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    Le pain quotidien

    Elle a enfin réussi sa première miche. Personne ne pourra lui ôter cette victoire, aucune critique, pas de moue dubitative. Elle l’a modelée de tous ses doigts boudinés par l’exercice répété du pétrissage depuis près de trois mois. Elle l’a donc vaincue, son angoisse de la farine (semi-complète). Adieu, les sueurs froides en pleine nuit, réveil brutal pour un oubli de levure boulangère, ou pour une température de pousse pas assez tiède, au fond du four, la cuisine toujours en état de siège permanent. Elle a fini par s’accoutumer à la compagnie de ses ustensiles de cuisine, elle qui n’a jamais supporté le moindre rapport de proximité avec un mixeur…

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    Être Noire, c’est être vivante

    Avec le sursaut social et politique qui bouleverse enfin le monde, ces dernières semaines, j’ai entrepris d’entamer une réflexion autour de mon identité métisse, Noire, et sur la manière dont je l’avais intégrée, depuis l’enfance. Aujourd’hui, il est question de se positionner, de faire porter sa voix, et, pour ma part, de révéler un peu de ce que j’ai pris soin de conserver pour l’intime, l’initié.e, l’allié.e, tout au plus. Après avoir griffonné des brouillons pendant plusieurs jours, j’ai fini par me retrouver dans un texte ; cependant, en le relisant, j’ai eu envie de le porter vocalement, qu’il soit identifiable, réécouté. Dire haut et fort fait partie du processus…

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    Le monde d’après

    Presque dix minutes qu’il s’acharne sur la sonnette de l’immeuble, déchirant la quiétude de son exil confiné. Elle pourrait lui ouvrir, songe t’elle depuis son poste d’observation (sa terrasse, tenant plus du boudoir que d’un espace de verdure savamment aménagé ). Il a l’air si fier, le pauvre, avec son t-shirt blanc, son chino fraîchement repassé et ses Birk élimées, qu’elle se sent presque coupable. Mais, avec son placard à provisions débordant de victuailles, ses abonnements à des plateformes musicales et de films, sa bibliothèque pleine à craquer, elle n’ose pas lui annoncer qu’elle a décidé d’annuler le reste de l’année à venir. Rien que ça. Elle mord dans une…

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    Femmes la nuit

    Elles aiment danser et boire. Ou alors, boire, puis danser. C’est comme cela depuis toujours : dès le mercredi soir, elles enfilent les robes les plus courtes possibles, des combinaisons aux échancrures effarantes, s’enroulent dans leurs éternels trench-coat, et s’engouffrent au Kiss, le bar de leurs instants dérobés à leurs semaines de marathoniennes de bureau. La première qui arrive commande pour les autres : parmi elles, prof de taï-chi/nutritionniste/influenceuse, thésarde survoltée, avocate pour qui la vie privée commence à 22h, artiste pour qui la nuit est le début de la journée, cdd-tiste en reconversion, chômeuse émergeant de la torpeur de sa culpabilité de candidate en pantoufles, unanimement éreintées à l’idée…

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    Dimanche, 14h

    Ses mocassins vernis sont prêts, son cartable aussi. Il n’est que quatorze heures, en ce dimanche après-midi. L’air est encore très doux, quelques papillons blancs parsèment l’horizon comme autant de perles nacrées flottantes. Un fort parfum de pommes cuites gagne le salon, où elle se réfugie les jours entre parenthèses tels que celui-ci. Ces jours durant lesquels rien ne semble plus envisageable, sinon faire place nette pour le lendemain. Depuis le réveil, elle ne songe qu’à cela : nouvelles têtes, nouveaux lieux. Elle a envisagé tous les itinéraires possibles, mais, rien n’y fait, le lieu où elle se rend est irrémédiablement lointain. Elle s’est préparé une playlist pour le chemin : juste…