Se taire (ou pas)

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Quand on s’est retrouvé, je me suis mordu la langue tout en pensant à un canard qu’on gave avant qu’il n’ait pu révéler les Grands Mystères de l’Humanité (tous les canards en sont les gardiens, en avez-vous seulement conscience ?). Me taire, à tout prix.

Elle m’a souri, m’a raconté ses misères professionnelles. A peine je l’écoutais, mauvaise amie que je suis, mais j’avais mieux à faire : devais-je ou pas évoquer son nouveau mec, alias Le Mal Incarné, alias le mec que j’ai surpris la bouche malencontreusement pressée sur le (*bip*) d’un être féminin non identifié à Petit Bain (on a tous le droit de se perdre), alias Celui Qui Ne Rappelle Jamais, alias celui qui a cru que l’empathie c’était le nom d’une marque de bière.

Elle me parle, elle a des cernes sous ses jolis yeux gris, mais je lui dit qu’elle est radieuse, et elle me sourit, et, miracle, elle irradie. « Tu as réussi à me faire décocher mon premier sourire de la journée » dit-elle. « C’est pas moi, c’est ton troisième verre de rosé plutôt, ivrogne ». Et la soirée s’annonce douce, mais je mijote à petit feu avec ce secret qui me dévore de l’intérieur depuis soixante-dix sept heures.

On se connaît bien. Pas par cœur (excepté si on considère que s’appeler à trois heures du matin pour savoir, terrifiée, si embrasser trois mecs au cours de la même soirée peut être considéré comme un rapport à risques intègre largement la zone du « par cœur ») mais suffisamment pour reconnaître les signes d’un malaise qui se dresse entre nous, façon montagne rose fuchsia surmontée d’une pancarte lumineuse et fluorescente « faut qu’on se parle ».

Elle croque un cornichon. « Alors ? ». Livide, tel est mon nom.

« Quoi ?

– Quoi, quoi ? A toi de me le dire, tu es pâle comme une meuf qui aurait vu Boy Georges sans make-up ».

On rigole, et ça me fait oublier tout le reste. Ok, vu la qualité de la blague, le rosé y est vraiment pour quelque chose. L’amitié, c’est le rempart ultime. Elle, c’est l’alpha de mon omega. Je ne peux pas lui faire ça. Et je scelle ce serment intime en aspirant une tranche de rosette enroulée dans une autre de comté. Et une autre de rosette, je l’avoue.

« Alors ?

– Sérieusement, j’ai rien à te dire.

– Oui, et c’est ça qui m’étonne. Bon, si tu ne te décides pas, moi en revanche, je pense que j’ai deviné ce que tu caches.

– Ah oui ? Vas-y, balance ?

– Je vais être tata !

– ???

– Allez, arrête : ton tour de taille qui a doublé, au bas mot, ta tête à l’envers, tes fringues à l’arrache…Je continue ? Je brûle ou quoi ?

– Chérie, non, tu es plutôt glacée. Et au fait, ton mec te trompe. On reprend une planche, ou bien ? ».

…on avait dit pas le physique, quoi.

[De retour du théâtre] Roméo & Juliette – Théâtre du Ménilmontant, Paris 20ème

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Quand la tragédie la plus célèbre au monde et l’une des compagnies les plus prometteuses du moment, Les Chiens Andalous, se réunissent, que peut-il arriver de mieux, finalement, un mercredi soir, après une journée à courir après le temps, son mec (Matthias Schoenaerts, pour ne pas le citer – comment cela, je rêve ? Et c’est interdit peut-être?), et des urgences au bureau, à en perdre haleine ?

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Les Chiens Andalous, c’est une meute de onze artistes aux horizons confondus (Marion Conejero, Karl Philippe, Thomas Silberstein, Paul Reulet, Danièle Yondo, Zerkalâ, Pauline Marbot, Luca Gucciardi, David Réménièras, Alexandre Gonin et Jean-Charles Garcia) avec un objectif commun : éclater cette épaisse cloison de verre entre le public, le texte et la scène.

Adieu, trois coups : ici, le silence s’installe de lui-même plutôt qu’il ne s’impose ; la pièce s’ouvre par une silhouette spectrale, dont l’aura envoûtante présage du drame à venir.

Ce « Roméo et Juliette » là surprend par son audace : les acteurs sillonnent la salle, tel un territoire enfin reconquis. Ils poursuivent sur scène une conversation débutée parmi nous. Ils nous lancent des regards inquisiteurs, s’éloignent par l’issue de secours, se bousculent au milieu des habiles décors de Pierre Mathiaut : nous voici à Vérone !

Quant à la création lumière, plus qu’un éclairage, Vincent Mongourdin offre un écrin idéal aux amours contrariés de R&J. Ici, des corps parcourus d’un flash frénétique, leur chorégraphie hypnotique berçant la rencontre des amants maudits. Là, une sérénade qui, à la faveur de la nuit, tout en ombres chinoises,  imprègne des toiles tendues dont on aimerait tant qu’elles les enveloppe, les sauve de leur funeste destin.

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La musique, elle, parvient à synthétiser toute la palette des émotions qui fusent. Aux commandes, Zerkalâ, dont la bande-son inédite, furieusement décalée, achève de briser les frontières académiques. Parce qu’il en faut, du talent, pour remixer tout en douceur « Du Hast » de Rammstein pour une pièce si jeune, à peine 400 ans…

Et si nous allions nous aussi à la reconquête de l’espace théâtral, y prendre place comme si nous ne l’avions jamais quitté ? C’est que, devant cette plongée inédite au cœur du drame qui a façonné notre rapport au sentiment amoureux, il devient urgent de s’installer dans ces fauteuils moelleux, se rendre à la rencontre de cette troupe géniale, de cette mise en scène quasi cinématographique de Marion Conejero et applaudir chacun de ces acteurs incandescents qui nous offrent, chaque mercredi, leur talent, leur transe et leur tendresse.

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Parce que ce dévouement au service d’un spectacle total, à l’émouvante sincérité mérite d’être admiré, et précieusement conservé en mémoire, avec cette certitude, une fois les lumières rallumées et le chemin vers le métro entamé, qu’on « y était ». A vous, les Chiens !

 

Roméo et Juliette de William Shakespeare, mis en scène par Marion Conejero, Théatre de Ménilmontant (Paris 20ème)

Artistes :  Thomas Silberstein (Roméo), Marion Conejero (Juliette), Luca Gucciardi (Mercutio), Pauline Marbot (Lady Capulet), Daniele Yondo (La Nourrice), Paul Reulet (Frère Laurent), David Remenieras (Pâris), Jean-Charles Garcia (Capulet), Karl Philippe (Tybalt), Alexandre Gonin (Benvolio) et Mateo Lavina.

 

Le Front de Libération des Filles Mal Casées

Chez les Gens Pressés, les théories les plus constructives et élaborées, cela circule en permanence.

Aussi, en cette nouvelle année, il est temps de se parler franchement, droit dans les yeux, les coudes bien enfoncés sur la table.

C’EST QUOI CETTE HISTOIRE DE FRONT?

Le FLFMC, on l’attendait sans même le savoir (et le vouloir).

C’est pour cette jeune femme qui fait une prise de krav maga à un type dans sa cuisine (c’était en fait son mec avec un bouquet, surprise d’anniversaire). Ce sont pour ces filles qui poussent un cri de stupeur en apercevant un intrus sous leur douche (leur mec).

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HEIN?

Mais oui, admettons-le : on en a tous croisé, de ces couples mal assortis. Elle, héroïne de sa robe vintage et de son compte Instagram 100% filtre Nashville, et lui, sorti d’un clip de Nekfeu…ou de Leroy Merlin, soit des profils irréconciliables.

MAIS QU’EST CE QU’ILS FONT ENSEMBLE?

Ils jouent aux dés, ma bonne dame, et puis ils vont au resto, à des concerts…tout ce qu’on peut finalement pratiquer aux côtés d’une perruche particulièrement bien dressée.

Selon des statistiques récentes, les 25-35 ans en couple estiment que la sexualité ne les passionne pas…entre un câlin et la résurrection de Jon Snow, le choix est donc vite fait.

ET L’AMOUR BORDEL?

Le problème, c’est qu’ils se sont rencontrés chez Noémie, leur meilleure amie respective qui désespérait de ruiner leurs vies les réunir, parce que des célibs en soirée, c’est bien connu, ne sont pas dignes de confiance : trop de sexyness (parce que supposés toujours prêts pour the rencontre), trop d’innocence cruelle (“bien sûr que si, l’âme soeur existe. C’est juste que tu n’as pas eu de chance”), trop de temps pour devenir un femme parfaite (expos, tricot, vlog)…trop de tentation de faire croire à un monde meilleur aux malheureux à deux.

Alors, une tartine de tarama, un verre de bière brassée à Montreuil et trois crackers au quinoa plus tard, nos trentenaires se sont connectés…oubliant que le cœur, lui, on le géolocalise dans la poitrine, oui oui, non pas dans des photos de profil tellement clichés que ça en devient criminel.

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MAIS NOOON…

Bah, si. Et se mettre en couple par paresse / ennui / habitude, c’est le mal du siècle. Hier encore, l’amie-de-l’amie-en-couple-depuis-le-collège m’affirmait “je n’ai aucun problème avec le fait de ne rien partager avec mon mec. Pas les mêmes goûts, pas les mêmes potes, pas d’affinités particulières”

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DU COUP, TA SOLUTION MIRACLE?

On arrête la mascarade et on accepte qu’on s’est planté. On se libère de la moitié affalée sur le canapé, encastrée entre Netflix et la Wii. Lui aussi vous remerciera…lorsqu’il aura recouvré l’usage de ses sentiments : aller à la rencontre d’une personne qui te fait perdre tes moyens et te sentir mille fois plus vivante que devant un Shake Shack juteux.

 NAN MAIS QUAND MÊME…

Il n’y a pas de mais. Trop de célibataires, et trop de mal encouplés. La solution est simple, il faut permettre LA rencontre à ceux qui devaient se rencontrer, mais qui ont été interceptés en cours d’élévation pour un alter-ego par défaut.

De toute façon, les couples concernés seront uniquement ceux pour qui le seul avantage d’être ensemble…c’est de ne plus être célibataire ou “d’avoir quelqu’un à la maison”.

MAIS TU ES QUI POUR JUGER LES AUTRES, HEIN?

Je suis la descendante légitime de Chuck Norris, Magneto, Highlander et le Grinch. J’ai donc objectivement tous les droits.

ET  ÇA VA ME COÛTER COMBIEN TON SYSTEME?

150 litres de larmes de rage (quand l’autre aura trouvé SA personne-très-spéciale avant toi / trop rapidement). Sans compter le nombre incalculable de pattes d’oie qui vont s’installer durablement sur ton visage tant tu vas sourire, sourire, sourire à la vie aux côtés du mec-qu’il-te-fallait-mais-tu-n’imaginais-même-pas-qu’il-existe-en-vrai. Ah, elle est fumeuse ma théorie?

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ÇA VIENT D’OÙ CETTE HISTOIRE DE CELIB RAGEUSE?

Déjà, ce n’est pas du tout le cas, mon IPad et moi, on vit une relation fusionnelle.

Juste un ras-le-bol de ces “c’est compliqué” sur FB ou encore de ces “célibataires” virtuels qu’on croise pourtant toujours avec la même fille depuis 2 ans en soirée. Ou encore celui là  qui te complimente / t’invite mille fois / surlike ta page…et te répond le jour où tu oses poser ta main sur une des frites de son kebab (aucun message subliminal ici), “ah non mais je suis avec ma copine depuis 4 ans hein, c’est juste qu’elle vit à Pékin pour 6 mois. Qu’est ce qu’elle me manque, d’ailleurs“. Tiens, tu sais quoi, je crois que je peux t’aider à la rejoindre rien qu’avec une tarte monumentale dans ta gueule, on essaie pour voir?

WOUAH… AU FINAL, TU M’AS CONVAINCUE…C’EST FAISABLE?

J’y crois. Le CNRS moins. Les couples encore moins. Les vendeurs de rose Métro République me détestent (“à quel mec qui se sent coupable va t’on les vendre, nos fleurs surgelées, si tout le monde sourit à la vie, hein?”).

L’appli est en cours de création. Reste à trouver un nom: j’ai déjà refusé “Troc 2 Toi” (trop collocation), “Casse Toi Pour Moi” (trop vrai), et “Toi, Toi Loin d’Mon Toit”. On attend vos suggestions.

J’ai testé pour vous: ne pas avoir d’humour pendant un rencard

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La sagesse populaire n’a jamais raison…excepté concernant l’humour féminin.

Oui, les hommes ont peur des filles qui font des blagues.

Déjà, en 3ème B, je revois Thomas courir à travers la cantine lorsque je lui fais comprendre que “sa braguette ouverte, c’est pour aérer ses neurones ou quoi”? J’ai ri, il n’a pas compris, j’ai essayé de lui expliquer, il a filé, la bouche encore pleine de purée. C’est qu’en général, mes vannes jaillissent comme un Alien hors de Sigourney Weaver: incontrôlables.

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Un jour, j’apprendrai de mes erreurs… Adieu Raymond Devos, Amy Schumer, Conan O’Brien…Et c’est avec ce vœu sincère que j’ai croisé le chemin d’Adam.

Adam est beau.

La sueur d’Adam sent naturellement le musc et la vanille.

Quand Adam sourit, le monde s’illumine et les gens descendent de leurs voitures pour danser sur la chaussée, tandis que des écureuils roux offrent des billets de vingt euros aux enfants. Sérieusement.

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On se retrouve donc dans un restaurant à l’éclairage tamisé-ce-soir-c’est-le-grand-soir-chérie, et j’ai osé ma (toute) petite robe rouge. Il fait juste assez chaud pour boire des spritz, et nos joues rosissent à mesure que la soirée avance.

C’est là que tout a failli basculer.

Il me dit qu’il s’interroge sur ses choix professionnels, et si…désolée, j’ai perdu à ce moment précis le fil de la conversation, entre mon troisième cocktail et ses yeux gris. Un médecin aux yeux gris? Je craque.

Je lui lance “qu’est ce qui pourrait te rendre ta bonne humeur?

– Hum…Des vacances, et des sous…et des ondes positives.

– Les ondes positives, ça je sais faire, pour le reste, j’ai entendu que Madame Bettencourt était un cœur à prendre, intéressé?

– …”

Son silence estomaqué me ramène à la douloureuse réalité: mais qu’est ce que les mecs ont avec les filles (qui espèrent être) drôles? Ils pensent qu’il s’agit là d’une affection contagieuse qui, en se répandant partout, démontrerait qu’on peut largement rire sans eux, et à leurs dépens?

Je baisse les yeux, gênée par son regard blasé plein d’incompréhension. Je pose alors mon verre déjà vide (l’alcool me rend encore plus drôle qu’à l’accoutumée) et essaie de m’appliquer.

Il me parle de sa pré-commande Iphone (nan, pas possible?!) et de son collègue qui a porté un caleçon vert pour la St Patrick (le fou!!). Il rit, et je ris aussitôt, mais trop fort pour que ce soit crédible.

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Il me narre son dernier rhume qui l’a cloué au lit, pendant une semaine, l’empêchant de finir sa partie de World Of Warcraft (monde cruel) : je parviens presque à avoir les larmes aux yeux, en songeant, pour m’y aider, à la fin de “The NotebookN’oublie jamais“.

Lorsqu’il aborde la thématique de son hamster Filou qui a préféré rejoindre l’état sauvage (le jardin municipal en face de son immeuble), je crains le faux-pas irréversible : “quoi, il a préféré se faire bouffer par un chat plutôt que de supporter ton haleine au réveil?” Mais ouf, il n’a pas entendu, tout occupé qu’il était à commander les desserts.

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A la fin de la soirée, j’ai l’estomac noué, j’ai chaud-froid, et des blagues qui tournent dans ma tête aussi grosses que l’USS Enterprise. Adam a l’air tout satisfait, et je prie le Ciel de le garder suffisamment longtemps à mes côtés pour crâner un peu devant mes proches et mes amis, histoire qu’ils comprennent que non, je ne sors pas qu’avec des mecs imaginaires (puisque je vous dis que Brad est un ami!).

On se retrouve devant l’arrêt de bus et, me dardant de son regard brûlant, il m’offre un baiser à faire pâlir toutes les ligues de censure d’Europe réunies. Mes efforts sont donc récompensés, au placard ma soirée série-Ben & Jerry’s Cookie Dough.

Lui: “On rentre ensemble? Tu en dis quoi?

Moi: “Eh bien, j’en dis que ton ego et toi formez déjà un très joli couple, et que je n’ai aucun goût pour la polygamie”.

Juré, demain, j’arrête l’humour…mais une promesse faite à son pot de glace, ça compte, ou pas ?

La parenthèse

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Enfin seuls!

Tu la dardes de ton regard le plus drôlement ténébreux: c’est que tu ferais n’importe quoi pour lui kidnapper un rire.

Elle ne te rend pas ta mine enjouée mais tu t’en fiches, elle est parfaite ainsi. Elle somnole paisiblement, et son souffle régulier soulève, dans une rythmique imperceptible, le drap qui repose sur son torse.

Tu te surprends à l’admirer en douce, alors que tu t’étais juré de terminer ce travail aujourd’hui. C’est que tu as une thèse à boucler! Des rendez-vous pros aussi, des appels urgents…et puis non, la langueur du moment te reprend. Tiens, étrange, la première fois que tu l’as vue, tu n’avais pas remarqué cette petite tâche de rousseur là, sur la pointe de sa joue gauche.

Il fait encore très beau, vous auriez pu sortir…mais non, encore une fois, elle a préféré se reposer quelques minutes…lesquelles se sont changées en heures! Ce soir, vous regarderez Subway, ta cinéphilie l’impressionnera, c’est certain…

Elle se retourne…a t’elle trop chaud, froid peut-être? Sa toux t’inquiète et, en homme fort et vigoureux qui ne craint rien (sauf, peut-être, ces satanées araignées, toujours à prendre les types comme toi en traître), tu ne serais pas contre faire un tour à la pharmacie, pour être sûr. Elle te prendra sûrement pour un dingue, quand elle s’éveillera, et qu’elle te verra armé de ta cuillère en plastique, de ta bouteille de sirop à l’odeur suspecte. Mais c’est pour son bien, et un jour, tu l’espères, elle te prodiguera les mêmes soins, qui sait?

En cet instant précis, tu n’as aucune envie de vaquer à tes activités, sinon la bercer, l’emmitoufler dans son couffin orné de licornes bleues et hilares, la poudrer et la langer même.

Juste elle, toi, et puis cette affreuse créature moelleuse et multicolore qu’elle réclame à tout instant…manquerait plus qu’il te remplace, ce dénommé “doudou” je-ne-sais-qui.

Oui, tu seras un bon père…

 

Clap de fin?

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Il fait si chaud, que tu n’arrêtes pas de fixer la fenêtre, espérant qu’un courant d’air glacé la fasse voler en éclat et inonde toute la salle d’une onde rafraîchissante. Il t’a convoquée comme pour un entretien d’embauche, et tu te sens telle une candidate, nerveuse, un brin trop bien habillée pour un simple café informel.

Vous êtes arrivés en même temps, et cette soudaine synchronisation des montres a le don de t’angoisser d’autant plus que cela ne s’était jamais produit. La bise qu’il fiche sur ta joue accroît ta détresse.

Il prononce des mots interdits, qui contredisent l’harmonie dans laquelle tu t’insérais jusqu’alors. Tu songes à tous ces instants étirés, à ces petits-déjeuners que vous ne prendrez plus ici, sur le pouce, à ces fous rires silencieux, dans la torpeur d’une soirée interminable. A cette anecdote, que tu voulais lui narrer, mais qu’il n’aura plus envie d’entendre. Ces amis communs qui choisiront, et s’évaporeront.

Est-ce l’étiquette de ta robe qui, en te labourant l’omoplate, te protège de l’impact de ses mots? Tu ne supportes pas ces bouts de tissus rêches qui, en se focalisant sur un interstice de peau, à présent t’empêchent d’être vraiment actrice de ta rupture.

Tu le regardes.

L’air calme, mais tapant frénétiquement le zinc du doigt. Est-ce qu’il a chaud, lui aussi? Il semble que le temps passé ensemble se soit réduit à cette minute précise. Tu aimerais enlacer ses doigts entre les tiens, l’entraîner vers la sortie, loin de toute cette sentimentalité capricieuse qui empêche les cœurs pressés de s’unir à l’envi.

Lorsqu’il se lève, tu comprends soudain que c’est vraiment fini, parce qu’il s’excuse, il remercie aussi, beaucoup trop, pour des instants qui ne méritent aucune congratulation, sinon la gratitude de les avoir traversés ensemble. Jamais il ne t’a paru si sincère et, sur un malentendu, un donut, un cataclysme météorologique et un sourire, tu pourrais presque lui donner une seconde chance, le bel idiot.

Il te serre contre sa poitrine, et tu t’écrases contre le bitume comme un cornet de glace vanille-citron. Sur l’arête de son nez, une goutte de sel, de musc, de regrets. Vous vous toisez, à nouveaux des inconnus.

Tandis que tu t’éloignes, tu ne peux t’empêcher d’entendre le chahut des feuilles mortes sous tes pieds, les rires lointains, et toute cette lumière, qui souffle, déjà, sur les nuages…

… c’est à ce moment précis que tu te réveilles…

 

 

 

 

Dans la cabine

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Il est fort probable que la  cabine d’essayage ressemble, à s’y méprendre, à l’antichambre de l’Enfer. Ou à un paradis perdu, selon la saison.

Au départ, tu glisses plusieurs fois entre les rayons, les bras chargés d’articles que tu auras une chance sur cent de porter (“mais si, le vert pomme finira par être à la mode!/ Grâce à mon régime noyau de cerise, je vais retourner à mon 36 et demi en un mois, autant refaire ma garde-robe de suite!”).

Mais le doute s’installe, et, avant de passer en caisse, tu te demandes si tu as fait le bon choix en sélectionnant pas moins de quinze articles dont treize chemisiers quasi-identiques. Malgré la force mentale que requiert d’attendre aux côtés de ces filles en talons de douze patientant pour essayer un débardeur en taille zéro, tu optes pour un passage en cabine.

C’est là que tu la rencontres, elle, la personne la plus détestée de l’Ouest, j’ai nommé, le responsable de cabine.

Passant outre sa mission initiale, il s’est autoproclamé  grand dispensateur de conseils pourris en tous genres: “vous êtes sûre pour la mini? Parce que je vous voyais plus avec une longue jupe plissée en fait“, ou encore, “non mais vous avez été très ambitieuse avec ce jean slim…vous avez regardé du côté de nos pantalons larges, au fond du magasin, du côté des invendus, là où la lumière ne fonctionne plus?

Parfois, son seul silence, alors que tu tentes une combinaison dorée, suffit à te décourager.

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Un manuel de méditation pré-essayage devrait être distribué gratuitement dans toutes les boutiques, afin de coacher ces générations qui pleureront en silence aussitôt le rideau tiré, alias, le bout de tissu bien trop étroit/ trop court destiné à révéler, selon ta dextérité, un bout de décolleté, de fesse, ou de mollet pas mal épilé .

Enfin, te voici face au Miroir.

En cabine, contrairement à la glace de ta salle de bains à l’ampoule unique, dont l’éclairage approximatif te fait des hanches canons, Le Miroir reflète des mensurations inconnues, auxquelles tu n’étais pas préparée…malgré la bûche de Noël, le double burger et la gaufre supplément caramel au beurre salé hebdomadaires .

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Au fil des essais, ce minuscule espace entre l’entrée et la caisse devient le purgatoire de tes envies comme de tes doutes: tu y abandonneras sûrement, déçue, quelques centimètres de toile trop coûteux et mal taillés, mais tu oseras te draper dans cette robe de drama-queen qui te faisait de l’œil depuis des semaines, et, pendant quelques minutes, qu’importe la file des clientes trépignant d’impatience d’essayer leurs rêves de coton et de polyamide, tu reprendras peut-être, enfin, conscience de la beauté de ce corps qui te supporte autant qu’il t’encombre.

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Et puis, le visage si près de ton reflet, tu songeras à ce geste qui guérit tout: te sourire…et acheter cette fichue combi, non mais!

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Appeler son ex

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Je l’ai bipé.

J’ai entendu “allô?”, et j’ai aussitôt raccroché, fichu réflexe de l’époque de notre rupture.

J’ai rappelé, mais ça a coupé, j’arrivai à la station de RER Auber, normal. Et puis ça a sonné. J’ai cru que c’était mon grand-père, le seul de mes proches qui ne sait téléphoner qu’en mode privé, mais qui gère son compte Insta comme un dieu, du haut de ses quatre-vingt six ans-je-vous-emmerde-tous-royalement, alors j’ai répondu, “hello hello”, toute joyeuse.

Oui?

Mais c’était bien mon ex, avec son timbre de voix d’ex, de mec mûr qui a su gérer la séparation en parfait adulte responsable, avec des baskets flambant neuves et un abonnement all inclusive  à la salle de sport la plus stylée du quartier. Et je me suis détestée d’avoir composé son numéro, qui même supprimé de mon répertoire, semblait gravé dans mon cortex.

Ce n’est que moi!

Euh, tu voulais me parler, ou bien, c’est une erreur?

Non, non, je voulais juste te souhaiter une bonne année.

Tu as conscience que c’était il y a six mois, le jour de l’An?

Ah…oui..

Et puis, j’ai…on m’attend là, en fait.

Toi, sortir un lundi soir?

Tu vois, c’est pour cela que ça ne fonctionne pas entre nous, tu es ultra-intrusive!

J’ai juste eu envie de prendre de tes nouvelles, c’est un crime maintenant, dans ton monde?

Tu vas me dire que je te manque, soudainement?

Bon, ok, je voulais t’annoncer une nouvelle, une bonne d’ailleurs.

Laquelle? Tu as eu ton permis?

Euh…non…(aïe! Vite, trouver un prétexte bidon pas trop bidon) j’ai adopté un…chat! Et il s’appelle Oliver!

C’est le prénom de mon petit-frère, tu as déjà oublié?

Ah oui? (et merde) Non mais moi, je me suis inspirée de Oliver, le chien-loup

Tu veux dire, Croc-Blanc?

Oui, voilà, c’est ça! D’ailleurs, ce n’était pas le surnom qu’on avait donné à cette fichue Caroline-je-ne-sais-pas-fermer-ma-gueule? Bref, on pourrait aller fêter ça, non?

Pff…cent quatre-vingt-deux jours…

Quoi?

Six mois, ça fait cent quatre-vingt-deux jours. Tout le temps qu’il m’a fallu pour apprendre à vivre sans toi…

Euh…

J’ai attendu cet appel jusqu’à en péter un câble, profitant d’aller à la piscine pour chialer sous l’eau comme un gosse.

Je, je…

Et puis je me suis rappelé de tes reproches, et je me suis mis au qi-qong, moi! Moi qui étais pro-gueuleton et full contact, je me suis mis à méditer, à ne jurer que par les steaks de soja, et le Bionade! Je lis Mishima et j’ai résilié mon abonnement à l’Equipe!

Attends… Tu m’as donc écouté, et tu as changé! Je n’avais pas raison, au final?

Oui, en quelque sorte, je te dois ce que je…attends, ne quitte pas…Caro, Caro, oui, je descends, chérie, c’est juste…c’est personne!

Du coup, j’ai raccroché.

Hier, j’ai appelé mon ex.

 

(Sur)vivre (à) sa première jupe de l’été

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Enfin un matin ensoleillé. Tu ouvres ta penderie: jeans, jeans, et jeans. Et puis soudain, tu le remarques, ce petit bout de tissu coloré. Tu le touches de l’index: c’est frais, léger, doux. Ça ne pèse pas plus lourd que ton porte-monnaie un jour de vente privée chez Maje, ce sera parfait. C’est beau d’être une fille.

Tu te regardes quarante-huit fois avant de sortir de chez toi. Tu te demandes si elle n’est pas un peu transparente, après tout, pas un peu trop courte, cette jupe. Mais il est l’heure, tu as déjà vingt minutes de retard, il faut partir, vite. Une fille, ça a ses priorités, aussi.

Dans la rue, tu te concentres sur tes pas, histoire de ne pas te tordre une cheville devant tous ces mecs bizarres gens en terrasse qui semblent te suivre du regard, un vague rictus aux lèvres. Pour te donner du courage, tu visualises la prise de krav-maga que tu as maté sur Youtube il y a un mois, entre deux bouchées de hummus et te récites les noms de femmes de tête célèbres: Carrie Bradshaw, Toni Morrison, Olympe de Gouges, Rebelle, Anaïs Nin, Cécile Duflot, Caitlyn Jenner…Une fille, ça en a dans le shortie sans coutures, full stop.

Sur ta route, tu croises des filles au style boyish, tellement à l’aise dans leur jean 7/8ème, leurs Zizis, leurs T-shirts surtaillés. Tu songes à ton pantalon fétiche que tu as laissé traîner sur une chaise, et qui aurait parfaitement matché avec ce petit haut, là, dans la vitrine. Premier coup de vent, ta jupe se soulève en gonflant légèrement, et tu crois que cet éclat de rire, là-bas, est à ton attention, alors tu presses le pas, la tête dans tes ballerines. Une fille, ça file droit.

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Avant de t’asseoir dans la rame de métro, tu poses un magazine gratuit sur ton siège. Une fille, ça pense à tout. Et puis, quand tu te lèves, bah, le journal, il se lève aussi, mais contre le haut de tes cuisses. Malgré les yeux tout ronds de l’ado à la moustache naissante en face de toi, tu arraches négligemment le tout et le coince sous ton bras, avant de descendre d’un pas vif. Une fille, ça peut tout gérer.

Enfin, le bureau! Tu peux jeter déposer ton sac et ton journal sous ta table, allumer l’ordi, et te servir trois un café bien serré. Un peu songeuse, tu sirotes le doux breuvage en scrollant les différents blogs féministes auxquels tu voudrais prendre part, après tout. Une fille en jupe, c’est une Adjani en devenir.

Soudain, tu surprends Maxime, boulet de notoriété publique, en train de te lorgner le cuissot.

“Eh, oh, ça va, je ne te dérange pas?

– Désolé, pas eu le temps de lire les infos, ce matin” sourit-il, sarcastique, l’index pointant un gros titre comme imprimé sous ta fesse droite “Actu: le paquebot Harmony of the Seas a enfin pris le large”. Une fille, ça ne pleure jamais, jamais.

Tellement!

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Je vais tellement sur Facebook que j’aimerais être payée pour ça..

Je vais tellement sur Twitter que je cherche désespérément un oiseau bleu lorsque je fais une citation marrante.

Je vais tellement sur Tinder que lorsque je croise un garçon, j’essaie de le faire glisser à gauche pour parler à celui assis juste derrière lui.

Je déteste tellement le nouveau slogan Meetic que je n’ai qu’une envie, me poster devant un de leur panneau publicitaire du RER A et crier aux usagers: “arrêtez de m’attendre, et VE-NEZ!”

J’entretiens une relation tellement intime avec mon IPhone que j’arrive à m’engueuler avec Siri, parfois. Souvent.

J’utilise tellement Messenger qu’à table, j’envoie un gif de chaton quand on tarde à me passer le plat.

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Je vais tellement sur Happn que je suis l’itinéraire des célibataires de mon quartier au lieu de rentrer chez moi.

J’ai pris de mauvaises habitudes avec mon smartphone, du coup, lorsque je sors avec un mec, je tente d’agrandir tout ce que je peux avec deux doigts.

Je fais office de cinquième roue du carrosse depuis si longtemps que je me souviens du lieu, de la date et de l’heure de rencontres de mes amis en couple (ça aide pour leurs anniversaires).

Lors d’un entretien via Skype, j’ai tellement pensé à tout…que j’en ai oublié être toujours en pyjama.

Lassée de rappeler mes ex en période de grande faiblesse, je leur ai attribué des photos de contact terrifiantes (les jumelles dans Shinning, Anthony Hopkins dans tous ses rôles, photo de l’ex de mon ex, Bob Kelso…). Et non, ça ne marche pas du tout.

J’ai tellement pris l’habitude de sortir avec des boulets que lorsque je menotte ma cheville à un haltère de trente kilos, je me sens tout autant amoureuse.

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Je sors tellement tard du boulot que la rame est toujours vide mais, par snobisme, je préfère rester debout…

Je n’ai tellement pas le temps de faire des after-work que je danse directement dans la rue avec des gens ivres, histoire de gagner du temps.

danse

Je ne sais tellement plus comment emballer les mecs que j’ai tenté la carte de l’inattendu, comme arriver à un rencard le visage couvert de scotch. Et oui, ça marche!

Haut les coeurs!