuis si longtemps. Tout est bien qui débute bien.

Pourquoi ma solitude, alors ? Serait-ce parce qu’à l’heure des Google glasses, l’homme ne serait toujours pas parvenu à définir sa place légitime au sein d’une société enfin mise à jour? Ne savions-nous donc vivre que sur l’asservissement de votre gent plutôt que sur des valeurs véritables? C’est que le temps du choix a sonné. Une véritable compagne ou une femme d’intérieur dévouée ? Une princesse de Clèves mutique dispensant bons plats et linges fraîchement repassés ou une working girl épanouie ? Virilité, ô Chère Virilité, dis moi ce que tu contiens et je te dirai si je m’y suis jamais retrouvé…

Alors veuillez excuser mon attitude d’hier. Je vous ai sifflée. Un long roucoulement sourd tout droit sorti d’une autre ère. J’avais bu, les copains me pressaient, vous évitiez mes oeillades…Vous m’avez lancé : « et ça se considère être un homme ? ».

Encore une poignée d’années de patience, Mademoiselle, et, je vous le promets, nous nous débarrasserons enfin de nos oripeaux d’homo erectus aux dents cariées. Ceux qui ne comprennent toujours pas que la place du mâle ne peut être définie que par le mâle lui-même – et non à votre détriment – oublient qu’il n’existe pas de voie annexe. Et revenir en arrière ne permet pas de regagner l’innocence passée. Surtout lorsque cette innocence là n’est que pure violence.

Veuillez croire en mon amitié la plus sincère,

Haut les cœurs,

Un homme contrit. »

 

 

« Let’s talk about sex»

parental advisory

Et, à ce titre, rien ne vaut une immersion en terrain inconnu.

Du courage.
Je m’interroge sur la situation des livres interdits. Entre la section « Développement personnel » et « Naissance », je localise un micro rayon, une colonnade de cent quatre vingts centimètres sur quarante. Une fantaisie face au colossal rayon Régime-minceur et, lui faisant face telle une réponse/une cure, le secteur « Cuisine ». L’ultime pugilat entre bonne chère et mauvaises graisses, un délice de paradoxe.

La place semble désertée, juste quelques futures mamans et des chefs de rayon affairés. Pourtant, j’hésite: ne devrait-on pas attendre la bonne rencontre avant de se lancer dans de telles lectures ? Et si cela me renvoyait à une nouvelle sexualité, trop cérébrale, vide de toute spontanéité? Mais renverser les a priori de mes congénères homo sapiens aux ébats officiellement accomplis, cela n’a décidément pas de prix.

Admettre qu’on veut savoir…
Pas envie de m’endormir devant mon ordinateur, en mode navigation privée. L’objectif de cette immersion est aussi d’admettre que cette thématique est trop volontiers abandonnée à une triviale grivoiserie plutôt que d’être abordée frontalement. Un éternuement dans mon dos et je me jette sur le premier livre qui traîne : « Bientôt Papa ». La belle affaire.

Nouveau calme environnant. Je tend la main. Des éclats de rire. En nage, je fais mine de me passionner pour l’insondable « Comment réussir ses recettes à base de Kiri ». Une bande d’ados laisse éclater des voix en mue, et s’attarde à mes côtés, feuilletant le Kâmasûtra. Amateurs, va.

…et réaliser qu’on n’est pas seul dans ce cas.
Quelques hommes solitaires, la soixantaine boudeuse, se risquent à parcourir des yeux ledit rayon. Ils ne tremblent pas, se contentent de lire les titres roses, blancs (code couleur discutable) sans les toucher, tels des collectionneurs avisés. J’ose jeter un regard vers leurs visages : neutralité de l’expert. Interprétation choisie: “le sexe, bah, il n’y a que les novices et les gamins que ça excite. Moi, j’ai passé l’âge !”.

Redoublement de confusion sous mon chapeau à large bord (me cacher des regards indiscrets? Moi? Pff). Se documenter, est-ce impudique, ouvertement déviant ? Et si je filais plutôt avec un énième ouvrage de facture plus classique ? Un bon Nicolas Fargues, un Camus, un passe-montagne, tout est bon pour éviter la remise en question.

Deux jeunes femmes s’avancent. « D’après toi, comment je pourrais réussir à lui faire ÇA? » soupire l’une d’elle, sous la mine désolée de l’autre. Tout un programme! Mais où sont-elles donc passées, les conversations badines entre amis, autour de deux cafés latte? Celles qui vous empêchent de vraiment regarder dans les yeux  leurs  tendre moitiés? Planquées à l’ombre d’un volume de “Cinquante Nuances de Grey”, je suppose?

Je sais que je ne sais rien.
Une pause dans le fourmillement incessant de chalands m’indique le signal du « défi à soi-même de la journée ». Le crissement d’un chariot : je serre les dents, m’efforçant de faire taire mes craintes puritaines, ancrées dans chacune de mes phalanges tremblantes.

J’arrache de sa gangue de teck premier prix ma cible. Rien de neuf sous le soleil, si ce n’est le plaisir de lire une auteure qui, enfin, pose des substantifs précis et fournit un éclairage sincère sur ce qui reste un apprentissage, souvent relégué au bon-vouloir des partenaires (plus ou moins pédagogues) et de films en clair-obscur. L’instinct donc, et puis, surtout, la chance. Beaucoup de chance…
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Assumer toutes ses lectures.
Alors je me plonge dans mon livre, je souris, je redécouvre. Je tourne fébrilement les pages, avec la mine de quelqu’un qui brave un interdit, a brûlé la voiture du maire par erreur, qui a critiqué un artiste sans savoir que son interlocuteur était l’artiste en question et…c’est là que je repère une lectrice de quatre-vingts ans environ sur mon aile droite. Elle fixe la couverture, suivi d’un clin d’œil complice… Really ?

En caisse, je présente quatre ouvrages, dont trois de cuisine.  Pâtisserie et câlineries, pourquoi choisir?

Haut les cœurs !

« Devenir adulte? Vraiment?»

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Ce n’est pas une urgence, pas le dernier short en dentelle du printemps et, pourtant, cela nous est seriné depuis notre naissance, grâce à un marketing implacable: quand tu seras grand, toi aussi, tu seras, toi aussi, tu sauras. Alors, qu’est ce qu’on attend ?

Enfant, on aspire à décrypter les conversations d’alcôve des parents tout comme celles des escargots, la main en cornet autour de l’oreille: comment font-ils pour se comprendre, en parlant aussi bas?
Le temps passe : nos préoccupations adolescentes prennent le dessus et il n’est rien de plus fondamental que d’écouter du son le plus fort possible, porter des Van’s © et embrasser Léo, redoublant de Terminale S ou/et la timide Iris, en Troisième B.
De là, la croissance devient une poussée ultra-contrôlée soumise à un balisage social hypnotique: obtention de diplôme, costume surtaillé, relation amoureuse stable avec son PEL. Et tu dis merci la vie. Il n’y a pas de “mais”.

On aimerait pouvoir ignorer ce basculement : on est jeune après tout, on s’en fiche de ce passage au monde adulte, on n’y cédera pas. Vraiment ?

Et pourtant, avec ces tintements de mugs et cette odeur de bagels toastés, on aurait dû se méfier : le brunch, ce fourbe, s’est aggloméré à notre dimanche matin sans qu’on s’y attende. Sans compter qu’une personne dont on connaît parfaitement l’identité est en train de préparer du café dans ce qui semble être notre logement,oui, à tous les deux.

Plus de nouilles instantanées empilées dans les placards, pas de numéro de téléphone griffonné à la hâte sur un bout de papier mais la carte du nouveau bar à la mode où passer des « afterworks » conviviaux.
Des adultes ? Jamais de la vie ! Comme dirait Cindy Lauper, “girls just wanna have fun”. Oui, Cindy Lauper!
…non, toujours pas ?

On peut volontiers convenir qu’on ne peut pas tout sacrifier sur l’autel de l’insouciance et du bordel rangé. Devenir adulte, c’est aussi trouver un certain apaisement, la satisfaction d’avoir atteint un objectif, d’avoir rendue concluante une vision. En ce sens, d’accord pour grandir. Pas pour renoncer.

Alors, n’ayant de cesse que de croire que demain se détachera de l’or de nos rêves les plus déglingués, il sera toujours temps de revêtir cette ébullition juvénile dont on a enfin saisi les codes. L’objectif ? Façonner une maturité qui nous ressemble, qu’on se sera imposée avec délice. Et cela sera comme si l’été de nos quinze ans s’était poursuivi jusqu’à aujourd’hui.

Hauts les cœurs !

La “folk afro-belge” est un art à vivre.

Aller à la rencontre de la voix et de la guitare de Paul van Eersel, c’est réapprendre à découvrir la musique: surtout, se fier aux vibrations de son cœur, surtout, éviter les liens de filiation et autres raccourcis artistiques trop aisés. De la folk oui, en un français libérateur et une rythmique inattendue.

Dès lors, en se pressant à une de ses scènes, on s’étonne à peine d’éprouver le sentiment de retrouver une bande de copains que les aléas du quotidien auraient écartée de notre quotidien. Le sourire s’installe sur les lèvres pour ne plus les quitter, longtemps encore après la dernière corde pincée.
Un paysage musical où l’on va à la rencontre de l’autre, où l’on abandonne l’implacable temporalité pour se fixer sur un point de fuite chaleureux et arboré, cela reste un luxe précieux.

Lors de son dernier concert à l’Ogresse (Paris 20ème), un violoncelliste (Gabriel Mimouni) était de la fête, parsemant de touches lumineuses et délicates les mélodies saturées de bonheurs simples d’un artiste en état de joie pure. Défilent sous nos yeux les films sépia de notre enfance, en costume de Mardi Gras, des confettis pleins les cheveux. Un premier baiser, puis un second sous une pluie battante, en plein été. Et le soleil qui se glisse entre les doigts.

Écouter Paul van Eersel, c’est s’inonder du bonheur de vivre, à en perdre haleine.

NDA: l’expression “folk afro-belge” est sous copyright @Paul van Eeersel